Pourquoi Jean-François Copé a tort d'affirmer qu'on "n'a pas le droit de parler des vacances de Noël" ou "de Pâques" à cause de la laïcité

Le député et maire de Meaux a assuré, lundi, qu'on ne pouvait plus parler des vacances de Noël et de Pâques, à cause d'une "vision étriquée de la laïcité".

Jean-François Copé à l\'Assemblée Nationale à Paris, le 25 octobre 2016.
Jean-François Copé à l'Assemblée Nationale à Paris, le 25 octobre 2016. (YANN KORBI / CITIZENSIDE / AFP)
avatar
franceinfoFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Jean-François Copé est allé un peu trop loin dans sa défense de François Fillon. Le député-maire Les Républicains de Meaux (Seine-et-Marne), invité de la matinale de franceinfo lundi 9 janvier, était interrogé sur la polémique concernant la la référence à la chrétienté du candidat de la droite à l'élection présidentielle. Il a répondu par une affirmation totalement fausse concernant la laïcité en France.

Voir la vidéo

"Nous vivons dans un pays dans lequel parler, par exemple, des vacances de Pâques est devenu insupportable. On ne parle plus des vacances de Pâques, on parle des vacances de printemps, au nom de la laïcité, a affirmé l'élu des Républicains. On n’a pas le droit de parler des vacances de Noël." Franceinfo vous donne trois preuves que cette déclaration de Jean-François Copé est erronée.

Parce que le calendrier scolaire comprend bien les "vacances de Noël"

Jean-François Copé aurait-il exagéré en affirmant qu'"on ne peut pas parler des vacances de Noël" en France ? C'est ce qu'ont suggéré les journalistes de franceinfo qui l'interrogeaient, lundi 9 janvier. "Amusez-vous, à l'occasion, à discuter de cela avec des chefs d'établissements scolaires, avec des professeurs, vous verrez la vision devenue tellement étriquée de la laïcité que nous avons aujourd'hui", a répondu le député-maire de Meaux.

S'il est impossible de vérifier ce que pense chaque enseignant à ce sujet, il est en revanche aisé de jeter un œil au calendrier scolaire de l'année 2016-2017. Et de constater qu'il mentionne bien "les vacances de Noël", comme le relève Libération. La dénomination légale des congés de décembre pour les années scolaires 2014 à 2017 est d'ailleurs "les vacances de Noël", selon un arrêté ministériel pris le 16 avril 2015.

Le calendrier scolaire de l\'année 2016-2017 mentionne bient les \"vacances de Noël\".
Le calendrier scolaire de l'année 2016-2017 mentionne bient les "vacances de Noël". (MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE)

Parce que d'autres fêtes religieuses apparaissent dans le calendrier scolaire

Non seulement on peut bien parler des vacances de Noël, mais ce ne sont pas les seules vacances scolaires à faire référence à une fête réligieuse. Preuve en est : les dix jours de congés dont bénéficient les élèves à l'automne sont bien nommés les "vacances de la Toussaint". Si la pause de la Toussaint de l'année 2016 a posé problème, ce n'est pas à cause de sa dénomination : seules les dates des vacances, qui débutaient et s'achevaient en milieu de semaine, ont dérangé les parents.

Comme le note Europe 1, la présentation du projet de calendrier scolaire pour les années 2015 à 2018 évoque même "la période du congé de l'Ascension". Le Conseil supérieur de l'Education s'interrogeait ainsi, en avril 2015, sur le manque d'homogénéité entre les établissements qui accordent "le pont de l'Ascension" à leurs élèves et ceux qui ne le font pas. La laïcité ne semble donc pas avoir d'impact sur le nom donné à ces congés, pas plus que sur les dénominations des vacances de la Toussaint ou de Noël.

Parce qu'on ne parle plus des "vacances de Pâques" depuis 1974

Jean-François Copé a raison de noter que les vacances du mois d'avril s'appellent les "vacances de printemps" et non "les vacances de Pâques". Mais ce n'est pas un changement récent : il date en réalité de l'année scolaire 1974-1975, note Libération.

Cette appellation n'a d'ailleurs officiellement existé que durant une douzaine d'années. Avant l'année scolaire 1961-1962, les écoliers profitaient déjà de deux semaines de "vacances de printemps". "Celles-ci n'incluent d'ailleurs pas forcément les dates de Pâques, surtout depuis la mise en place des différentes zones de vacances en fonction des régions, en 1964", souligne Libération.

Il semble difficile donc d'expliquer ce changement de nom par une "vision étriquée de la laïcité", comme l'avance Jean-François Copé. Interrogé par le Lab d'Europe 1 sur cette question, le ministère de l'Education nationale "n'était pas en mesure de fournir une explication précise sur ce point lexical".