Jérôme Kerviel, de la marche spirituelle à la prison ?

L'ancien trader de la Société générale doit se rendre d'ici dimanche soir au commissariat, où il doit être procédé à son incarcération.

Jérôme Kerviel quitte la ville de Modène (Italie), le 19 mars 2014, lors de sa marche entre Rome et Paris.
Jérôme Kerviel quitte la ville de Modène (Italie), le 19 mars 2014, lors de sa marche entre Rome et Paris. (GABRIEL BOUYS / AFP)
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Vincent MatalonFrance Télévisions

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Va-t-on voir Jérôme Kerviel derrière les barreaux d'ici la fin du week-end ? L'ancien trader de la Société générale, condamné en mars à trois ans de prison, a refusé samedi 17 mai à 15 heures de franchir la frontière italo-française à Menton (Alpes-Maritimes), à l'issue d'une marche commencée à Rome en février. Il a jusqu'à dimanche pour se rendre à la police. 

Francetv info revient sur trois mois d'un périple aussi spirituel que médiatique.

Acte 1 : il rencontre le pape François

Lorsqu'il se rend à Rome, à la mi-février, Jérôme Kerviel est en sursis. Condamné en première instance puis en appel à cinq ans de prison dont trois ferme et 4,91 milliards d'euros de dommages et intérêts pour "abus de confiance", "faux et usage de faux" et "introduction frauduleuse de données" dans un système informatique, il s'est pourvu en cassation et attend son jugement. 

Le 19 février, à l'issue d'une audience générale place Saint-Pierre, Kerviel et son avocat David Koubbi parviennent à échanger quelques mots avec le pape François. L'ancien trader sort de cette rencontre comme investi par une mission spirituelle. Cité par l'agence Reuters, il explique avoir été "transformé d'un point de vue psychologique" par son entrevue avec le Saint-Père, et décide de regagner Paris en marchant et en logeant chez l'habitant afin de sensibiliser l'opinion sur la "tyrannie des marchés".

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RENAUD BERNARD - PIERRE-OLIVIER CASABIANCA / FRANCE 2

Acte 2 : il marche de Rome à Paris

A la veille de la décision de la Cour de cassation, le 18 mars, il se dit serein et apaisé. "[Marcher] me vide de tout alors que ça fait six ans que je vis au rythme du dossier", explique-t-il à RTL. Il affirme même vouloir continuer son périple quel que soit le choix des juges. "Je suis à disposition de la justice si elle décide de m'incarcérer. Je continue ma marche en espérant qu'ils me laissent aller au bout de cette démarche", dit-il.

Cela ne sera pas le cas. Le 19, la Cour de cassation confirme la condamnation de Kerviel à trois ans de prison ferme. Elle décide en revanche de casser l'arrêt de la cour d'appel le condamnant à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts, et de renvoyer cette question à un nouveau procès en appel.

Bien que l'ancien trader ait épuisé toutes les voies de recours, et soit donc assuré d'être emprisonné, il lance aux journalistes qui le suivent dans la région de Parme que la décision de la Cour est une "excellente nouvelle".

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Lors de ce parcours initiatique et médiatique, les soutiens de Jérôme Kerviel se mobilisent. L'ancien porte-parole de la conférence des évêques de France Mgr Di Falco devient président de son comité de soutien, et un prêtre poitevin, le père Gourrier, le rejoint pour marcher à ses côtés.

Formant un attelage singulier, ils rejoignent ainsi des figures de la gauche, comme Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly, ou encore le porte-parole d'Europe-Ecologie-Les Verts Julien Bayou. Tous considèrent Jérôme Kerviel comme un "maillon de la chaîne d'un cas de négligence caractérisé de la part de la Société Générale, elle-même symbole d'une mondialisation financière à la dérive", écrit le Huffington Post.

Acte 3 : ses soutiens orchestrent son retour en France

A mesure que Jérôme Kerviel se rapproche de la France, son comité de soutien enclenche une offensive médiatique pour éviter à l'ancien trader d'être emprisonné. Jeudi 15 mai, il annonce que le parquet général a demandé à Kerviel de se présenter au commissariat de Menton (Alpes-Maritimes) dimanche au plus tard, faute de quoi "il sera requis directement l'assistance de la force publique à l'effet d'exécuter la peine prononcée à son encontre". Le comité annonce dans la foulée que l'ancien trader franchira la frontière samedi 17 à 15 heures. L'objectif ? "S’assurer de la présence des caméras", indique Europe 1.fr.

En parallèle, plusieurs personnalités prennent la plume pour plaider la cause de Kerviel. Mgr di Falco adresse lundi 12 mai une lettre à François Hollande pour lui demander d'intercéder afin que l'ancien opérateur de marché ne soit pas incarcéré "tant que la vérité ne sera pas faite quant aux responsabilités réelles encourues par la banque". Jean-Luc Mélenchon publie de son côté un communiqué pour clamer "l'innocence" de Jérôme Kerviel, et réclamer "que toute la lumière soit faite" sur ce dossier. 

Le principal intéressé, interrogé vendredi par France Bleu Azur, se dit "serein". "Je n'essaie pas de faire de plan ou d'imaginer ce qui va se passer demain", a-t-il indiqué, avant d'annoncer qu'il allait rencontrer son avocat et ses soutiens avant de décider s'il se rendrait de son plein gré au commissariat.