Après plus de trois mois de suspense, le juge marseillais Franck Landou a rendu sa décision : mise en examen depuis l'été 2010, la députée socialiste des Bouches-du-Rhône Sylvie Andrieux a été renvoyée devant le tribunal correctionnel, mercredi 30 mai, pour détournement de fonds publics entre 2005 et 2007, à l'époque où elle était vice-présidente du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Elle devrait comparaître à l'automne pour les faits qui lui sont reprochés. 

L'élue marseillaise, entrée à l'Assemblée nationale en 1997, est actuellement en campagne dans la troisième circonscription des Bouches-du-Rhône pour un quatrième mandat consécutif. Elle a été investie par le Parti socialiste malgré ses ennuis judiciaires. 

700 000 euros détournés "au profit de sa carrière politique personnelle"

Cité par La Provence, le juge d'instruction estime que "la vice-présidente déléguée à la Politique de la ville [au conseil régional] a détourné au profit de sa carrière politique personnelle des fonds publics initialement destinés à aider des associations des quartiers déshérités en grande difficulté". Le montant des subventions détournées avoisinerait les 700 000 euros.

L'enquête a débuté en 2007, après que l'organisme Tracfin - qui dépend de Bercy - eut remarqué que de jeunes associations percevaient d'importantes sommes d'argent alors qu'elles n'avaient pas d'adhérents. L'un des plus proches collaborateurs de Sylvie Andrieux, Rolland Balalas, avait alors accusé l'élue d'utiliser "sans discernement les fonds publics", rapportait Le Point. "Elle se fout complètement de savoir si ce que l'on finance est bon ou pas, dans la mesure où ça augmente sa popularité dans les quartiers", avait-il déclaré au juge Franck Landou.

Vingt et une personnes poursuivies

Après de longs mois d'enquête - et la mise en examen de vingt-trois personnes -, le procureur de la République de Marseille, Jacques Dallest, avait adressé début février son réquisitoire au juge Landou. Dans un document de 150 pages, le procureur Dallest demandait le renvoi devant le tribunal de vingt et une des personnes mises en examen dans l'affaire dite des "subventions du conseil régional". Des réquisitions suivies à la lettre aujourd'hui par le juge d'instruction, et qui déboucheront donc sur un vaste procès qui devrait se tenir à l'automne. 

Sans préjuger de l'issue du procès, la décision se révèle en tout cas embarrassante pour le Parti socialiste à dix jours du premier tour des législatives, alors que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, doit justement se rendre à Marseille mercredi pour y soutenir les candidats PS, et que François Hollande a, tout au long de sa campagne, promis "une République exemplaire".

Contacté par FTVi, un proche de la première secrétaire du PS, Martine Aubry, jure néanmoins que "le renvoi en correctionnelle de Sylvie Andrieux ne remet rien en cause", se bornant à répéter que "tant qu'une personne n'est pas condamnée, elle est présumée innocente".