Ce chantier colossal doit faire entrer la capitale dans une nouvelle dimension. Le Premier ministre a dévoilé, mercredi 6 mars, sa vision du Grand Paris, un projet impulsé sous la présidence Sarkozy et remodelé par l'exécutif socialiste. A la clé, notamment, de nouvelles lignes de transport et la création d'une "Métropole de Paris" disposant d'une gouvernance propre, par exemple sur la question du logement. Voici ce qui devrait changer dans les prochaines années.

Pourquoi un tel projet ?

Avec ce nouveau chantier, le gouvernement concrétise une promesse de François Hollande qui s'était engagé, le jour de son investiture, à "créer les conditions nécessaires à l'émergence d'une métropole parisienne, capable d'affronter tous les défis qui se présentent à elle". Londres et son dynamisme ne constituent pas les seuls exemples à suivre. "La puissance allemande retrouvée et le déplacement du centre de gravité européen vers l’est (...) rendent le scénario d’un déclassement parisien possible dans l’Europe de demain", analyse Slate.fr.

Deux grandes ambitions animent ce projet de Métropole de Paris, qui devrait être mis sur pied à partir du 1er janvier 2016. D'un côté, il s'agit de redynamiser l'économie de la région en intégrant mieux la capitale au tissu urbain de sa banlieue proche. De l'autre, améliorer la qualité de vie des habitants, tant sur le plan des transports que des logements. Dotée d'une gouvernance propre, la Métropole de Paris devrait ainsi avoir des compétences en matière d'environnement, d'hébergement d'urgence et d'aménagement sur les 412 communes du cœur de l'agglomération (sur 1 280, soit près de dix millions d'habitants).

Quels sont ses grands chantiers ?

• Pour les transports. Un des principaux chantiers de ce Grand Paris concerne le réseau de transports. Près de 200 km de nouvelles lignes, connectant 72 gares, doivent faire leur apparition sous le nom Grand Paris Express. Trois types de métro sont retenus : à grand capacité pour la zone dense (comparable au métro parisien), à capacité moyenne pour le grand Est et vers Roissy (Val d'Oise), et enfin à capacité plus légère en surface entre Saclay (Essonne) et Orly (Val-de-Marne).

Concrètement, la rocade la plus proche de Paris pourrait devenir la ligne 15, d'autres devenir la ligne 16, 17 ou 18, avec des inaugurations parallèles du prolongement de la ligne 11 ou du RER E vers l'ouest.

Tracé prévisionnel du Grand Paris Express.
Tracé prévisionnel du Grand Paris Express. (GRAND PARIS)

• Pour le logement. La Métropole de Paris s'attaque également à la crise du logement. Le but fixé par la loi sur le Grand Paris est de passer de 40 000 constructions nouvelles par an à 70 000. La loi prévoit dans ce domaine que la Métropole de Paris élabore, en fonction des objectifs assignés par la région, un schéma métropolitain de l'habitat et de l'hébergement, et qu'elle puisse "recevoir de l'Etat une délégation de compétences dans le domaine du logement".

Combien de temps va-t-il prendre ?

Les principaux chapitres du Grand Paris des transports sont d'ores et déjà écrits, avec l'horizon acté de 2030, où "toutes les lignes seront mises en service", selon Jean-Marc Ayrault. La première enquête publique sera menée dès 2013. "En 2017, tous les projets seront soumis au comité de surveillance de la Société du Grand Paris", a précisé le ministre.

"Je serai particulièrement attentif au T4 qui desservira enfin Clichy-sous-Bois et Montfermeil", a indiqué Ayrault, en référence à cette ville où ont eu lieu des émeutes en 2005. Les travaux sur les RER C et D seront engagés entre 2014 et 2017. En 2020, la ligne 11 du métro arrivera à Rosny-sous-Bois, la ligne 14 aura dépassé la Mairie de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et le métro en rocade reliera Noisy-Champs au Pont-de-Sèvres (Hauts-de-Seine). En 2025, "les trois quarts du réseau seront mis en service". Sur le logement, le calendrier est pour le moment flou.

Combien va-t-il coûter ?

À la mi-décembre, un ancien directeur du développement à la RATP, Pascal Auzannet, a remis son rapport à la ministre du Logement, Cécile Duflot, sur le financement du futur métro automatique. Estimation choc, le Grand Paris Express coûterait 30 milliards d'euros, c'est-à-dire 50% de plus qu’annoncé sous l’ère sarkozyste. Jean-Marc Ayrault a confirmé ce montant. Il a toutefois annoncé que "deux milliards d'euros supplémentaires" seraient débloqués pour financer la modernisation des transports existants, impliquant une nouvelle répartition des crédits. 

Un milliard sera affecté au prolongement du RER E vers Nanterre, le second allant aux autres projets. L'essentiel du financement sera prélevé à la Société du Grand Paris (SGP), qui verra ses ressources propres et sa capacité d'emprunt augmenter, grâce à deux mesures : un "déplafonnement" du produit des taxes qui lui est versé et l'arrêt du prélèvement au bénéfice de la rénovation urbaine actuellement effectué. L'Etat mettra par ailleurs "un milliard d'euros supplémentaires à partir de 2015" si les besoins de la SGP le justifient, a de nouveau promis Ayrault.

Pour l'Etat, ces dépenses seront compensées à long terme par la croissance économique dont bénéficiera la région. Ce projet a comme objectif la création d'un million d'emplois sur les quinze prochaines années. "Une croissance de 1% du produit intérieur brut régional représenterait une création de richesses à hauteur de 5,3 milliards d'euros", indique le texte initial, un chiffre qui "permettrait au taux de croissance francilien de se rapprocher de celui des autres 'ville-monde'".