Patrick et Isabelle Balkany, la politique de l'exubérance

Une perquisition à la mairie de Levallois-Perret et des soupçons sur un présumé compte en Suisse viennent s'ajouter à la longue liste des casseroles du couple emblématique des Hauts-de-Seine.

Patrick et Isabelle Balkany, à la mairie de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), le 16 avril 2013.
Patrick et Isabelle Balkany, à la mairie de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), le 16 avril 2013. (REAU ALEXIS / SIPA)
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C'est encore son train de vie qui lui cause des soucis. La justice se penche à nouveau sur le cas de Patrick Balkany, après une perquisition à la mairie de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), révélée mardi 8 octobre. Soupçons de compte en Suisse, d'emploi de policiers municipaux pour son compte personnel : l'intéressé réfute toutes les accusations. Le 25 octobre, l'étau se resserre autour de l'élu des Hauts-de-Seine avec des documents publiés par Mediapart provenant de l'ancien élu RPR Didier Schuller.

Le maire UMP de Levallois-Perret, qui assurait, début septembre sur un plateau de télévision, être "l'homme le plus honnête du monde", est régulièrement mis en cause, toujours épaulé par son épouse, Isabelle. Francetv info dresse le portrait de ce couple devenu, en trente ans, une figure de la politique des Hauts-de-Seine.

Une batterie de casseroles judiciaires

Patrick et Isabelle Balkany règnent en maîtres, lui maire, elle première adjointe, sur Levallois-Perret, depuis 1983. Les condamnations n'y changent rien. "Injures", "menaces et violences"… La plus lourde : deux ans d'inéligibilité pour lui et des peines de prison avec sursis pour tous les deux, pour "prise illégale d'intérêt". Ils ont rémunéré, entre 1985 et 1995, aux frais des Levalloisiens, trois prétendus employés municipaux, qui entretenaient en réalité leur appartement à Levallois-Perret et leur résidence secondaire, un moulin, près de Giverny (Eure).

Evincés de l'hôtel de ville en 1995, ils se retirent à Saint-Martin, dans les Caraïbes, "pour se faire oublier", rapporte L'Express. A leur retour, en 1999, la chambre des comptes d'Ile-de-France se souvient très bien d'eux. Elle condamne Patrick Balkany à rembourser à Levallois-Perret les salaires des faux employés municipaux, soit 523 898 euros. Ce qui ne l'empêche pas de reconquérir "sa" mairie en 2001 et d'y reprendre un train de vie qui inquiète la cour régionale des comptes (CRC). "Il y a des pots sans arrêt à la mairie", dénonce une élue socialiste. Les frais de réception explosent, de 239 951 euros à un million d'euros, entre 2000 et 2005, raconte 20 Minutes. La CRC rappelle Isabelle Balkany à l'ordre, qui proteste, mais suit finalement ses recommandations.

Les dernières révélations de Didier Schuller publiées par Mediapart font également état de soupçons de blanchiment d'argent et de comptes bancaires détenus en Suisse, au Liechtenstein et à Saint-Martin. Les accusations s'appuient sur des documents légaux, ce qui fait dire à Didier Schuller que Patrick Balkany a été "protégé" pendant que lui affrontait la justice.

Un couple exubérant et uni…

Ils sont complémentaires. "Patrick, c'est le 'show-off' ; Isabelle, c'est la bosseuse", dit leur opposant Loïc Leprince-Ringuet, au Nouvel Obs. Lui, grand, rond, gouailleur, costume bien taillé, cravates de marque, gros cigare coincé entre des dents imposantes, voix de baryton, se targue d'avoir couché avec Brigitte Bardot (qui dément) lorsqu'il avait 18 ans. Elle, petite, sèche, bavarde, hyper organisée, au langage fleuri qui tranche avec son allure bourgeoise, quand elle se vante de "passer après Bardot".

Tellement complémentaires qu'ils sont presque une seule personne, même si elle trouve "réducteur" qu'on les appelle "les Balkany", comme une unité indivisible. "Les Balkany" semblent en effet interchangeables. Comme lundi 7 octobre, quand Patrick remplace au pied levé Isabelle au micro de France Inter, tour de passe-passe repéré par le Lab d'Europe 1. "Voyez avec mon double", aurait l'habitude de dire le baron des Hauts-de-Seine, selon Libération.

Ils partagent avec leur "ami de trente ans", Nicolas Sarkozy, un penchant pour le bling-bling, qu'ils poussent à son paroxysme. Olivier de Chazeaux, qui a privé Patrick Balkany de sa mairie, de 1995 à 2001, s'en souvient. "Quand je suis descendu dans les appartements privés du maire, j’ai été arrêté par la déco épouvantable. (...) Il y avait là, sur une table en marbre, un téléphone… doré", raconte-t-il à Libération.

… malgré les frasques de l'époux coureur

"Les Balkany ont connu ensemble les conquêtes du pouvoir comme les traversées du désert", écrit L'Express, qui décrit Isabelle Balkany comme un "rouage indispensable". Côté pouvoir, la mairie de Levallois pour lui et le conseil général des Hauts-de-Seine pour elle. Côté désert, l'échec de 1995, une séparation et un bref scandale. Une jeune femme, devenue la compagne de Patrick, en 1997, qui l'accuse de "viol et menace avec arme", avant de se rétracter. Elle assure qu'il l'a forcée à lui faire une fellation, "sous la menace d'un 357 Magnum", précise Le Monde.

Patrick et Isabelle Balkany s'embrassent sur le plateau de "Vie privée, vie publique", sur France 3, le 14 janvier 2003.
Patrick et Isabelle Balkany s'embrassent sur le plateau de "Vie privée, vie publique", sur France 3, le 14 janvier 2003. (LECARPENTIER / SIPA)

Isabelle Balkany accourt pour défendre son ex. "Mon mari n'a jamais eu besoin d'un revolver pour se faire tailler une pipe", déclare-t-elle à la police judiciaire, selon Libération. Même esprit de corps quand la judoka Marie-Claire Restoux, ancienne suppléante de Patrick Balkany, révèle les raisons de sa démission, en 2010. Elle accuse le maire de harcèlement sexuel. L'épouse et patronne de la communication du couple répond, dans le JDD : "Elle est siphonnée."

Une gestion locale à la grecque

Flambeur, le couple Balkany plombe les comptes de la mairie. En 2001, Olivier de Chazeaux est parvenu à réduire la dette de la ville à 160 millions d’euros, après six ans de hausses d'impôts. Le retour aux affaires des Balkany l'alourdit à 449 millions, en 2005. En 2011, elle "bat tous les records avec 725 millions d’euros d’emprunts, pour une population de 65 000 âmes, ce qui fait 11 153 euros de dette par tête d’habitant, nourrissons compris", compte Libération.

Ce dangereux endettement est toujours valable en 2013. Avec une dette par personne de près de 11 500 euros, Levallois-Perret est la mairie la plus endettée par habitant, selon le classement du Journal du net. "Un peu comme un ménage qui forcerait sur l’emprunt pour vivre et s’équiper luxueusement", résume encore Libération. "Ce n'est pas de l'endettement, c'est de l'investissement", rétorque Patrick Balkany, cité par L'Express.

Mais une stratégie électoralement payante

A ce prix-là, les Balkany ne refusent rien à Levallois. Voyages scolaires à l’étranger (Canada, Ecosse…), centre aquatique haut de gamme, spa, conservatoire de musique, médiathèque de 2 000 m², liste Libération, en 2011. Une habitante confie au quotidien : "Les gens savent qu’on est très endettés, mais ici, on est tellement bichonnés, il y a tellement d’équipements qu’ils font l’autruche." Selon elle, cette dette les encourage à reconduire Patrick Balkany à chaque élection. "Les habitants se disent que s'ils élisent quelqu'un d’autre, il va vouloir assainir la situation et augmenter les impôts en se prévalant de l’héritage."

Patrick Balkany se défend de pratiques clientélistes et se voit en prestataire de services pour ses administrés. "Ils payent beaucoup d'impôts. Beaucoup trop. Mais les impôts locaux, au moins, sont les seuls dont ils peuvent voir, de manière concrète, comment et à quoi ils sont utilisés. (...) Et en prime, ils ne se sentent tenus par aucune obligation électorale et votent comme ils l'entendent", écrit-il dans son livre Une autre vérité, la mienne, cité par Mediapart. Probable candidat à sa propre succession, aux municipales de 2014, Patrick Balkany aura, une nouvelle fois, l'occasion de s'en convaincre.