Quand les fils de ministres sont rattrapés par des affaires d'argent

Avant le fils de Marisol Touraine, condamné pour "extorsion de fonds" et "séquestration", d'autres mauvais garçons ont déjà posé des problèmes à leurs parents.

Marisol Touraine, ministre de la Santé, lors d'une conférence de presse, à l'hôpital de Lille (Nord), le 11 mai 2013.
Marisol Touraine, ministre de la Santé, lors d'une conférence de presse, à l'hôpital de Lille (Nord), le 11 mai 2013. (PASCAL ROSSIGNOL / REUTERS)

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Même lorsque leurs auteurs sont majeurs, les frasques des enfants de ministres finissent toujours par éclabousser leurs parents. Ainsi, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a écrit une lettre d'excuse à la victime de son fils, Gabriel Reveyrand de Menthon, condamné pour des faits d'"extorsion de fonds" et de "séquestration", commis en 2011 alors qu'il avait 19 ans. 

La ministre de la Santé n'est pas la seule à avoir dû faire face aux faux pas de son enfant. Quelques-uns ont été épinglés pour des écarts de conduite sans conséquence, comme les fils Sarkozy et Fillon, brièvement ennuyés par la justice pour leur comportement sur la route. Francetv info s'est concentré sur les affaires d'argent, plus rares, mais plus embarrassantes pour les parents.

Le fils de Marisol Touraine et l'extorsion de 990 euros

En mai 2011, Gabriel Reveyrand de Menthon, 19 ans, et un complice, pénètrent dans un appartement parisien. Avec une arme factice, ils menacent son occupante, qui finit par leur remettre l'argent qu'elle garde chez elle : 990 euros. Au tribunal, Gabriel Reveyrand de Menthon avoue les faits et explique avoir agi pour rembourser une dette. Condamné à trois ans ferme pour "extorsion de fonds" et "séquestration", il dort à présent en prison. La victime attend quelque 4 000 euros de dommages et intérêts.

Thomas Fabius et son appartement de luxe

Les juges d'instruction du pôle financier ouvrent une information judiciaire, en juin, à l'encontre de Thomas Fabius. Le fils du ministre des Affaires étrangères est soupçonné de "faux", "escroquerie" et "blanchiment". Les juges s'interrogent sur l'acquisition, un an plus tôt, d'un appartement de 280 m² à Paris, pour 7 millions d'euros. Le parquet de Paris se demande comment l'homme, qui ne paie pas d'impôt sur le revenu en France, a pu acheter ce bien. Une enquête est en cours sur ce trentenaire au passé trouble.

 

Thomas Fabius, le fils de Laurent Fabius, au tribunal de grande instance de Paris, le 1er juin 2011.
Thomas Fabius, le fils de Laurent Fabius, au tribunal de grande instance de Paris, le 1er juin 2011. (BERTRAND GUAY / AFP)

Car Thomas Fabius a déjà été condamné en 2011 à 15 000 euros d'amende pour "abus de confiance". Dans cette affaire, deux personnes l'accusaient d'avoir fait disparaître des sommes d'argent destinées à développer une nouvelle forme de carte à puce, pour régler des dépenses de casino. Le trentenaire est un joueur invétéré, qui perd beaucoup et a déjà eu ce genre d'ennuis, comme le racontait francetv info dans ce portrait.

Laurent Juppé et son appartement au rabais

Pas de pot-de-vin, mais un passe-droit. En juin 1995, Le Canard enchaîné révèle un document interne de la Ville de Paris daté de 1993, dans lequel Alain Juppé, alors adjoint aux finances de la Ville, rectifie le loyer de l'appartement qu'occupe son fils Laurent. Fixé à près de 7 000 francs (1 400 euros), le montant mensuel du trois pièces de 88 m², qui appartient au "domaine privé" de la Ville, est "arrondi à 6 000 francs" (1 200 euros), raconte Libération. Alain Juppé donne en outre son accord pour que la Ville fasse réaliser 381 390 francs (environ 76 000 euros) de travaux.

Trois ans plus tôt, le même Alain Juppé avait déjà signé un bail de location avec Paris pour un appartement de 181 m², pour 12 000 francs par mois et après plus d'un million de francs de travaux. Ces deux arrangements lui valent une plainte pour "prise illégale d’intérêts", déposée par l’Association des contribuables parisiens, créée par Arnaud Montebourg, jeune avocat et adhérent du Parti socialiste. Le dossier est classé, mais toute la famille Juppé quitte ses appartements bon marché.

Jean-Christophe Mitterrand et l'Angolagate

Jean-Christophe Mitterrand a été le conseiller pour l'Afrique de son père, François Mitterrand, de 1986 à 1992. C'est un peu plus tard que les choses se sont gâtées, avec l'Angolagate, vaste affaire de commerce illégal d'armes vers l'Angola, en 1994. Dans ce dossier, le fils du président Mitterrand est condamné, en octobre 2009, à deux ans de prison avec sursis et 375 000 euros d'amende pour recel d'abus de bien sociaux.

Jean-Christophe Mitterrand, fils de François Mitterrand, au palais de justice de Paris, le 4 mars 2009.
Jean-Christophe Mitterrand, fils de François Mitterrand, au palais de justice de Paris, le 4 mars 2009. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Il a touché 2,6 millions de dollars (2 millions d'euros) pour avoir mis son réseau politique au service de l'homme d'affaires Pierre Falcone. Officiellement, cette somme correspondait à la rémunération de "conseil géopolitique", mais Jean-Christophe Mitterrand n'est jamais parvenu à justifier les missions concernées. Il a en revanche été relaxé des poursuites pour "complicité de trafic d'armes".

Pierre-Philippe Pasqua, Alstom et Sofremi

Dans le milieu des années 1990, un autre "fils de" trempe dans des affaires douteuses. Pierre-Philippe Pasqua a été condamné, en 2008 et 2010, dans les dossiers Sofremi et Alstom (ex-GEC-Alsthom), deux affaires pour lesquelles son père, Charles Pasqua, était aussi jugé. Les juges ont considéré qu'il avait empoché des commissions indues et occultes, via des sociétés écrans cachées dans des paradis fiscaux.

Le 24 septembre 2008, Pierre-Philippe Pasqua est condamné définitivement à deux ans d'emprisonnement, dont un ferme, dans une affaire de pots-de-vin extorqués en 1994, à l'occasion d'un déménagement du siège de la branche transport de GEC-Alsthom. En 2010, la Cour de cassation confirme une autre peine, équivalente, pour la participation de Pierre-Philippe Pasqua, entre 1993 et 1995, à des détournements de fonds au détriment de la Sofremi. Cette société d'export de matériel de sécurité était placée sous l'autorité du ministère de l'Intérieur, occupé par Charles Pasqua. 

Ses peines ont été confondues, réduisant la condamnation à deux ans de prison dont un an ferme. Grâce à l'aménagement des courtes peines, il n'est jamais allé en prison.