"Politiquement correct", "écrans de fumée", "absence de sens critique"... Quand le jury de l'ENA étrille les candidats

Le rapport du concours d'entrée 2015 à l'Ecole nationale d'administration, repéré par "L'Obs", déplore le conformisme des candidats.

Des étudiants de l'Ecole nationale d'administration, le 15 janvier 2013 à Strasbourg (Bas-Rhin).
Des étudiants de l'Ecole nationale d'administration, le 15 janvier 2013 à Strasbourg (Bas-Rhin). (PATRICK HERTZOG / AFP)
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C'est un portrait au vitriol, qui court sur 37 pages. Dans son rapport 2015, mis en ligne lundi 14 mars, le jury de l'Ecole nationale d'administration (ENA) étrille la majorité des 950 candidats au concours d'entrée, accusés d'être trop frileux et conformistes.

Francetv info passe en revue les critiques les plus vives, qui concernent logiquement les copies des candidats non admis.

Ils n'ont pas "de sens critique" sur l'Europe

L'épreuve orale de "Questions relatives à l'Union européenne" du concours externe a particulièrement déçu les examinateurs. Le jury regrette "une prudence excessive ou une incapacité à prendre de la hauteur". "Les candidats donnent le sentiment de présenter l’Union européenne comme un ordre établi qui ne pourrait être différent, poursuit le rapport. La plupart d’entre eux témoignent d’une absence de sens critique et d’une incapacité ou d’une absence de volonté à imaginer d’autres modes de fonctionnement".

Ils "n'avouent jamais leur ignorance"

Dans la même épreuve, le jury dénonce "un goût pour les 'écrans de fumée' masquant l’incapacité à répondre à une question". "Trop de candidats n’avouent jamais leur ignorance. Ces comportements particulièrement dangereux dans la vie professionnelle ont été sanctionnés", taclent les examinateurs.

Ils sont "trop soucieux d'être politiquement corrects"

Une autre épreuve orale n'a pas satisfait le jury, "l'épreuve collective d'interaction". Il a trouvé le candidat moyen "trop souvent soucieux de ne froisser personne, d’être politiquement correct, confondant consensus et résultat équilibré, mal à l’aise dès qu’il s’agit d’émettre un jugement, timide face à un quelconque engagement".

Il "semble chercher à 'passer partout' et conduit parfois les membres du jury à douter de ses aptitudes à manager, rencontrer des organisations professionnelles, gérer des problèmes délicats de ressources humaines, conseiller, prendre des risques mesurés et éventuellement décider…"

Ils mettent Eric Zemmour sur le même plan que de grands philosophes

Les copies du concours interne, ouvert aux fonctionnaires, ne sont pas épargnées. Sur l'épreuve de question contemporaine, le jury regrette l'"accumulation de titres dont on devine qu'ils n'ont pas été lus""Plutôt que d’aligner une abondance de références à peine effleurées, les candidats renforceraient la force de l’argumentation en développant un plus petit nombre de références bien choisies, estime le jury. La hiérarchisation des exemples pose question quand, à côté de Locke ou Hume, figurent des citations d’Eric Zemmour."