"Il me ressemble un peu. Et comme moi, il a des lunettes." Halim, contacté par FTVi, n'en dira pas plus sur son frère, Adlène Hicheur. Pour le protéger, sa famille a choisi de ne diffuser aucune photo de ce physicien franco-algérien, soupçonné d'avoir envisagé des attentats contre la France.

Mis en examen le 8 octobre 2009 puis incarcéré, Adlène Hicheur est jugé jeudi 29 et vendredi 30 mars devant le tribunal correctionnel de Paris. Pendant ces deux ans et demi de détention provisoire à la maison d'arrêt de Fresnes, il n'a cessé de clamer son innocence. Un comité de soutien s'est formé, 600 scientifiques ont réclamé sa libération conditionnelle. Le 13 octobre 2011, il a reçu le soutien de la prestigieuse revue scientifique américaine Nature

Dans le même temps, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a utilisé l'exemple d'Adlène Hicheur pour montrer qu'elle pouvait "neutraliser préventivement des projets terroristes".

FTVi esquisse le portrait de cet homme accusé d'être un terroriste islamiste, mais présenté comme un prisonnier politique par ses partisans. Un physicien qui se dit "confiant" avant l'ouverture de son procès, selon son frère Halim.

(France 2 / FTVi)

(Images et interview Antoine Husser et Sarah Bernuchon / France 2, montage FTVi.)

• Né en Algérie, il passe son enfance en France

Agé de 35 ans, Adlène Hicheur est né à Sétif, en Algérie. Lorsque sa famille s'installe dans l'Isère, en 1978, il a 1 an. Il possède la double nationalité, française et algérienne, comme le confirme un site créé sur lui par sa famille. Sa mère, ses deux frères et sa sœur rejoignent son père, Saïd Hicheur, déjà en France depuis 1964, aujourd'hui maçon à la retraite. Depuis l'interpellation de son fils, il s'interroge sur la manière dont il a éduqué ses enfants. "J’ai essayé d’élever mes six enfants le plus droit possible, j’avais peur de la délinquance, de la drogue", a-t-il confié au Journal du Dimanche.

Saïd Hicheur pourrait jouer un autre rôle dans cette affaire. Le fait qu'il soit fiché dans Cristina, fichier français relatif au terrorisme et à l'espionnage classé secret défense, pèserait dans les accusations formulées contre son fils. C'est ce qu'avancent Olivia Recasens, Christophe Labbé et Didier Hassoux, les auteurs de L'Espion du Président (Robert Laffont, 2012), un livre sur le patron de la DCRI, Bernard Squarcini, cité par Rue89.

• Un brillant chercheur en physique des particules

"Passionné par l’histoire ou l’astronomie autant que par le foot, le jeune Adlène échangeait des numéros de Science et Vie avec ses potes du quartier de l’Isle", à Vienne, raconte Le JDD. Doué, il a effectué de brillantes études, sortant diplômé de l'Ecole normale supérieure de Lyon, selon Owni. Il a préparé sa thèse au sein du laboratoire d’Annecy-le-Vieux de physique des particules (Lapp), où il a rencontré le Pr Jean-Pierre Lees. Directeur adjoint du Lapp, Lees est l'animateur de son comité de soutien et relaye son point de vue sur un blog hébergé par Mediapart.

Après son doctorat en 2003, Adlène Hicheur travaille trois ans en tant que chercheur en Angleterre. Puis, direction la Suisse et le laboratoire de physique de la prestigieuse Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, qui le détache au Centre européen de recherche nucléaire (Cern) de Genève. "C’est là qu’il travaillait lors de son arrestation", rapporte Libération.

• Sa pratique religieuse en question

Adlène Hicheur se décrit comme "un musulman pratiquant, respectant les cinq piliers de l’islam, mais avec des flottements dans [s]a foi, (...) sans se reconnaître dans une obédience particulière", d'après Libération. "La religion est à la base de notre éducation, nous sommes musulmans", a expliqué Zitouni, un autre de ses frères, interrogé par Le JDD

"Je découvre ainsi que je serais 'musulman pratiquant… mais avec des flottements dans la foi' : la phrase [est] recomposée à des fins évidentes. (…) Je ne [l']ai jamais prononcée telle qu'elle est écrite", rétorque Adlène Hicheur dans une tribune publiée sur Mediapart et rédigée de la prison de Fresnes le 15 février. Le physicien estime que les médias s'en prennent [s]a personne sous différents angles, non sans maintes contradictions". 

• Sur internet, il est "Abou Doujana"

Comment la DCRI a-t-elle pu soupçonner le physicien ? "Tout part d'un e-mail glissé sur le site de l'Elysée, le 2 janvier 2008, contenant copie d'un communiqué d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Les services secrets français placent sous surveillance le pseudo Phenixshadow, raconte Libération. Derrière ce pseudo se cache un homme bien situé dans la mouvance islamiste, (...) Mustapha Debchi, un Algérien membre du Groupe salafiste pour la prédication et le combat."

Au cours du premier semestre 2009, Adlène Hicheur, sous le pseudo Abou Doujana, échange 35 e-mails avec Mustapha Debchi. "Tout au long de ces 35 mails, [les deux hommes] n’ont jamais su qui était qui", selon Libération. La plupart des messages du physicien sont envoyés depuis sa chambre, au domicile de ses parents à Vienne. "Souffrant, [Adlène Hicheur] est alors en congé maladie. Il surfe sur internet, passe d’un site islamiste à l’autre", relate Le JDD. 

Des e-mails troublants

Ainsi, le 1er mars 2009, Hicheur écrit à Debchi qu'il va "proposer des (...) objets possibles en Europe et notamment en France". Le 10 mars de la même année, il poursuit : "Concernant le sujet des objectifs, ils sont différents suivant la différence des résultats souhaités après les coups. Exemple : s'il s'agit de punir l'Etat à cause de ses activités militaires au pays des musulmans (Afghanistan)". Adlène Hicheur évoque en fait le site du 27e bataillon des chasseurs alpins de Cran-Gevrier (Haute-Savoie).

En surveillant les échanges d'e-mails de Mustapha Debchi, les policiers repèrent un autre pseudo, Abou Mouawiya. Derrière ce nom se cache Hamadi Aziri, alors mis en examen, et condamné en 2011 à quatre ans de prison dont trois avec sursis dans le cadre d'une information judiciaire sur une filière franco-belge d'acheminement de jihadistes en Afghanistan. Lors de sa garde à vue, en décembre 2008, Aziri explique qu'"il avait remarqué que Phenixshadow correspondait régulièrement avec un certain 'ABDJ' (ou encore Abou Doujana) titulaire du compte abslm76@gmail.com". Il ajoute que "Phenixshadow lui avait demandé s'il connaissait 'quelqu'un avec un passeport français prêt à se sacrifier'". Toutefois, il ne donne pas davantage de détails.

Selon les juges d'instruction chargés de l'enquête, le physicien a donné "en connaissance de cause son accord à Mustapha Debchi en vue de constituer une cellule opérationnelle prête à commettre des actions terroristes en Europe et en France". Mais depuis son incarcération, Adlène Hicheur affirme n'avoir jamais été d'accord pour envisager "des trucs concrets". Il n'y a "pas la moindre preuve d'un début d'intention" terroriste, confirme son avocat, Me Patrick Baudouin. Adlène Hicheur encourt dix ans de prison.