"Les volontés de Vincent Lambert n'ont pas été respectées", selon son médecin

L'avocat de ses parents estime que le tribunal lui a "sauvé la vie". Pour son médecin, les volontés du patient "n'ont pas été respectées".

Vincent Lambert, 38 ans, en état de conscience minimale depuis cinq ans, au CHU de Reims (Marne), le 25 juillet 2013.
Vincent Lambert, 38 ans, en état de conscience minimale depuis cinq ans, au CHU de Reims (Marne), le 25 juillet 2013. (MAXPPP)
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Sa survie divisait sa famille, la justice a tranché. Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Marne) s'est opposé à l'euthanasie passive de Vincent Lambert, tétraplégique de 38 ans pauci-relationnel depuis cinq ans, c'est-à-dire en état de conscience minimale, jeudi 16 janvier.

Son cas était examiné à la demande de ses parents, opposés à cette procédure de laisser-mourir, décidée par le corps médical en accord avec sa femme et son neveu. Samedi, à l'issue de plusieurs réunions collégiales entre les médecins et les membres de la famille proche de Vincent Lambert, le docteur Eric Kariger, du CHU de Reims, avait annoncé sa décision d'arrêter les traitements de maintien en vie du patient, conformément à la loi Leonetti.

Les parents, une sœur et un demi-frère de Vincent avaient saisi la justice, lundi, pour stopper la décision médicale et obtenir le transfert de leur fils dans un autre hôpital.

Ce qu'a décidé la justice

Pour le tribunal, Vincent Lambert n'est pas en fin de vie et la loi Leonetti ne pouvait donc pas s'appliquer. Il a notamment "jugé que la poursuite du traitement n'était ni inutile, ni disproportionnée et n'avait pas pour objectif le seul maintien artificiel de la vie et a donc suspendu la décision d'interrompre le traitement". Les médecins devront donc maintenir l'alimentation de Vincent Lambert.

Répondant au personnel médical, qui affirmait que le malade avait multiplié, depuis le début de l'année 2013, des comportements d'opposition aux soins, la justice a tranché : "Il ne saurait être déduit des manifestations pouvant traduire le déplaisir et l'inconfort qu'induisaient les soins (…) une interprétation univoque quant à la volonté du patient de rester ou non en vie."

"On a sauvé la vie de Vincent", dit l'avocat des parents

"C'est une victoire du droit, c'est une lecture de la loi Leonetti à la lumière de la dignité. C'est une victoire pour tous les handicapés", a estimé Jean Paillot, l'un des avocats des parents du patient. "On a sauvé la vie de Vincent." 

"Les réunions collégiales ont été des mascarades, jamais on ne nous a entendus et les médecins ont une nouvelle fois programmé la mort de mon fils", avait déploré Viviane Lambert, la mère de Vincent.

"C'est rajouter de la violence à la violence", estime son épouse

"Cette décision risque de créer une jurisprudence fâcheuse pour l'ensemble des patients pauci-relationnels qui risquent de se voir retirer du champ d'application de la loi Leonetti", a estimé Bruno Lorit, l'avocat de François Lambert, le neveu du patient, favorable à la décision de le laisser mourir.

Pour ses parents, cette loi ne s'applique pas au cas de Vincent Lambert, handicapé mais non atteint d'une maladie incurable. Le député Jean Leonetti, père de la loi sur la fin de vie, avait contredit les parents de Vincent Lambert en estimant que son cas relevait bien de l'euthanasie passive.

Pour l'épouse de Vincent, la décision du tribunal, "c'est rajouter de la violence à la violence". "Le laisser partir est l'ultime preuve d'amour qu'on peut lui apporter", ajoute Rachel Lambert. "Vincent avait dit clairement qu'il n'aurait pas voulu vivre comme ça. Il était infirmier : il l'a dit à sa femme, à son frère, il connaissait ce genre de cas", avait expliqué François Lambert sur Europe 1. Ils n'excluent pas de faire appel de cette décision,que leur avocat juge "pas très bien motivée", devant le Conseil d'Etat. 

"Ses volontés n'ont pas été respectées", regrette son médecin

Pour le docteur Eric Kariger, chef du service de médecine palliative du CHU de Reims, "ce jugement remet en cause la loi Leonetti (…) et nos garanties à chacun et à chacune de ne pas être victime un jour d'acharnement thérapeutique". Et d'ajouter : "J'ai le sentiment que les volontés de Vincent n'ont pas été respectées."

Le médecin remet en question la légitimité de cette décision. "C'est à la déontologie et à la profession médicale de définir la notion d'obstination déraisonnable. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que certains ont pris notre place", a-t-il déploré. Selon le corps médical, l'état de Vincent Lambert lui permet une certaine interaction avec l'environnement, par la vue notamment, sans pour autant "être sûr qu'il intègre correctement les informations sensorielles".

Eric Kariger a estimé "à titre personnel" que l'établissement hospitalier devrait contester cette décision devant le Conseil d'Etat, "vu l'ampleur des enjeux".

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AFP

"La loi ne suffit pas", affirme Marisol Touraine

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a refusé de commenter la décision de justice. Mais elle estime sur Europe 1 que la loi actuelle ne suffit "à l'évidence pas". Elle "comporte des ambiguïtés qu'il faut lever, puisqu'on voit bien qu'il y a des appréciations différentes entre les médecins, la famille et les juges sur ce que cette loi permet de faire".

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