En région parisienne, les dérives du logement social

Sylvain Tronchet a enquêté sur les dérives du logement social en région parisienne. Là où les logements sont rares, ceux qui ne sont pas chers sont l'objet de nombreuses convoitises.

(Il n'est pas rare que des locataires explosent les plafonds de revenus qui conditionnent les attributions de logements © Maxppp)
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 Les élus qui ont la main sur des offices municipaux d'HLM ont exploité depuis longtemps le filon du logement social : prenons Clamart dans les Hauts-de-Seine, ville symbole de ces dérives, son ancien maire socialiste, Philippe Kaltenbach a été condamné récemment pour avoir promis un logement en échange d'argent. Philippe Kaltenbach crie au coup monté, mais lorsqu'il était maire, il valait mieux avoir la bonne carte.

En région parisienne, les dérives du logement social - reportage Sylvain Tronchet
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 Claude Ho Masia, une présidente d'association de locataires raconte : "Dans mon immeuble, il y a toute une famille qui est arrivée ici parce qu’elle cotisait au PS. A l’époque, nous savions déjà que ceux qui cotisaient au PS avaient davantage de chance de se voir attribuer un logement que les autres… "

 

A Puteaux, le maire a la main sur 5.500 HLM 

Et Clamart n'est la seule, non loin de là. A Puteaux, ville de droite, la maire a la main sur 5.500 appartements HLM, soit un quart des logements de la ville. Un moyen d'entretenir un clientélisme local héréditaire que dénonce inlassablement Christophe Grébert, conseiller municipal d'opposition Modem. "Cela fait un demi-siècle que c’est la même famille de maires qui attribue les logements… ", soupire-t-il.

 

Christophe Grébert a notamment déjà révélé que la moitié des élus de la majorité à Puteaux étaient hébergés dans le parc social de la ville alors que certains d'entre eux, professeurs d'universités, cadres supérieurs, chef d'entreprises, ne sont pas franchement des nécessiteux.

L'office HLM de Puteaux a déjà été épinglé par l'inspection du logement social pour ses méthodes d'attribution, et les élus estiment qu'ils n'ont pas à s'expliquer. Et ceci n’est pas illégal pour autant. Il est même tout à fait possible que lorsqu'ils ont obtenu ce logement, tous ces bénéficiaires aient été parfaitement dans les clous.

 

Il n'est pas rare que des locataires explosent les plafonds 

Il faut savoir que le plafond de revenus pour bénéficier d'un logement social à Paris et en petite couronne pour un couple avec deux enfants est de 5860 euros par mois. C'est donc largement accessible à la classe moyenne. Et il n'est pas rare que des locataires explosent les plafonds.

Ainsi,  cet extrait d'un rapport de la Cour des comptes qui évoque un bailleur social parisien, France Habitation, sur lequel on peut lire : "Parmi les situations les plus emblématiques, voici quelques exemples : une  personne seule louait 17m2 dans le XVe arrondissement de Paris avec des revenus de 108.000 euros, soit 384% de dépassement. Un autre couple louait 82m2 dans le XXe arrondissement avec des revenus de 118.000 euros. Un couple louait 35m2 dans le Ve arrondissement avec des revenus de 100.000 euros par an, soit un dépassement de 200%".

 

"Le principe de laisser indéfiniment à la même place pendant trente-cinq ans les mêmes gens à la même place est tout à fait contraire au bon sens et à la justice la plus élémentaire" - Jean Levain, ancien maire centre gauche de Chaville

  

Ces situations sont souvent la conséquence du maintien dans les lieux de locataires dont les revenus ont augmenté avec le temps et qui occupent même parfois un grand appartement alors que les enfants sont partis. Ce que dénonce depuis des années l'ancien maire de centre gauche de Chaville, Jean Levain. Il explique : "Le principe de laisser indéfiniment à la même place pendant trente-cinq ans les mêmes gens à la même place quelle que soit l’évolution de leurs revenus et de leurs besoins, ce qui est constaté dans les zones de tensions, est tout à fait contraire au bon sens et à la justice la plus élémentaire ".

 

Les bailleurs sociaux rechignent à expulser 

Que faire ?  Expulser, faire payer davantage ? La loi le permet dans certains cas, mais les bailleurs sociaux rechignent parce que ces locataires sont aussi de bons payeurs et sont nécessaires à la bonne marche du système. Par ailleurs, les suppléments de loyer qu'ils devraient payer souvent ne sont pas appliqués au nom de la mixité sociale.  "Le politique a trouvé le moyen d’aider la classe moyenne à se loger pour pas cher en leur attribuant du logement social au nom… de la mixité sociale. On fait de la mixité sociale en mettant des riches dans des logements HLM ", ironise Christophe Grébert, l'élu de Puteaux.

  

La politique du logement social accentue cette tendance : aujourd'hui on construit de plus en plus de logements réservés aux classes moyennes et moins pour les plus pauvres. Dans une situation de pénurie comme en région parisienne, cela fait que le parc social et de moins en moins social.