Haïti : l'éducation, priorité d'après-séisme

Près de trois ans après le tremblement de terre, Haïti ne jure que par l'école, planche de salut d'un pays où la reconstruction est en panne et la corruption en marche. Mais, le chantier est colossal. Le point sur cette priorité, peut-être la seule sur laquelle s'accordent parents et gouvernants haïtiens.

(/ Cécile Quéguiner Radio France)
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Le paysage scolaire n'était déjà pas très riant en Haïti. Selon l'Unicef, environ un tiers des enfants de 6 à 11 ans n'allaient pas à l'école, avant le séisme du 12 janvier 2010. Mais le spectacle des quelque 1.500 écoles effondrées et 3.000 endommagées, a terminé de noircir le tableau. Un choc... et un sursaut. Pour se relever de cette énième catastrophe, le pays se doit de tout miser sur l'école. "C'est la seule chose qu'on va pouvoir laisser à nos enfants : une éducation , confie Elsie, quatre enfants. Moi, je suis prête à tout sacrifier, la bouffe, les chaussures. Je me saigne pour ça !

> Voir notre diaporama sonore Haïti : trois ans après le séisme, une école pour l'avenir

Pourquoi sa mère, seule avec ses quatre enfants et un salaire de 5 gourdes (quelques centimes d'euros) par jour, a-t-elle donc choisi des écoles privées ? "Parce que les écoles publiques ressemblent à des poulaillers ", dit-elle. Elle a donc fait le choix du "meilleur "... pour le pire. Impossible d'assurer la scolarité des quatre : c'est le fils qui est "sacrifié " à une année du bac. Sélectionner parmi ses enfants ceux qui iront et resteront à l'école : un drame banal et quotidien dans les familles haïtiennes. Selon l'Unicef, seuls deux enfants sur dix, entrés en 1ère année du primaire, atteindront la 5e année. Et seuls 2% termineront le secondaire !

Enseignant, un métier par défaut

A ces classes bigarrées, ces retards accumulés, s'ajoute un dernier travers : le manque de formation des enseignants. "Ici, les professeurs gagnent moins que les chauffeurs de camionnettes ", affirme Jean-Claude Bruffaerts, de Haïti Futur. L'enseignement est donc soit un sacerdoce -"on voit des professeurs venir travailler avec parfois plusieurs mois d'arriérés de salaire "-, soit un métier par défaut. Cela signifie que s'y ruent ceux qui ne trouvent pas autre chose, "des gens qui parfois n'ont même pas atteint le niveau de la classe dans laquelle ils enseignent ", témoigne Josette Bruffaerts-Thomas. 

C'est pourtant selon l'association Haïti futur, l'enjeu principal : "Les ONG depuis le séisme se préoccupent beaucoup du matériel, on construit des belles écoles, avec de beaux murs. Mais l'essentiel, c'est que les enseignants soient bien traités et bien formés. On peut faire de l'éducation de qualité sous des tentes ", clame Josette Bruffaerts-Thomas. 

Objectif de cette association : faire avec ces handicaps, pour tenter de redresser le niveau. "Ce n'est pas la peine d'attendre d'avoir des classes à 25 élèves et des professeurs à bac+5 ", affirme Jean-Claude Bruffaerts, qui distribue avec son épouse des tableaux numériques dans les écoles avec le soutien de la Fondation de France et en partenariat avec le ministère haïtien de l'Éducation.

L'initiative a des airs de gadgets, mais répond à des questions de bon sens. Ce tableau projeté au mur permet d'être vu par tous les élèves, y compris par le 20e rang dans des classes de 70. Et apporte un soutien pédagogique précieux aux professeurs qui ne sauraient pas s'y prendre... Histoire d'offrir enfin à toute une classe d'âge en uniforme et noeuds dans les cheveux, ce que les Haïtiens appellent avec révérence "le pain de l'instruction ".