Marseille : la communauté juive partagée sur l'appel à enlever la kippa

Après l'agression à la machette d'un professeur juif, le président du Consistoire de Marseille a "incité" ce mardi les Juifs à enlever leur kippa. Une position que ne partagent pas le grand rabbin de France et le Crif. Le suspect, un jeune homme de 15 ans, a été transféré à la sous-direction antiterroriste, à Levallois, dans les Hauts-de-Seine.

(Zvi Ammar, le président du Consistoire israélite de Marseille © Maxppp)
Radio France

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Le président du Consistoire israélite de Marseille a appelé mardi les membres de la communauté juive de la ville à "retirer provisoirement" leur kippa au lendemain de l'agression à la machette d'un enseignant juif. "Il vaut mieux peut-être retirer la kippa provisoirement", a déclaré Zvi Ammar, expliquant avoir pris cette décision en concertation avec le conseil d'administration du Consistoire et le grand rabbin de la région. "Ne pas mettre de kippa peut préserver des vies humaines et rien n'est plus important", a t-il déclaré dans un entretien à la Provence. "C'est malheureux d'en arriver là en 2016 dans un grand pays démocratique comme la France. Mais face à une situation exceptionnelle il faut prendre des mesures exceptionnelles."

"Certainement pas une bonne idée"

Pour le grand rabbin de France, Haïm Korsia, cet appel est un "cri d'émotion compréhensible" , mais "Nous ne devons céder à rien, nous continuerons à porter la kippa."   Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Roger Cukierman, est lui aussi réservé : "Ce n'est certainement pas une bonne idée". "Cela traduit une attitude défaitiste, de renoncement."

La position du Crif des Bouches-du-Rhône est également plus nuancée. Michèle Teboul, sa présidente : "Si j’exclus ma position en tant que responsable, en tant que personne, je pense qu’il faut que nous restions debout, que nous restions comme nous l’avons toujours été, des Juifs totalement intégrés dans le paysage démocratique et républicain de la France depuis des siècles. Jamais nous n’avons eu à nous cacher : on ne peut pas revenir aux heures les plus sombres de l’histoire des Juifs. Il faut continuer à vivre comme nos frères israéliens continuent à vivre malgré la menace pressante sur eux chaque jour."

""Il faut continuer à vivre !" - Michèle Teboul, présidente du Crif des Bouches-du-Rhône
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"Malsain" pour le Grand Rabbin de France

Sur France Info, le Grand Rabbin de France Haïm Korsia ne soutient pas cette démarche. "C'est un choix personnel qui ne doit pas être dicté par la peur. Si on commence à dire, il faut qu'on arrête ci ou ça alors il n'y a plus de fin." "Il y a quelque chose, poursuit-il, de très malsain lorsque l'on projette sur la victime une part de responsabilité. On est déjà dans l'oubli de ce qu'elle subit." Haïm Korsia suggère aux marseillais et à la communauté juive de Marseille "de manifester lors du prochain de l'OM en mettant une casquette, un chapeau, une kippa, n'importe quoi sur la tête. Une façon de dire, on partage votre situation."

 

"Il n'est pas question de vivre cachés" - Haïm Korsia / Grand Rabbin de France
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Le jeune suspect transféré à la sous-direction antiterroriste

Lundi, un adolescent de 15 ans se revendiquant du groupe terroriste Daech avait agressé à la machette un enseignant d'une école juive de Marseille portant une kippa. L'homme a été légèrement blessé. Le parquet antiterroriste s'est saisi du dossier.

Le jeune homme a quitté mardi après-midi les locaux de la police marseillaise pour être transféré à la sous-direction antiterroriste à Levallois, dans les Hauts-de-Seine. Sa garde à vue, en raison de son âge, ne peut dépasser 48 heures : il devrait à son issue devrait ensuite être présenté à un juge d'instruction antiterroriste, pour une possible mise en examen.