D'autres condamnés ont passé plus temps que Philippe El Shennawy en prison

Après 38 années de prison, Philippe El Shennawy, libéré vendredi 24 janvier, était l'un des plus anciens détenus de France. Francetv info revient sur le cas de cinq autres prisonniers, qui ont passé plus de 40 ans derrière les barreaux.

Philippe El Shennawy, l'un des plus anciens détenus de France, avec sa femme Martine après sa libération de la prison de Fresnes (Val-de-Marne), le 24 janvier 2014.
Philippe El Shennawy, l'un des plus anciens détenus de France, avec sa femme Martine après sa libération de la prison de Fresnes (Val-de-Marne), le 24 janvier 2014. (MIGUEL MEDINA / AFP)
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Philippe El Shennawy est désormais libre, après avoir passé les deux tiers de sa vie en prison pour un braquage avec prise d'otage auquel il a toujours nié avoir participé. L'homme de 59 ans, l'un des plus anciens détenus de France, a quitté vendredi 24 janvier la maison d'arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), deux jours après avoir bénéficié d'une libération conditionnelle.

Avec 38 années passées en prison, Philippe El Shennawy n'a pas dépassé le triste record de la plus longue détention. Retour sur les cas emblématiques de cinq autres condamnés.

Maurice Gateau, déjà 49 ans de prison

Le plus ancien détenu de France est actuellement Maurice Gateau, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre d'une personne dépositaire de la force publique. Aujourd'hui âgé de 77 ans, l'homme est incarcéré depuis avril 1965 sans discontinuer : il a donc passé près de 49 années enfermé.

Presque un demi-siècle au cours duquel la France a beaucoup changé, rappelle l'avocat Maître Eolas sur Twitter. Quand Maurice Gateau est entré en prison, rappelle-t-il, "il n'y avait que deux chaînes de télévision en noir et blanc". "Le téléphone restait un luxe. L'Occupation était aussi ancienne que l'est pour nous Balladur Premier ministre. La guerre du Vietnam n'avait pas commencé."

André Pauletto, ancien condamné à mort et près de 47 ans en cellule

Photo non datée d'André Pauletto. Condamné à mort en mai 1981, l'homme a bénéficié de l'abolition de la peine capitale en octobre de la même année.
Photo non datée d'André Pauletto. Condamné à mort en mai 1981, l'homme a bénéficié de l'abolition de la peine capitale en octobre de la même année. (AFP)

La Chancellerie évoque vendredi le cas d'André Pauletto, un homme de 77 ans, incarcéré depuis près de 47 ans. Condamné à mort en mai 1981 pour le meurtre de sa fille, l'homme a bénéficié de l'abolition de la peine de mort, en octobre de la même année, rappelle Libération

Casanova Agamemnon, 44 ans de prison, neuf mois d'interruption

Incarcéré depuis 1969, condamné un an plus tard à la perpétuité pour le meurtre de son patron, Casanova Agamemnon, originaire de La Réunion, n'a connu que neuf mois de liberté depuis. Après le meurtre de son frère en 1986, il a été à nouveau incarcéré et est actuellement détenu à la prison du Val-de-Reuil (Eure).

La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a signé en novembre dernier une décision d'affectation à la prison du Port, à La Réunion, mais son transfèrement n'a toujours pas été effectué.

Serge Le Bon, "la folie" après 40 ans de détention

Originaire de La Réunion, Serge Le Bon est derrière les barreaux depuis 40 ans en métropole. Il a été condamné à la perpétuité à l'âge de 20 ans, en 1972, par la cour d'assises de Saint-Denis, pour avoir tué son père à Saint-Joseph avec son frère.

Pour son avocat, Etienne Noël, Serge Le Bon est l'un de ces nombreux prisonniers qui "ont sombré dans la folie" en raison de leur enfermement depuis des dizaines d'années.

Pierre-Just Marny, le suicide après 48 ans en cellule

Tous les détenus ne supportent pas ces longues périodes d'incarcération. Condamné pour meurtres, Pierre-Just Marny, dit la "panthère noire", s'est suicidé en 2011 dans sa prison de Martinique, mettant fin à 48 années passées derrière les barreaux.

Après avoir été enfermé dans de multiples unités psychiatriques en métropole, il avait obtenu son transfèrement dans sa région natale en 2008. Deux ans plus tard, presque aveugle, Pierre-Just Marny avait bénéficié d'une permission de six heures pour "prendre l'air du dehors", rappelait Le Parisien lors de sa mort. Il s'agissait là de sa dernière sortie à l'extérieur d'une prison.

Car Pierre-Just Marny se pend dans sa cellule, le 7 août 2011, sans avoir reçu de réponse à sa demande de grâce présidentielle transmise deux mois plus tôt à Nicolas Sarkozy, expliquait à l'époque Libération. A propos de sa longue détention, son avocat dénonçait alors "une peine de mort qui ne dit pas son nom, où l'exécution du châtiment peut prendre cinquante ans".

Lucien Léger, mort libre, après 41 ans de détention

Lucien Léger répond aux questions des journalistes après sa libération, le 3 octobre 2005, à Landas (Nord). Il était considéré alors comme le plus ancien prisonnier de France.
Lucien Léger répond aux questions des journalistes après sa libération, le 3 octobre 2005, à Landas (Nord). Il était considéré alors comme le plus ancien prisonnier de France. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

D'autres, comme Philippe El Shennawy, parviennent à obtenir une libération conditionnelle après des années d'attente en cellule. Le précédent détenteur du triste record de la plus longue détention, Lucien Léger, surnommé "l'étrangleur", était sorti en 2005, après 41 années de prison.

En 1964, alors infirmier à Villejuif, il s'était rendu célèbre lors de la disparition du petit Luc Taron, enlevé à Paris et retrouvé mort 38 jours plus tard dans les bois de Verrières-le-Buisson (Essonne). Entre temps, Léger avait organisé un véritable jeu de piste pour les policiers, signant tous ses messages du nom de "l'étrangleur". Il est mort à son domicile en juillet 2008. Libre.