La colère des familles homoparentales, "humiliées par la Manif pour tous"

Avant la Manif pour tous, dimanche, plusieurs centaines de personnes s'étaient rassemblées à Paris pour défendre "la diversité des familles". Reportage.

Manuel et Sylvain avec leurs enfants Rose et Côme, à l'occasion d'un rassemblement pour "la diversité des familles", à Paris, le 5 octobre 2014.
Manuel et Sylvain avec leurs enfants Rose et Côme, à l'occasion d'un rassemblement pour "la diversité des familles", à Paris, le 5 octobre 2014. (MATHIEU DEHLINGER / FRANCETV INFO)
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Roman s'impatiente, pressé d'aller faire la grosse commission. Comme les enfants de son âge, il sait s'époumoner quand il s'agit de se faire comprendre de ses parents. A ses côtés, Jérôme et François tentent de calmer le petit garçon de trois ans né, comme sa sœur Betty, grâce à l'aide d'une mère porteuse aux Etats-Unis.

Accompagnés de plusieurs centaines de personnes, les deux hommes sont venus en famille place de la République, dimanche 5 octobre, à l'invitation de All Out, un collectif de défense des droits de la communauté LGBT à travers le monde. Deux heures seulement avant le début d'une nouvelle Manif pour tous, cette fois-ci contre la gestation pour autrui (GPA), le mouvement a souhaité célébrer "la diversité de toutes les familles".

Jérôme et François avec leurs enfants Roman et Betty, à Paris, le 5 octobre 2014.
Jérôme et François avec leurs enfants Roman et Betty, à Paris, le 5 octobre 2014. (MATHIEU DEHLINGER / FRANCETV INFO)
 

"On n'est pas une sous-famille"

"Cela m'attriste de voir encore une énième édition de la Manif pour tous, c'est tellement déprimant, confie Jérôme. Ils se trompent de combat. Qu'ils s'occupent des enfants qui ont vraiment besoin d'être protégés, ce n'est pas le cas des nôtres. Notre mère porteuse n'a rien d'une esclave, contrairement à ce que pensent les opposants à la GPA. C'est une femme libre, avec laquelle nous sommes toujours en relation."

Parmi les participants, la tristesse se fait sentir à l'heure d'une nouvelle mobilisation de la Manif pour tous. La colère pointe même, quand on évoque le discours de Manuel Valls : pro-GPA par le passé, le Premier ministre ne cesse désormais de marteler son opposition à la pratique. "C'est odieux pour les familles, s'emporte Stéphane, papa avec son compagnon Alban d'une fille de 2 ans et demi. Les enfants nés par PMA (procréation médicalement assistée) et GPA sont les nouveaux bâtards de la République. On est pourtant une famille comme les autres, pas une sous-famille."

Alban et Stéphane avec leur fille Bianca, à Paris, le 5 octobre 2014.
Alban et Stéphane avec leur fille Bianca, à Paris, le 5 octobre 2014. (MATHIEU DEHLINGER / FRANCETV INFO)

"Si Valls ne nous défend plus, qui va le faire ?"

De nombreuses familles se sentent "humiliées par la Manif pour tous", confirme Alexandre Urwicz, président de l'Association des familles homoparentales. Manuel et Sylvain, parents de Rose et Côme, 2 ans, se disent même "inquiets". "Si Manuel Valls ne nous défend plus, qui va nous défendre ?, se demandent-ils. Notre famille existe, nos enfants existent dans la société française, nous n'avons pas l'impression d'avoir fait quelque chose de mal." 

Mamans depuis un mois, après une PMA en Belgique, Véronique et Séverine dénoncent le caractère "électoraliste" des positions du gouvernement. "Le mouvement de la Manif pour tous fait peur, on s'aligne toujours sur ceux qui crient le plus fort", commentent-elles. Dans l'assistance, Vincent Autin, le premier marié gay de France, est tout aussi désabusé. "Le gouvernement est apeuré, fébrile, là où les Français attendent de l'audace, de l'enthousiasme", regrette-t-il. Lui qui a été le premier à profiter de la loi Taubira ne compte pas s'arrêter là : il vient de lancer une association pour aider financièrement les femmes modestes qui veulent recourir à la PMA. Son nom ? Grands projets d'avenir. GPA. Comme un pied de nez aux opposants.