La mission de Hollande sur la fin de vie condamne-t-elle l'euthanasie ?

FRANCE - Le président de la République a pris soin de ne pas prononcer ce mot une seule fois et remet à plus tard une nouvelle législation sur la question.

Dans l'unité de soins palliatifs de l'hôpital de Puteaux (Hauts-de-Seine) le 26 avril 2008.
Dans l'unité de soins palliatifs de l'hôpital de Puteaux (Hauts-de-Seine) le 26 avril 2008. (PHILIPPE MARIANA / MAXPPP)

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François Hollande s'en remet à la concertation en matière de fin de vie. Le président de la République a confié une mission sur cette délicate question au professeur Didier Sicard, mardi 17 juillet. Lors d'un discours prononcé à la maison Notre-Dame-du-Lac à Rueil-Malmaison (Hauts-de Seine), deuxième centre de soins palliatifs de France, le chef de l'Etat a pris soin de ne pas prononcer une seule fois le mot "euthanasie". Une position loin de faire l'unanimité. 

• Le responsable de la mission critiqué

"Le débat mérite d'être engagé, il doit se faire dans l'apaisement", a déclaré François Hollande, indiquant que le Comité national consultatif d'éthique serait saisi. Reste que le choix de son ancien président, Didier Sicard, pour piloter la mission sur la fin de vie n'est pas pour apaiser le débat.

Ancien chef du service de médecine interne à l’hôpital Cochin (Paris), Didier Sicard a présidé ce comité de 1999 à 2007. Il était notamment à sa tête lorsqu'il avait proposé, en 2003, de créer une "exception d’euthanasie", rappelle La Croix.

De confession protestante, la professeur a été critiqué par le sociologue Jean-André Taguieff pour adhérer aux positions de l'Eglise catholique. Une opinion partagée par le président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité, Jean-Luc Roméro, interrogé par FTVi peu avant l'annonce de François Hollande. Selon lui, la nomination de Didier Sicard n'est pas un bon signe. "On fait une affaire médicale de tout ça, alors qu'il s'agit du droit des patients""On reste dans la toute puissance du médecin et ce à cause de la puissance du lobby catholique", déplore-t-il.

• La propositon du candidat Hollande aux oubliettes

Pendant sa campagne, François Hollande avait formulé une proposition très concrète sur la fin de vie,  lors de la présentation de ses "60 engagements pour la France""Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable (…) puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité."

Rien de tel dans son discours prononcé mardi, en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé. Si le chef de l'Etat veut bel et bien ouvrir une réflexion sur la fin de vie, il appelle aussi à s'appuyer davantage sur la législation existante, à savoir la loi dite Léonetti, qui "autorise déjà toute personne malade à refuser un traitement dont elle estime qu'il est devenu déraisonnable".

"Il n'y a donc plus en France de légitimation de l'acharnement thérapeutique et il faut que tous les malades, toutes les familles, le sachent", a insisté François Hollande.

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La loi Léonetti, "c'est la loi du laisser mourir de faim et de soif. Elle est insuffisante", s'indigne Jean-Luc Romero, qui se félicitait à l'époque que le candidat socialiste "s'engage en faveur d'une nouvelle législation". Pas sûr que la mission Sicard aboutisse  sur ce résultat.

• La réforme des soins palliatifs renvoyée aux "prochains mois" 

En matière de soins palliatifs, il y a urgence en France. Selon un récent rapport de l'Observatoire de la fin de vie, l'offre demeure insuffisante face au vieillissement de la population et aux progrès médicaux qui rendent chroniques des maladies autrefois aiguës. Et ce même si l'augmentation du nombre d'unités et de lits a considérablement augmenté en dix ans.

François Hollande a reconnu que deux tiers des malades en phase terminale n'avait toujours pas accès aux soins. Une situation dénoncée par les centres spécialisés qui manquent d'unités et d'équipes mobiles pour faire face à la demande.

Le chef de l'Etat s'est ainsi engagé, sans donner des chiffres, à "développer" cette offre des soins palliatifs et promis une réforme dans ce domaine... "dans les prochains mois"