Fermeture de Fessenheim : la polémique franco-allemande en trois actes

Alors que la ministre allemande de l'Environnement demande la fermeture du site alsacien, l'Autorité de sûreté nucléaire estime qu'il n'y a "pas de raison" de mettre fin à son exploitation.

La centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin).
La centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin). (JEAN ISENMANN / ONLY FRANCE / AFP)

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Les écologistes français ne sont pas les seuls à voir d'un mauvais œil le vieillissement de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus ancienne du parc nucléaire français. L'Allemagne s'est officiellement inquiétée, vendredi 4 mars, de la présence de ce site à sa frontière, et met en cause son maintien en activité. Francetv info revient sur la nouvelle polémique qui entoure les deux réacteurs alsaciens, dont la fermeture est prévue en 2018.

1La presse allemande évoque un grave incident en 2014

Vendredi matin, deux médias allemands affirment qu'un incident survenu le 9 avril 2014 dans la centrale a été plus grave qu'annoncé par les autorités françaises. D'après le quotidien Süddeutsche Zeitung et la chaîne locale WDR, un des deux réacteurs serait devenu "momentanément incontrôlable". Les deux médias évoquent "une suite d'échecs techniques et de chaos", en s'appuyant notamment sur les déclarations d'un expert, auteur d'un rapport commandé par les Verts allemands.

La version officielle est qu'une fuite d'eau a pénétré dans une armoire contenant des systèmes électriques, mettant hors circuit un des systèmes de sécurité permettant de contrôler la puissance du réacteur. Les opérateurs de la centrale ont alors décidé d'arrêter en urgence le réacteur, en introduisant du bore, une substance servant à réguler sa puissance, dans son système de refroidissement.

D'après Manfred Mertins, l'expert cité par les médias allemands, l'utilisation de bore est un procédé rarissime. Il dit n'avoir "connaissance d'aucun réacteur en Europe occidentale qui ait dû être arrêté avec un ajout de bore".

L'incident avait à l'époque été classé au niveau 1 de l'échelle internationale des événements nucléaires, qui compte huit niveaux de gravité, classés de 0 à 7. Il avait été annoncé par EDF puis analysé publiquement par l'Autorité de sûreté nucléaire.

2Fessenheim est "trop vieille", selon le ministère de l'environnement allemand

Quelques heures après cette mise en cause, un porte-parole de Barbara Hendricks, la ministre de l'Environnement allemande, estime que Fessenheim, proche de la frontière avec l'Allemagne et la Suisse, est "trop vieille" et "devrait être fermée le plus vite possible" : "Evidemment, un réacteur aussi âgé a beaucoup de problèmes techniques. Pour nous, des réacteurs aussi vieux représentent un risque sécuritaire". D'où, explique-t-il, "les inquiétudes des habitants des régions frontalières".

Néanmoins, aux yeux du ministère allemand de l'Environnement, chargé de la sécurité nucléaire, la France ne s'est rendue coupable d'aucun manquement dans la gestion de l'incident du 9 avril. Et la classification par les autorités françaises de l'incident en niveau 1 "était justifiée", selon Berlin.

Barbara Hendricks, membre du Parti social-démocrate (SPD), a déjà par le passé exprimé sa volonté de voir fermer Fessenheim. En septembre, elle avait publiquement regretté que le gouvernement français décide de prolonger la durée de vie de la centrale alsacienne jusqu'en 2018. Mais "nous n'avons aucune prise sur la durée de vie des centrales en France", avait-elle reconnu.

3"Pas de raison" de fermer Fessenheim, assure l'ASN

Vendredi en fin d'après-midi, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) réagit à cette polémique. Sophie Letournel, chef de la division de Strasbourg de l'ASN, déclare qu'"il n'y a pas de raison de fermer" la centrale de Fessenheim "du point de vue de la sûreté nucléaire".

"Fessenheim est tout à fait dans la moyenne de l'appréciation que l'ASN porte sur les centrales nucléaires françaises – c'est-à-dire que c'est globalement satisfaisant, poursuit-elle. Après, il y a des décisions de politique énergétique qui relèvent du gouvernement et qui peuvent conduire à des choix différents."

Une déclaration qui fait écho à la promesse faite en 2012 par François Hollande de fermer Fessenheim avant la fin du quinquennat. En septembre 2015, Ségolène Royal a repoussé cette fermeture à 2018, au terme d'un processus censé être lancé en juin 2016.

La ministre française de l'Environnement a depuis indiqué, le 28 février, qu'elle souhaitait prolonger la durée de vie des centrales nucléaires, sans préciser si cette décision remettait en cause le calendrier de la fermeture de Fessenheim. Sollicité sur le sujet, le ministère n'a pas encore répondu à francetv info.