La corrida inscrite au patrimoine immatériel français

C'est le président de l'Observatoire national des cultures taurines, André Viard, qui a choisi la féria pascale de Arles pour l'annoncer. La décision du ministère de la Culture date de janvier. Elle est vivement contestée par les opposants à la tauromachie.

(Radio France ©RF/ Nathanaël Charbonnier)
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  • Pour l'Observatoire des cultures taurines, qui fédère l'ensemble
    des associations liées à la tauromachie en France, l'initiative du ministère est "historique". "La France devient ainsi le premier pays taurin au monde à accomplir cette reconnaissance", a déclaré André Viard.

    • D'après un porte-parole du
      ministère de la Culture, "il s'agit d'un recensement ethnique d'une pratique
      factuelle. Cela n'apporte aucune appellation morale
      particulière, ni aide à cette pratique". Selon lui, la tauromachie figure au patrimoine
      immatériel "au même titre que la tarte Tatin, le fest-noz, les
      parfumeurs de Grasse", ou encore la peinture sur porcelaine, listés dans un inventaire.

    Le dossier avait été déposé fin 2010 et le ministère avait émis un avis favorable à cette inscription au mois de janvier, mais ce n'est que depuis vendredi 22 avril que cette décision suscite la polémique. André Viard reconnaît avoir profité de la féria de Pâques à Arles pour mettre le débat sur la place publique.

    • De leur côté, les opposants à la corrida se sont déclarés
      "surpris et choqués" par cette décision. Dans un communiqué, l'Alliance
      Anticorrida s'insurge : "Notre gouvernement est le seul à reconnaître au patrimoine
      immatériel français une activité réprimée par le code pénal
      partout dans l'hexagone, excepté, par dérogation, dans certaines
      localités." Membre de cette association, Claire Starozinski ajoute au micro de France Info : "Dans ce cas là, on peut ajouter les "rave-party" ?! C'est exactement la même chose. De qui se moque-t-on franchement ?" "Ce qui est inimaginable, c'est qu'on reconnaisse la torture, la barbarie, dans le patrimoine culturel français", poursuit-elle.

    "Cela va permettre à la corrida de recevoir d’importantes subventions de la part de l’Etat, ce qui n’était pas le cas pour l’instant, les communes, les départements et les régions versant déjà des millions d’euros de subventions pour ce spectacle barbare", avance pour sa part le Comité radicalement anti-corrida (CRAC) sur son site.

    Une pratique condamnée par le code pénal ?

L'article R654-1 du code pénal français, qui punit le fait "d'exercer volontairement des mauvais traitements envers un animal domestique ou apprivoisé ou tenu en captivité", prévoit une exception pour les "courses de taureaux". Toutefois, le terme de "corrida" n'est pas mentionné, ce qui, de fait, n'autorise pas explicitement cette pratique.

Violaine Jaussent