Laurent de Villiers, fils de l'eurodéputé du Mouvement pour la France (MPF) Philippe de Villiers, pourrait finalement avoir son procès.

La Cour de cassation a annulé mercredi 7 décembre le non-lieu prononcé en 2010 au profit du fils aîné de l'ancien secrétaire d'Etat, Guillaume, accusé de viols sur son jeune frère entre 1995 et 1996, ouvrant la voie au réexamen du dossier par la Cour d'appel de Lyon. Cette dernière déterminera si Guillaume de Villiers doit être renvoyé devant les assises.

Retour sur la chronologie d'une affaire de famille qui a éclaté en 2006.

• 2000 : Laurent de Villiers raconte à sa mère les viols que lui a fait subir son frère Guillaume, de six ans son aîné, entre décembre 1995 et janvier 1996, alors que Laurent avait 10 ans. "Elle m’a dit qu’elle savait déjà, que Guillaume lui avait parlé. Et qu’il fallait que je me purifie. J’étais souillé et il fallait éviter que je souille d’autres membres de la famille", se souvient-il dans Libération. "Tais-toi et pardonne", ajoute-t- elle. Un ordre dont il tirera le titre de son livre, un témoignage publié le 9 novembre 2011 chez Flammarion.

Quand il se confie à son père, celui-ci lâche : "C’est entre ton frère et toi, ça ne me regarde pas."

• 2 septembre 2006 : Guillaume envoie un mail à Laurent, dans lequel il "reconnaît la gravité de ce qu'a subi son benjamin", note L'Express. Une lettre que la cour d'appel de Versailles ne considérera pas comme "un aveu de culpabilité, arguant du fait que la grandiloquence des écrits et des propos étaient une constante chez les acteurs de l'affaire".

• 30 octobre 2006 : Laurent, envoyé à New York depuis 2005 par ses parents dans une communauté de moines franciscains, porte plainte pour "viols" contre Guillaume. Son autre frère, Nicolas, vient lui rendre visite pour le dissuader de poursuivre dans la voie judiciaire.

• 17 novembre 2006 : Guillaume est mis en examen pour "viols". La nouvelle est diffusée dans la presse le 21 novembre. Philippe de Villiers, candidat à la présidentielle de 2007, en pleine campagne, réagit immédiatement dans un communiqué publié sur le site du MPF. Il dénonce "une plainte infamante en pleine campagne électorale alors même que les faits allégués remontent à plus de quinze ans", estimant que le dossier est "vide" et que son fils Guillaume subit la traque des services de renseignement. Le père organise même une conférence de presse au cours de laquelle il se pose en victime d'une "manipulation odieuse et sordide".

• 31 mai 2007 : Dans son livre, Laurent raconte que ce jour-là, son père lui aurait demandé de retirer sa plainte. Dans le même temps, Guillaume lui aurait demandé pardon dans la maison familiale, en Vendée.

• Juin 2007 : Laurent, qui souhaite une réconciliation familiale, retire sa plainte.

• 7 novembre 2008 : Le juge d'instruction du tribunal de grande instance de Versailles confronte les deux frères. Laurent relance alors ses accusations.

• 21 mai 2010 : Un juge d'instruction de Versailles renvoie Guillaume de Villiers, devenu consultant international, marié et père de trois enfants, devant les assises pour répondre de ces viols présumés.

Devant les juges, ses parents qualifient Laurent de "mythomane", reprenant les arguments de l'avocat de Guillaume, qui, au moment du dépôt de la plainte en 2006, avait déclaré, comme le rapporte le Journal Chrétien : "Laurent n’en est pas à son coup d’essai dans les dénonciations d’infractions imaginaires." Guillaume, avec le parquet de Versailles, fait appel.

• 17 décembre 2010 : La cour d'appel de Versailles estime qu'il n'existe "pas de charges suffisantes" à l'encontre de Guillaume de Villiers. Un non-lieu est alors prononcé en sa faveur. Laurent de Villiers se pourvoit en cassation.

7 décembre 2011 : La Cour de cassation annule le non-lieu, ouvrant ainsi la voie à un possible procès. Laurent de Villiers espère que les proches qui "savent" vont "parler". "La décision de la Cour de cassation est courageuse car c'est un dossier très délicat, ajoute-t-il. Elle me fait beaucoup de bien pour ma reconstruction personnelle."

L'avocat de Guillaume estime quant à lui que l'annulation du non-lieu est peut-être le résultat d'"une pression médiatique, en l'espèce couronnée de succès", faisant référence à l'écho rencontré par le livre de Laurent, publié un mois plus tôt. Contacté par l'AFP, Philippe de Villiers a répondu : "Laissez-moi tranquille, je n'ai aucune réaction à faire pour l'instant."