Procès de la filière "Cannes-Torcy" : trois questions sur une cellule jihadiste annonciatrice des mutations du terrorisme

Vingt personnes comparaissent à partir de jeudi devant la cour d’assises spéciale de Paris. Elles sont soupçonnées d’avoir commis un attentat en 2012 à Sarcelles et d'en avoir préparé d’autres. Le procès doit durer jusqu'à début juillet.

Plusieurs accusés, soupçonnés d\'appartenir à la cellule jihadiste de Cannes-Torcy, arrivent au palais de justice de Paris, le 20 avril 2017.
Plusieurs accusés, soupçonnés d'appartenir à la cellule jihadiste de Cannes-Torcy, arrivent au palais de justice de Paris, le 20 avril 2017. (MAXPPP)
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Vingt accusés, 53 jours d'audience, 85 tomes de procédure, 80 témoins... C'est un procès hors-norme qui s'est ouvert, jeudi 20 avril, devant la cour d’assises spéciale de Paris. Au cœur des débats, une filière jihadiste. Son nom : Cannes-Torcy. Plusieurs de ses anciens membres présumés comparaissent pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".

Ils sont soupçonnés d’avoir commis un attentat dans une épicerie casher de Sarcelles (Val-d'Oise) en septembre 2012 et d'en avoir préparé plusieurs autres. Franceinfo vous résume l'affaire en trois questions.

Quels sont les élements qui composent cette cellule jihadiste ? 

Les vingt accusés sont tous jeunes. Ils ont aujourd'hui entre 23 et 33 ans. Dix sont en détention provisoire, sept sont libres sous contrôle judiciaire et trois sont visés par un mandat d'arrêt - un en fuite et deux soupçonnées d'être en Syrie. Selon Le Monde, plusieurs profils se dessinent. Il y a "des garçons très radicalisés au casier judiciaire chargé". Il y a ceux qu'on appelle "les revenants", c'est-à-dire de retour de Syrie. Puis il y a "toute une clique de convertis d’horizons sociaux divers". 

Joseph Breham, l'un de leurs avocats, réfute le terme de "réseau". A ses yeux, il ne s'agit que d'une "bande de potes", d'une "bande de vieilles connaissances dont certains ont déconné". 

Ils ont été interpellés à des périodes différentes. Un premier coup de filet est mené en octobre 2012 en région parisienne, notamment à Torcy (Seine-et-Marne) au cours duquel une vingtaine de personnes sont arrêtées. Lors des perquisitions, les enquêteurs saisissent des armes, des testaments religieux et des listes de cibles potentielles d'attentats. Ils sont convaincus d'avoir démantelé une cellule en plein essor. Quelques semaines plus tard, début juin 2013, d'autres arrestations ont eu lieu, notamment dans la région de Cannes (Alpes-Maritimes). 

Tous gravitent en tout cas autour d'un homme : Jérémie Louis-Sidney. "JLS", comme il se fait appeler, est "un gourou", "un délinquant aussi charismatique que fanatique", selon les informations obtenues par Le Monde auprès de ses proches. Lui ne sera pas jugé : il a été abattu lors de son interpellation. 

A l'époque, les services antiterroristes disent avoir démantelé la cellule la plus dangereuse en France depuis les attaques du GIA algérien dans les années 1990. C’était avant les attentats de janvier et novembre 2015 à Paris.

De quoi sont-ils accusés ?

Ils sont accusés d'avoir lancé une grenade dans un supermarché casher à Sarcelles (Val-d'Oise), le 19 septembre 2012. Heureusement, l'arme termine sa course "sous une rangée de chariots métalliques", écrit 20 Minutes. A l'intérieur, "des milliers de billes métalliques". Elles ne causeront qu’un seul blessé léger.

Pour les enquêteurs, il s'agit là de l'acte fondateur de cette filière islamiste disséminée entre l'Ile-de-France et les Alpes-Maritimes, et nourrie d'un antisémitisme profond.

La "bande de potes", comme le décrit l'un de leurs avocats, avait d'autres projets d'attentats en tête. Les enquêteurs en ont repéré au moins quatre. Plusieurs en Ile-de-France, une caserne dans la Var et une tuerie de masse sur la Côte d'Azur. 

Pourquoi leur procès est si important ?

D'abord parce que les chiffres liés à ce procès donnent le tournis : deux mois et demi d'audience (jusqu'au 7 juillet). Vingt accusés dans le box, 85 tomes de procédure, 80 témoins, 14 experts...

Ensuite parce "c’est la première fois qu’on va juger le terrorisme tel qu’il est à l’œuvre aujourd’hui en France", explique Patrick Klugman, avocat pénaliste de cinq parties civiles, à 20 Minutes.

Enfin parce qu'il s'ouvre dans un contexte particulier. Trois jours avant le premier tour de la présidentielle. Et deux jours après qu'un nouvel attentat a été déjoué à Marseille. "Ce procès a une forte dimension pédagogique parce que les attentats qui sont survenus en 2015 étaient déjà écrits. On va comprendre les modes opératoires, les obsessions", explique Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fenvac, la Fédération nationale des victimes d'attentats, partie civile à l'audience.
Selon plusieurs spécilaistes, c'est cette filière qui a annoncé les mutations du terrorisme français vers le crime de masse au nom d'un jihad inspiré, voire téléguidé de l'étranger. La plupart des accusés encourent entre 30 ans de réclusion et la perpétuité.