Extradition d'Aurore Martin : les critiques, les ripostes

Elus socialistes basques et militants s'opposent au gouvernement, qui approuve l'arrestation de la militante basque. Récapitulatif de la situation.

La militante basque Aurore Martin, en juin 2011.
La militante basque Aurore Martin, en juin 2011. (GAIZKA IROZ / AFP)
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JUSTICE - Elle risque 12 ans de prison en Espagne pour "appartenance à un mouvement terroriste". Après son arrestation jeudi 1er novembre, lors d'un contrôle routier, la militante basque Aurore Martin a été remise aux autorités espagnoles le même jour. Une décision contraire à la ligne politique décidée par la France, défendue par le passé par François Hollande, et très critiquée par des partis et des associations de gauche. Petit récapitulatif des critiques et des ripostes, notamment de la part du gouvernement. 

Les interrogations et les critiques

• La consternation de certains élus basques. Vendredi, seize élus socialistes et républicains du Pays basque se sont déclarés "consternés" par la situation. Ils condamnent, dans un texte commun, l'application du mandat d'arrêt européen (MAE) dont Aurore Martin faisait l'objet depuis 2010 et réclament son "retour immédiat (…) sur le territoire français".

• "Sans doute une initiative de Manuel Valls". Pour Michel Berger, coprésident du Comité de défense des droits de l'homme en Pays basque, l'arrestation d'Aurore Martin est surprenante. "Quand je lis 'arrestation fortuite', c'est bidon ! expliquait-il à Francetv info vendredi. Elle était pistée, comme tous les jours. Il y avait eu une tentative pour l'arrêter à Bayonne en juin 2011. Mais depuis, plus personne ne parlait de l'interpeller. Les élus locaux n'ont jamais été informés d'un tel projet. Elle se rendait tous les jours à son travail à Bayonne." 

Comment donc interpréter cette arrestation ? "C'est sans doute une initiative de Manuel Valls, commente Michel Berger. Est-ce que le ministre de l'Intérieur négocie quelque chose pour faire plaisir à Madrid ? Pour vendre des avions Rafale en échange ? C'est incompréhensible. Pour lui, les élus du Pays basque – dont des centristes et des UMP – sont comme des terroristes de l'ETA !"

Les ripostes

• Manuel Valls affirme n'y être "pour rien. Samedi, le ministre de l'Intérieur a rejeté toutes les critiques qui pèsent sur lui dans cette affaire. Dans une interview à Sud-Ouest dimanche, il assure qu'Aurore Martin "a été arrêtée lors d'’un contrôle routier habituel en cette période de vacances (...) Je démens toute autre version des faits."

"L’exécution du mandat d'arrêt européen est une décision de la justice, poursuit le ministre. La décision a été appliquée sous l’autorité du parquet général de Pau. Ce n’est pas du ressort du ministre de l’Intérieur que je suis. Je n’ai pris ici aucune décision". Quant à la peine de prison (12 ans) qu'encourt la militante, il affirme avoir "confiance en la justice espagnole pour traiter le cas d’'Aurore Martin" en tenant compte du fait qu’'elle n'a "pas de sang sur les mains".

• Taubira explique que le gouvernement "n'intervient plus". Dans un communiqué, la ministre de la Justice Christiane Taubira affirme de son côté que "la remise de Mme Martin à la justice espagnole s'est opérée dans le strict cadre du mandat d'arrêt européen". Elle souligne que l'intéressée avait épuisé toutes les voies de recours juridiques, jusqu'à la cour européenne des droits de l'homme (CEDH). 

"Le mandat d'arrêt européen est une opération de juge à juge, les autorités gouvernementales n'intervenant plus", et est "utilisé pour une liste précise d'infractions graves (et, en particulier, la participation à une association de terroristes)", explique le ministère.

• "Le droit ne se négocie pas", dit la commission des Lois. Interrogé sur le sujet par Le Télégramme, le président (socialiste) de la commission des Lois de l'Assemblée nationale appuie la position officielle du gouvernement. "Afin de contester la pertinence du mandat d'arrêt européen, la jeune femme a fait tous les recours qu'elle souhaitait, notamment devant la Cour européenne des droits de l'Homme(CEDH). Tous ont été rejetés", rappelle Jean-Jacques Urvoas. 

Il explique que "le fait que Batasuna soit interdit en Espagne et pas en France n'a aucune incidence pour l'application de la légalité européenne. C'est très logiquement qu'elle a été remise à la justice espagnole." Selon lui, aucune alternative n'est envisageable. "Le droit ne se négocie pas."