La Manif pour tous ne lâche rien, surtout pas sa communication. Le collectif, né en 2012 pour lutter contre le mariage pour tous et qui s'est illustré tout au long de l'année 2013, organise deux rassemblements dimanche 2 février, l'un à Paris, l'autre à Lyon.

Cette année, les revendications de la Manif pour tous sont larges : dénonciation du futur projet de loi Famille, refus de la procréation médicalement assistée (PMA) et de la gestation pour autrui (GPA), de la "diffusion de l’idéologie du genre à l’école, de la réduction du congé parental, de la fiscalité contre les familles"... "Il est temps de mettre un terme à tous ces projets LGBT (lesbiennes, gays, bis et trans) et anti-famille", résume le collectif après avoir égrené ses doléances. 

Comme pour ses précédents rassemblements, la Manif pour tous reprend ses codes visuels (le rose et le bleu, symbolisant la "complémentarité homme-femme"). Elle propose aussi sur son site un "kit du manifestant", avec pancartes et slogans, validés par l'organisation. Lors de ses grands rassemblements organisés en 2013, le collectif avait également diffusé des consignes aux participants afin de maîtriser au mieux son image ("Si des participants sont sollicités par des journalistes, ils sont invités à reprendre les messages du tract d’appel à manifester (...). L’action de rue n’est pas le moment d’interview-débat"). Pour les rassemblements du 2 février, la Manif pour tous va plus loin : elle diffuse auprès de ses militants des éléments de langage. Francetv info s'est procuré ce document (voir au pied de l'article), envoyé par e-mail aux militants via les comités départementaux du collectif. 

 

Le document en pièce jointe fait 12 pages, il est présenté comme un "mémo listant les questions des journalistes... avec des réponses adaptées". Objectif : "comment repérer les questions pièges et comment les retourner à notre avantage", explique l'e-mail envoyé aux militants. Le but de ces éléments de langage est d'éviter les propos extrêmes, les dérapages homophobes ou encore la ridiculisation devant les caméras du "Petit journal" de Canal+, habitué à recueillir des déclarations croustillantes ou choquantes.

"Caler le journaliste dans ses lignes"

Trente "questions" de journalistes sont listées. Et la Manif pour tous propose pour chaque question une "réponse courte, pour 'caler le journaliste dans ses lignes'" et une "réponse détaillée". Tous les thèmes sont balayés : homosexualité, égalité hommes-femmes, stéréotypes, "enseignement du gender", mariage pour tous, rôle de l'Eglise catholique, modèles familiaux... 

Ainsi, à la question "Etes-vous contre l'homosexualité ?", le document de la Manif pour tous encourage ses bénévoles à répondre : "Nous sommes pour le respect de la différence sexuelle et de la complémentarité homme-femme qui est fondatrice de l'humanité et qui est une richesse pour chacun et pour la société tout entière".  Et la réponse détaillée va plus loin : "Ces personnes sont des hommes et des femmes avant tout. Elles doivent être respectées comme tel. Les définir en fonction de l'orientation sexuelle qu'elles choisissent, comme le fait le gender, est profondément réducteur et homophobe."

"Gender", stéréotypes sexués, rôle de l'Eglise... 

Le cœur de ces éléments de langage est constitué de l'opposition au gender, la "théorie du genre". Ce terme abusif fait référence aux études sur le genre, un champ de recherches interdisciplinaires davantage exploré dans le monde anglo-saxon. Ces recherches tendent à démontrer que le sexe biologique ne suffit pas à faire un homme ou une femme et que les normes sociales y contribuent. Mais ces travaux ne constituent pas à proprement parler une théorie politique.

Comment la Manif pour tous définit-elle le gender ? "C’est la négation du corps au profit de la seule satisfaction de ses désirs. C’est donc la négation de l’homme. C’est entrer dans un monde virtuel, artificiel, grand bal masqué qui mène au désespoir." Le collectif y voit une idéologie qui viserait à nier les "spécificités" de la femme ("la maternité, la sensibilité, l'attention à l'autre") et celles de l'homme ("compétition, risque..."). Le document explique aussi son opposition à la déconstruction des stéréotypes sexués, vu comme des "repères nécessaires aux enfants pour devenir ce qu'ils sont" : "C'est comme si vous supprimiez l’alimentation d’un enfant de peur de l’empoisonner."

Dans le viseur de la Manif pour tous : le programme ABCD de l'égalité, destiné à lutter contre les inégalités entre filles et garçons de la maternelle au collège, est particulièrement visé. "L'ABCD de l'égalité n'apprend pas à respecter l'autre dans sa différence, il apprend que chacun choisit ce qu'il veut, qu'il n'y a aucune norme. C'est anti-éducatif", explique la réponse détaillée fournie aux militants. Quant au rôle de l'Eglise catholique dans cette mobilisation, le collectif appelle ses participants à renvoyer le journaliste dans les cordes : "Il n'est pas question de religion... quelle qu'elle soit. Il est question de la personne humaine, qui est homme ou femme… Il n'est pas besoin de faire appel à la religion pour réfléchir sur ce qu'est la personne humaine." 

La Manif pour tous prépare aussi ses militants à faire face à des questions pour le moins déconcertantes, comme  "Pourquoi êtes-vous toujours contre tout ?"

Questions journalistes (1).pdf by ftvi