"C'est un tsunami qui nous arrive" : la Manif pour tous ne lâche rien sur le "genre à l'école"

Réunis pour une conférence dans le Val-de-Marne, les détracteurs de "l'idéologie du genre" mettent en garde contre les plans du gouvernement au sein de l'école. Et appellent leurs troupes à la mobilisation. Reportage.

Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous, intervient lors d’une conférence sur le "genre à l’école" à Saint-Mandé (Val-de-Marne), le 17 septembre 2014.
Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous, intervient lors d’une conférence sur le "genre à l’école" à Saint-Mandé (Val-de-Marne), le 17 septembre 2014. (MATHIEU DEHLINGER / FRANCETV INFO)
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"Ah non, pas elle encore... Qu'elle se taise !" "Elle ferait mieux d'aller parler de ça au Maroc, elle serait bien accueillie..." "Et dire qu'elle est ministre..." Sitôt le visage de Najat Vallaud-Belkacem apparu sur l'écran, les murmures s'emparent des rangs de l'assemblée, et les commentaires fusent, bien peu amènes à l'encontre de la socialiste. Dans la salle des conférences de la mairie de Saint-Mandé (Val-de-Marne), mercredi 17 septembre, la ministre de l'Education n'est pas en odeur de sainteté.

Ils sont environ 80 dans l'assistance, venus à l'invitation de l'Association des familles catholiques du Val-de-Marne, pour suivre une conférence intitulée "Gender à l'école : mythe ou réalité ?". Question rhétorique ici, car sur scène, ne cherchez pas les contradicteurs : les deux intervenantes sont convaincues que les enfants scolarisés dans l'Hexagone sont menacés par l'enseignement de "l'idéologie du genre".

Ne parlez plus de "théorie du genre"

"Idéologie", et pas "théorie du genre", insiste Ludovine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous et tête d'affiche de la soirée. Plus question d'utiliser l'expression, dont la validité est contestée. En début d'année, elle était pourtant dans la bouche de tous les détracteurs des ABCD de l'égalité, un plan gouvernemental porté par Najat Vallaud-Belkacem pour lutter contre les stéréotypes filles-garçons à l'école, et accusé de vouloir purement et simplement nier les différences entre les sexes.

De prime abord, le discours est désormais plus policé, les mots sont choisis, le dialogue est prôné, pas l'affrontement. Ludovine de La Rochère se dit favorable à des actions en faveur de l'égalité hommes-femmes, à la lutte contre l'homophobie. "Il faut avoir une discussion bienveillante avec les directeurs d'établissements, les professeurs : ils veulent aussi le bien des enfants", explique de son côté Esther Pivet, coordinatrice du collectif VigiGender, qui appelle les parents à surveiller les activités proposées aux élèves dans les écoles.

Esther Pivet, coordinatrice du collectif VigiGender, et Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous, lors d’une conférence sur le "genre à l’école" à Saint-Mandé (Val-de-Marne), le 17 septembre 2014.
Esther Pivet, coordinatrice du collectif VigiGender, et Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous, lors d’une conférence sur le "genre à l’école" à Saint-Mandé (Val-de-Marne), le 17 septembre 2014. (MATHIEU DEHLINGER / FRANCETV INFO)

Homosexualité, masturbation, prostitution...

La philosophie des anti-"gender" n'a, elle, pas changé. "Un homme ne fera pas les courses de la même manière qu'une femme, une femme ne conduira pas de la même façon qu'un homme", explique Ludovine de la Rochère. Face à cette "réalité biologique", la présidente de la Manif pour tous met en garde contre la volonté du gouvernement de "rééduquer" les Français. "Comme pour vous c'est un peu tard, on va s'occuper de vos enfants, lâche-t-elle. Il y a une volonté de changer l'humanité de nos enfants."

Interviews de Najat Vallaud-Belkacem, extraits d'ouvrages conseillés aux enseignants, histoires chocs... Le duo s'attèle à convaincre l'auditoire du danger du "gender" à l'école. "C'est un véritable tsunami qui nous arrive", assure Esther Pivet. Elle évoque le cas d'une école en Alsace, où une intervenante aurait parlé de masturbation et de prostitution devant des enfants de CM2 : "Madame, elle a souillé mon âme", aurait confié une élève à sa professeure de religion. Ou le cas d'un autre établissement, où des enfants du même âge auraient dû écouter une intervenante évoquer "le sexe qui rentre dans l'anus" pour expliquer les relations homosexuelles.

Un public convaincu

Impossible à vérifier, mais le récit fonctionne, accueilli par des réactions indignées dans la salle, majoritairement acquise à la cause. Dans le public, des têtes grisonnantes racontent leurs souvenirs de Manif pour tous. "La dernière fois, certains n'ont même pas pu aller jusqu'au Champ-de-Mars", explique une femme à ses voisins, afin de vanter l'ampleur de la mobilisation contre le mariage des couples de même sexe.

Clémence, l'une des mères de famille présentes, est elle aussi impliquée dans le mouvement. Elle se dit inquiète, même si ses deux enfants, scolarisés en maternelle et en primaire, n'ont pas été pour l'heure confrontés à "l'idéologie du genre" dans leur école publique. "A cette âge-là, on est encore préservé", estime-t-elle. Pour autant, Clémence explique avoir déjà soulevé le problème du "gender" l'année passée face aux enseignants et aux autres parents, sans être prise au sérieux. "Quand on en parle, on est vite cataloguée comme extrémiste, assure-t-elle. La plupart des gens ne sont juste pas au courant de ce qu'il se passe."

Mobiliser les troupes

Plus que convaincre, les deux intervenantes cherchent plutôt à mobiliser leurs troupes. Esther Pivet préconise de s'engager aux prochaines élections de parents d'élèves pour pouvoir peser dans les conseils d'école. Ludovine de la Rochère incite les participants à s'intéresser de près aux élections internes à l'UDI et l'UMP, afin d'infléchir la politique des partis du centre et de la droite. Surtout, elle appelle chacun à se rassembler le 5 octobre prochain, à l'occasion d'une nouvelle mobilisation de la Manif pour tous, à Paris et Bordeaux. A la sortie de la salle, les tracts de l'organisation sont prêts.