Mais que veulent vraiment les Hommen ?

Quatre jeunes opposants au mariage des homosexuels comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris après une de leurs actions. 

Une mobilisation des Hommen à Toulouse (Haute-Garonne), le 13 avril 2013. 
Une mobilisation des Hommen à Toulouse (Haute-Garonne), le 13 avril 2013.  (MICHEL VIALA / MAXPPP)
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ONLR pour "On ne lâche rien". Voilà le programme des Hommen, décliné sur leur page Facebook, leur Tumblr, et même au feutre noir sur leurs torses glabres qu'ils exhibent nus lors de leurs actions coup de poing. Quatre de ces opposants au mariage des homosexuels, mis en examen pour "violence", "dissimulation de visage" et "violence avec arme par destination", ont comparu jeudi 18 juillet devant le tribunal correctionnel de Paris.

Ils avaient perturbé la finale homme de Roland-Garros, le 9 juin, et étaient poursuivis pour avoir introduit des fumigènes dans une enceinte sportive. Le tribunal a finalement annoncé la nullité de la procédure. Mais qui sont ces Hommen et que cherchent-ils ? Décryptage de Francetv info. 

Ils organisent le mystère

"Le groupe s’est monté après le 24 mars, quand on a entendu Manuel Valls parler de casseurs et de débordements", raconte Fabien, un des fondateurs des Hommen qui rappelle francetv info en numéro masqué et ne donne que son pseudonyme. "On a compris que malgré 1,4 million de personnes dans la rue [300 000 selon la police], on n’aurait aucune réponse à part celle de la violence, que François Hollande n’en avait rien à faire de la démocratie", assène-t-il. 

Avec une dizaine de personnes qu’il ne connaît pas et dont il a récupéré les coordonnées pour faire circuler des photos et vidéos, ils décident de se mobiliser. Et de copier le mode d'action des Femen "pour le côté choc". A la différence qu'ils portent toujours un masque blanc et des pantalons colorés, les Hommen développent le même type de micro-actions que les activistes féministes, affichant leurs messages au feutre noir à même la peau.

Toutes les actions estampillées "Hommen" sont validées en amont selon "la charte nationale" éponyme qui "est tenue secrète", sans plus d'explication. Un service national d’assistance logistique est chargé de collecter des fonds et d’acheminer le matériel pour les actions en province, tandis que le "Bori" ("Bureau opérationnel de relais de l’information") s'occupe de la communication et de la veille. En tout, une cinquantaine de personnes, âgées de 35 ans en moyenne, qui ne participent jamais aux actions pour éviter de se faire interpeller.

Ils sont proches de l'extrême droite

Les Hommen revendiquent leur "totale indépendance". Et de raconter qu'une équipe "coordination des opérations" s'occupe d'éplucher les profils internet des volontaires afin d'empêcher toute participation de personnes "marquées par un mouvement politique de gauche ou de droite, par La Manif pour tous, le Printemps français et autres veilleurs". Pour autant, toutes ces formations ne sont jamais loin, comme lors de l'action sur le Tour de France à Lyon, le 13 juillet.  

"Ils sont incontestablement issus du Printemps français", explique à francetv info Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l'extrême droite. "Il y a un fort investissement du Bloc identiaire dans ce groupe, notamment en province", précise-t-il, en dressant le portrait type du Hommen, jeune catholique affirmé appartenant aux couches moyennes ou bourgeoises de la population française. Ils sont "sur le fil" entre droite de gouvernement et extrême droite, analyse le chercheur.  

Ils veulent "abolir" le mariage pour tous

"Nous nous battrons jusqu’à ce que la loi Taubira ne soit plus qu’un mauvais souvenir pour la France", résume Fabien, qui ne veut pas que le texte soit abrogé mais "aboli". Sous leur logo, la mention "protect kids", parmi leurs slogans "radicalement du côté des enfants". Persuadés de porter la parole de "la majorité silencieuse qui sort de l'ombre", ils dénoncent "la minorité menée par la LGBT [la Fédération lesbiennes, gays, bi et trans de France]" qui imposerait son diktat. Ce qui les conduit à voir partout des "tentatives pour les faire taire".

Ils sont certains "d’être du côté de la morale – chrétienne – à défaut d’être du côté du droit ou de la justice. C'est un 'mouvement réactionnaire', au sens propre du terme", écrit Rue89, citant le politologue Erwan Lecœur.

Ils sont adeptes des actions outrancières

Sur leur site, ils interpellent : "La France des intellectuels auto-proclamés [...] doit désormais tomber, ne laissons pas le sort de nos familles, de nos enfants dans les mains de ces terroristes anti-filiation !" Mais ils se disent non-violents et ont récupéré le symbole "peace and love" des hippies pour le "o" de Hommen. 

Le 27 mars, pour leur première action, ils réclament des excuses au préfet de Paris pour les interpellations du dimanche 24. Allongés au milieu des poussettes en tenant des doudous, ils miments des arrestations violentes et s'envoient de l'eau en brumisateur en guise de gaz lacrymo. Le 9 juin, ils allument des fumigènes et brandissent des panneaux "A l'aide ! La France piétine les droits des enfants", rédigés en anglais pour interpeller la communauté internationale à l'occasion de la finale de Roland-Garros. Et le 14 juillet, ils organisent un faux défilé plaçant un militant grimé en Hollande entre Staline et Hitler. 

 

Dans la foulée, Giuseppe Di Bella, co-responsable de Stop Homophobie, s'indigne dans une tribune sur le site du Nouvel Obs : "Utiliser Jean Moulin et la croix de Lorraine comme propagande sur leurs affiches, c’est comparer les gays et les lesbiennes aux occupants allemands." "C'est une outrance absolue qui colle bien avec l'hystérisation du débat", abonde Jean-Yves Camus. 

"Ce n'est pas extrémiste mais réaliste", se défend Fabien : "Quand un gouvernement n’écoute pas son peuple, on glisse vers le totalitarisme, c’est comme ça qu’ont commencé l’URSS et l’Allemagne d’Hitler, dont je rappelle qu’elle était nationale socialiste", débite le jeune homme. Il y croit dur comme fer. "On a aboli l’esclavage, on a aboli la peine de mort, et bientôt, on abolira le mariage gay, c’est ça la marche de l'histoire."