Polémique sur le genre : "Je refuse qu'on vienne pourrir le cerveau de mon fils"

Francetv info a contacté des responsables de comités locaux du mouvement pour la Journée de retrait de l'école.

Des élèves participent à un atelier, après la fin de la classe, à Nantes (Loire-Atlantique), le 11 octobre 2013.
Des élèves participent à un atelier, après la fin de la classe, à Nantes (Loire-Atlantique), le 11 octobre 2013. (FRANK PERRY / AFP)

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La plupart d'entre eux ne veulent pas parler aux médias. "On veut que cela reste entre parents", abrège une voix féminine. Les comités pour la Journée de retrait de l'école (JRE), mouvement informel de parents d'élèves, protestent contre "l'enseignement de la 'théorie du genre' à l'école", malgré les démentis répétés du ministre de l'Education nationale concernant cette rumeur qui "fait peur" aux familles. Des familles qui s'échangent des SMS afin d'inciter leurs connaissances à garder leurs enfants à la maison un jour par mois, en guise de protestation.

En quelques semaines, 57 "comités" JRE ont éclos, un peu partout en France, jusqu'en Guadeloupe. Ils n'ont pas de bureaux, ni de forme administrative et se résument souvent à un prénom/numéro de portable/adresse e-mail, répertoriés sur le site du comité national JRE de Farida Belghoul, enseignante proche de l'essayiste d'extrême droite Alain Soral. Francetv info a contacté certains de ces responsables de comités locaux.

"Ils sont trop jeunes pour ça"

Depuis son village de l'Aisne, près de Soissons, Raphaël s'"efforce de répondre aux mails de parents inquiets". Il les invite en général à consulter le site national, qui fait référence chez ces militants. "Je me suis bien renseigné", assure le trentenaire, père d'un petit garçon de 6 ans. Ce qui lui permet de prétendre que "le ministre de l'Education veut créer un programme où on va enseigner la 'théorie du genre'. Et puis ensuite on va tolérer que des petits garçons aillent à l'école en jupe". Les rumeurs sur des cours de masturbation dispensés en maternelle, "pas bête", il n'y croit pas.

Comme lui, Valérie est référente JRE, à Montbéliard (Doubs). Tous les jours, des parents lui racontent "ce qui se passe dans les écoles de leurs enfants". Les croit-elle ? "Je ne pense pas que 60 personnes affabulent", justifie-t-elle. "En Alsace, une enseignante a fait venir à l'école primaire un comité d'homosexuels [sic] qui ont montré des supports visuels où deux femmes, ou bien deux hommes, s'embrassent". Une mère, qu'elle ne connaît pas, le lui a raconté. On dit aussi qu'en Allemagne, "dans certaines écoles, on montre des sextoys aux enfants". Valérie hésite à le croire, mais conclut : "C'est des on-dit, mais de toute façon, ils sont trop jeunes pour ça".

"Je refuse qu'on vienne pourrir le cerveau de mon fils"

"Ça", c'est "l'éducation sexuelle" en général. "A cet âge-là, ils ne savent même pas ce qu'est un zizi", prétend Raphaël, père d'un petit garçon de 6 ans. Les enfants de Valérie "savent très bien qu'ils sont des garçons et des filles, mais ça n'a pas sa place à l'école". La tolérance et le respect des femmes et des hommes, que prônent Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des Droits des femmes,  "ça s'apprend à la maison".

Le sujet de l'homosexualité crispe particulièrement ces militants. "Bien sûr, j'ai des connaissances homosexuelles, des lesbiennes que je salue et à qui je parle, mais ça n'a rien à faire à l'école", se défend Valérie. Et Raphaël évoque sa "petite sœur homosexuelle, très équilibrée et très heureuse". Mais il estime que le programme ABCD de l'égalité, dans le viseur de JRE, "banalise l'homosexualité". "Je refuse qu'on vienne pourrir le cerveau de mon fils de 6 ans."

"On veut nous faire passer pour des extrémistes"

"On veut nous faire passer pour des homophobes et des extrémistes", se plaint Raphaël. Les liens entre Farida Belghoul et Egalité et réconciliation, la mouvance d'Alain Soral, proche de Dieudonné et des milieux d'extrême droite, laissent en effet peu de doute sur les intérêts de la leader du mouvement. Mais aucun d'entre eux n'a de contact avec elle. Valérie ignorait d'ailleurs ces liens. "J'ai voulu la joindre mais on n'a même pas son numéro, juste le mail du comité national", précise Raphaël.

"Les choses prennent une tournure bizarre, Farida ne s'exprime pas", explique-t-il. Même s'il pense à se "désengager du mouvement JRE", Raphaël continuera de retirer son fils de l'école un jour par mois. Le mouvement "est enclenché et va continuer, peut-être jusqu'à des manifestations et jusqu'à ce que la 'théorie du genre' soit retirée du programme", anticipe Valérie. Certains seraient déjà allés plus loin, en menaçant par écrit des responsables de la Fédération de conseils de parents d'élèves (FCPE) en Ile-de-France, selon Le Parisien. Et les convocations des directeurs d'écoles, réclamées par Vincent Peillon, ne les effraient pas.