Comment l'Education nationale a formé 200 cadres à la déradicalisation

L’Education nationale a déjà formé près de 200 de ses cadres pour lutter contre la radicalisation. Il s’agit de proviseurs, d’inspecteurs ou de responsables affectés dans les rectorats. Célia Quilleret a pu assister en exclusivité à l'une de ces formations.

("Est-ce qu'un jeune maintient le lien avec ses amis" © maxPPP)
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Ces formations sont presque confidentielles, en tout moins de 200 personnes en ont bénéficié. Mais elles sont primordiales, car les personnes formées devront ensuite délivrer les bons messages dans leurs académies. Le but c'est d'abord d'être très clair sur les processus de radicalisation. On distingue par exemple l'appel au djihad, global, et l'appel de Daech pour aller en Syrie.il y a des sociologues, des psychologues qui expliquent les processus d'embrigadement, ils précisent comment détecter des cas de radicalisation éventuelle. Il faut donc apprendre à reconnaître un ensemble de signaux mais aujourd'hui, les jeunes tentent de les dissimuler.

Comment l'Education nationale a formé 200 cadres à la déradicalisation - le reportage de Célia Quilleret
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Le sociologue Djamel Misraoui animait cette formation organisée fin janvier dans une petite salle de l'école supérieure de l'Education nationale à Poitiers. Pour lui, il ne faut pas s'en tenir à certains signes extérieurs : "Est-ce qu'un jeune maintient le lien avec ses amis, avec ses activités extra-scolaire? Est-ce qu'il maintient l'échange et la pensée critique? Quand la pensée critique s'arrête, c'est le basculement ."

Dans ce cas-là, le proviseur doit alerter la préfecture de son département, et en parallèle il faut accompagner les élèves.

Pour le psychanalyste Patrick Amoyel, spécialiste de la déradicalisation auprès des jeunes, il faut être très prudent : "Ne pas vouloir à tout prix être dans un contre-discours idéologique et religieux " explique-t-il. "Au contraire cette attitude risque de renforcer ses convictions."

Comment ça se passe concrètement dans les lycées ?

A Grenoble par exemple tous les proviseurs ont été formés, Pierre-Yves Pépin est inspecteur pédagogique régional de cette académie, pour lui il faut être en alerte permanente. Et il veut privilégier tout ce qui permet aux élèves de "se réinvestir dans des projets de façon à le réintégrer dans la communauté".

Le pire serait donc de déscolariser un élève. Autre exemple, le lycée Théodore Monod de Noisy-le-Sec, l'équipe de direction a été alertée par une jeune fille qui venait d'être approchée par un recruteur pour la Syrie, elle s'est tout de suite confiée, la réponse de Samia Essabaa, enseignante, a été très rapide. Pour cette professeure d'anglais, "c'est le rôle de l'enseignant de parler, d'essayer de comprendre. Moi ce que je veux, c'est qu'on ne rompe pas le dialogue. Les élèves sentent qu'on a peur pour eux, qu'on s'intéresse à eux. Ils ont besoin de ça."

Et les élèves, qu'en disent-ils ?

Alors dans ce lycée professionnel, les enseignants se battent pour ouvrir leurs élèves à différentes cultures, ces jeunes de première ont bien conscience d'être la proie des recruteurs : "Il y a des gens qui font n'importe quoi et à un moment on leur fait un lavage de cerveau. Qu'est-ce que tu fais ici et tout ça. Et ils partent là-bas..."

Le principe de cette prévention assurée par l'Education, c'est la vigilance bienveillante. Mais vous l'avez compris, on n'est qu'au tout début de ces formations. Pour les spécialistes, face à ce phénomène de radicalisation,  il faut d'urgence passer à la vitesse supérieure.