Inégalités scolaires : "Il faut arrêter avec ces réformes à répétition"

L'école française continue de fabriquer de l'injustice scolaire et d'aggraver les inégalités sociales. C'est le constat du Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco). Sa présidente, Nathalie Mons, était l'invitée de franceinfo mardi 27 septembre.

Nathalie Mons, présidente du Conseil national d'évaluation du systeme scolaire.
Nathalie Mons, présidente du Conseil national d'évaluation du systeme scolaire. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)
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Selon un rapport du Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) rendu public mardi 27 septembre, la France est devenue en quelques années le pays le plus inégalitaire en matière d'éducation au sein de l'OCDE. Cette étude inédite a duré deux ans et a impliqué le travail de 22 équipes de chercheurs français et étrangers, sociologues, économistes et psychologues. Nathalie Mons, sociologue et directrice du Cnesco, a estimé sur franceinfo qu'il y avait urgence à "lutter contre la ségrégation" et à arrêter des "réformes à répétition", pour aller "droit à l'essentiel".

franceinfo : Faut-il abandonner l'éducation prioritaire mise en place il y a près de 40 ans ?

Nathalie Mons : Il faut regarder de près pourquoi une politique qui était censée conduire à une discrimination positive conduit aujourd'hui à une discrimination négative. On se rend compte en faisant un bilan détaillé que les heures de cours sont plus courtes pour des problèmes de discipline, que les pédagogies qui sont utilisées par les enseignants, faute de formation, sont beaucoup moins complexes et permettent moins aux élèves d'apprendre, que les enseignants sont moins expérimentés… Pour autant, non, il ne faut pas supprimer l'éducation prioritaire. Il ne faut pas une double peine. Il y a déjà peu de moyens efficaces donnés à ces établissements. Il ne faut pas retirer le peu qu'ils ont.

Que faut-il faire alors ?

Il est désormais urgent de lutter contre la ségrégation. On sait qu'il y une centaine de collèges ultra-ségrégués où il y a plus de 80% d'élèves de milieux très défavorisés. Il faut aller résolument vers davantage de mixité. On pourra mettre tous les enseignants expérimentés que l'on veut, quand vous avez face à vous 90% d'élèves en grande difficulté dans votre classe, vous ne pouvez pas améliorer les apprentissages de ces élèves. On a beaucoup d'exemples à l'étranger de politiques qui fonctionnent. On a aussi des exemples en France dont on devrait s'inspirer. Cela ne se fait pas du jour au lendemain et de façon autoritaire. Il faut rencontrer les parents, les convaincre que l'établissement nouvellement créé est de qualité.

Y-a-t-il un problème de formation des enseignants en France ?

Il faut arrêter avec ces réformes à répétition, cet activisme politique, et il faut aller droit à l'essentiel. Il faut vraiment utiliser les leviers efficaces pour faire progresser les apprentissages des élèves. Un de ces leviers, qui n'est quasiment pas utilisé en France, c'est la formation continue des enseignants. La formation des enseignants est très liée à la qualité des apprentissages des élèves. En France, on est encore un des pays européens dans lequels il n'y a pas de formation continue obligatoire des enseignants.

Ecoutez l'intégralité de l'interview de Nathalie Mons, sociologue et directrice du Cnesco. Elle répond à Marie Bernardeau

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