La Grande Guerre est le premier conflit photographié en masse. Chaque semaine, dès 1914, des journaux comme L'Illustration ou Le Miroir publient des clichés pris sur le terrain. Des amateurs rendent compte, eux aussi, de ce qu'était la première guerre mondiale. Mais leurs photos n'ont pas toutes fini dans la presse. Celles de Frantz Adam, par exemple, que francetv info vous présente, sont restées oubliées dans un grenier pendant près d'un siècle.

Frantz Adam était médecin. Affilié au 23e régiment d'infanterie, il immortalise son quotidien de 1915 à 1918. Ses clichés ont été retrouvés dans une boîte, une "petite cantine", par un membre de sa famille, en 2005. Ce dernier les confie alors à l'Agence France-Presse, qui les trie et les numérise.

Les photos de Frantz Adam ci-dessous sont extraites de Ce que j'ai vu de la Grande Guerre (La Découverte, 2013), une sélection de ses instantanés présentée par l'historien André Loez. Ce dernier a accepté de commenter chaque photo pour francetv info. Une façon de raconter et d'éclairer, en images, ce que fut la première guerre mondiale, dans toute sa violence et sa complexité.

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Frantz Adam en 1917, dans l'arrière-front de Verdun (Meuse). 

André Loez : "Le développement des techniques photographiques au début du XXe siècle permet à de nombreux hommes d'immortaliser la Grande Guerre. Dans la mesure où le matériel coûte encore assez cher, ces photographes amateurs sont généralement des officiers, dont font partie les médecins, comme Frantz Adam. En théorie, photographier les terrains d'opération est interdit, notamment pour des raisons d'espionnage. Mais les autorités ferment parfois les yeux." FRANTZ ADAM / AFP
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Avril 1915, front des Vosges.

"La guerre s'installe dans les tranchées dès octobre 1914. Cependant, tous les soldats ne sont pas en permanence en première ligne : ils peuvent, comme sur cette photo, être mobilisés en pleine campagne ou dans des villages, à l'arrière-front. Le front des Vosges est montagneux, les combattants se retrouvent en pleine forêt et sont parfois contraints de construire des abris avec des rondins et des branchages." FRANTZ ADAM / FRANTZ ADAM
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Début 1915, secteur de La Fontenelle (Vosges).

"En 1914, les autorités militaires pensent que le conflit sera puissant, grâce aux nouveaux types d'armes, et donc rapide. Il n'existe pas de réels stocks pour la campagne d'hiver 1914-1915, ce qui amène les soldats à se couvrir comme ils peuvent. " FRANTZ ADAM / AFP
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Avril 1915, secteur du bois d'Hermanpaire (Vosges).

"Sur cette image, Frantz Adam lit la presse médicale spécialisée devant l'entrée de son abri, qu'il a dénommé "Au Grand Larey" en souvenir d'un chirurgien des armées de Napoléon, Dominique-Jean Larrey. Les militaires reçoivent régulièrement des journaux, à la recherche de deux informations principales : la fin de la guerre est-elle proche ? Si non, où l'armée est-elle amenée à se déplacer ?" FRANTZ ADAM / AFP
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Mai 1915, La Pêcherie (Vosges).

"En 1915, l'armée lance une grande campagne de vaccination. On en profite parfois pour vacciner les civils qui vivent au contact des soldats. Dans cette scène, la présence d'une épaule féminine attire manifestement les regards." FRANTZ ADAM / AFP
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Mai 1915, près de Saint-Dié (Vosges).

"A ce moment-ci, Frantz Adam écrit : 'Cantonnés aux portes de Saint-Dié, nous passâmes là un mois délicieux ; le temps était radieux et déjà on pouvait se baigner dans la Meurthe.' Les moments de détente permettent en effet de tenir, mais l'armée n'aime pas vraiment le pur repos, synonyme de désordre et d'ivresse. Le reste du temps, on occupe les hommes avec des exercices ou des corvées." FRANTZ ADAM / AFP
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Septembre, arrière-front des Vosges.

"Au front, une part des vêtements est réglementaire, une autre est aléatoire. De bas en haut, les soldats portent des brodequins, des bandes molletières, une culotte, une vareuse et enfin une capote, portée par dessus. Le sac, ou 'barda', peut peser entre 20 et 30 kilos." FRANTZ ADAM / AFP
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Printemps 1916, secteur de Saint-Jean d'Ormont (Vosges).

"On compte une cuisine roulante par compagnie, soit 150 hommes environ. En première ligne, les soldats se contentent de pain et de conserves." FRANTZ ADAM / AFP
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30 juillet 1916, bataille de la Somme.

"Cette photo n'a pas été prise par Frantz Adam mais sûrement par un survivant de l'attaque. On y voit un homme du 23e régiment d'infanterie rouler une cigarette dans un étroit parallèle de départ (petite tranchée creusée de façon à pouvoir se lancer à l'assaut). L'armée distribue des rations de tabac, mais de façon moins organisée que pour le vin. A la fin de la guerre, la ration moyenne de vin rouge est d'un litre par jour et par soldat." FRANTZ ADAM / AFP
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13 septembre 1916, bois du Sommet / plateau de la Pépinière (Somme).

"La légende dit que ce crâne, déjà momifié, est celui d'un soldat allemand. Il n'y a aucune chance qu'il soit identifié." FRANTZ ADAM / AFP
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Eté 1916, dans la Somme.

"Frantz Adam note, dans son carnet, l'ambiguïté de cette situation : 'Certains de ces Fritz étaient occupés à creuser des rangées de tombes pour les victimes des combats auxquels nous allions prendre part ; et nos hommes assistaient indifférents à cette préparation d'un nouveau genre'. C'est la première fois que je vois une telle scène, où des prisonniers allemands creusent les tombent où seront enterrés des soldats français. Le droit des prisonniers est bien mieux respecté durant la guerre de 14-18 que pendant la seconde guerre mondiale. Certes, on les fait travailler, ce qui est théoriquement interdit, mais on les nourrit et on les traite correctement." FRANTZ ADAM / AFP
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Eté 1916, dans la Somme.

"Les chevaux accompagnent les armées en permanence, mais pas sous la forme de charges de cavalerie. Ils servent essentiellement pour le transport. Les soldats sont très marqués par la mort des chevaux, certains y voient une preuve supplémentaire de l'absurdité du conflit." FRANTZ ADAM / AFP
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Septembre 1916, dans l'Argonne.

"La musique régimentaire joue ici sur une route encombrée de l'Argonne. Les fanfares font partie des rituels de l'armée, au même titre que les décorations ou les parades. Il s'agit plutôt de postes convoités car ils tiennent à distance du front, comme chauffeur du général ou comptable." FRANTZ ADAM / AFP
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Novembre 1916, La Harazée (Argonne).

"Les rats font partie du quotidien des soldats. L'armée accorde une prime financière d'un sou par rat capturé, c'est pourquoi on les expose ainsi. Les soldats tiennent ces animaux en horreur. Même si la nourriture vient parfois à manquer sur le front, les rats ne servent pas de substitut : les tranchées ne transforment pas les poilus en sauvages !" FRANTZ ADAM / AFP
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Mars 1917, près de Villers-Franqueux (Marne).

"Des soldats sont en train de fixer des toiles le long d'une route pour rendre invisibles à l'observation aérienne allemande les préparatifs de l'énorme offensive du 16 avril, qui va impliquer un million d'hommes et, pour la première fois, des chars d'assaut. Le camouflage militaire est une des nouveautés de la Grande Guerre." FRANTZ ADAM / AFP
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16 avril 1917, entre Villiers-Franqueux et Loivre (Marne). 

"Ces Allemands sont photographiés peu après avoir été faits prisonniers. On remarque qu'ils ont été déséquipés et que plusieurs d'entre eux sourient. Pour eux, la guerre est finie." FRANTZ ADAM / AFP
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18 avril 1917, carrière du Blanc de craie, secteur de Loivre (Marne).

"Les barbelés font leur apparition fin 1914. Surnommés 'séchoirs', ils ne coûtent pas cher à produire et sont efficaces, car difficiles à franchir et à détruire." FRANTZ ADAM / AFP
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16 avril 1917, près de Loivre (Marne).

"Au cours de la guerre, les armes se diversifient : lance-grenades, lance-flammes, fusils mitrailleurs. Mais le fusil reste l'attribut essentiel du fantassin. Les pistolets sont, eux, réservés aux officiers." FRANTZ ADAM / AFP
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Mai 1917, en cantonnement à Damery (Marne).

"A gauche, Frantz Adam cherche des poux dans les coutures de sa chemise. Les 'totos' envahissent inlassablement les habits des militaires. S'il est possible de s'en débarrasser à l'arrière-front, notamment en faisant bouillir les vêtements, cette tâche est presque impossible dans les tranchées." FRANTZ ADAM / AFP
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30 septembre 1917, Pogny (Marne).

"Frantz Adam assiste à une rencontre sportive entre militaires dans l'arrière-front. Comme la séance de baignade (photo 6), ce moment de détente au rugby est salutaire mais ponctuel." FRANTZ ADAM / AFP
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23 septembre 1917, Chépy (Somme).

"Philippe Pétain, nommé le 15 juin en remplacement de Robert Georges Nivelle, passe en revue des hommes du 42e régiment d'infanterie. Le général en chef souhaite afficher sa proximité avec les soldats et multiplier les visites au front. Plus qu'aucun autre, Pétain a su mettre en scène son image." FRANTZ ADAM / AFP
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24 juin 1917, dans la Marne.

"Il n'est pas rare d'assister à des messes, au front, notamment dans des secteurs relativement calmes. On devine, derrière 'l'abbé-poilu', comme l'appelle Frantz Adam, une boîte aux lettres, indiquant que le courrier peut être relevé." FRANTZ ADAM / AFP
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Juillet 1917 (Marne).

"Les tranchées nécessitent d'être consolidées et étayées quotidiennement, surtout du côté français, où elles sont plutôt en bois. Chez les Allemands, elles peuvent être en béton : la logique de l'armée allemande est celle d'une conquête, tandis que la France espère repousser l'ennemi." FRANTZ ADAM / AFP
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Août 1917 (Marne).

"Un agent de liaison patauge dans un boyau inondé après un orage. La présence de caillebotis ne suffit pas à rendre ce chemin praticable." FRANTZ ADAM / AFP
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Juillet 1918, Aisne.

"Les soldats doivent porter une plaque d'identité autour du cou, mais tous ne le font pas, préférant la garder dans une poche, ce qui explique aussi la difficulté de tous les identifier." FRANTZ ADAM / AFP
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Septembre 1918, Aisne.

"Frantz Adam photographie peu les blessés, alors qu'il est médecin. Peut-être par pudeur, ou parce qu'il distingue action et photographie." FRANTZ ADAM / AFP
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Mai 1918, Belgique.

"Ce sergent irlandais est photographié avec son petit chien. Les troupes anglophones et françaises se rencontrent, mais surtout dans l'arrière-front, pour éviter les problèmes de communication en première ligne. Les brassages, peu facilités dans les tranchées, reprennent avec la guerre de mouvement en 1918." FRANTZ ADAM / AFP
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21 novembre 1918, Strasbourg (Bas-Rhin).

"Le jour de l'armistice, le 11 novembre, il ne se passe rien au front. On apprend que la guerre est finie, mais on reste sous l'uniforme. On ne constate pas d'effusion de joie. Ces soldats font partie des premiers démobilisés." FRANTZ ADAM / AFP
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5 décembre 1918, Dolhain (Belgique).

"Les populations libérées exorcisent la très dure occupation allemande par la pendaison de ce mannequin affublé d'un uniforme allemand et d'un casque à pointe, représentant l'empereur allemand Guillaume II. Ce genre d'acte reste toutefois assez isolé." FRANTZ ADAM / AFP