Alertes à la bombe dans des lycées parisiens : "Ça commence à faire peur"

Les lycées Louis-le-Grand, Condorcet et Henri-IV ont reçu une nouvelle menace lundi 1er février. Mais la plupart des élèves ne l'ont appris qu'à la fin de leurs cours. Francetv info est allé à leur rencontre. 

Le lycée Henri-IV, à Paris, a fait l'objet d'un appel anonyme de menace le 1er février 2016.
Le lycée Henri-IV, à Paris, a fait l'objet d'un appel anonyme de menace le 1er février 2016. (MAXPPP)

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"Il ne s'est rien passé du tout !" s'exclament en chœur Rachel et Benjamin, tous deux élèves de prépa au lycée Louis-le-Grand, dans le 5e arrondissement de Paris. Leur établissement a fait l'objet d'une troisième alerte à la bombe en quelques jours, lundi 1er février, comme les lycées Condorcet (9e) et Henri-IV (5e), ainsi que, pour la première fois, six établissements de Lyon. Le mardi précédent, ce sont six établissements prestigieux (Henri-IV, Louis-le-Grand, Condorcet, Charlemagne, Montaigne et Fénelon) qui ont reçu des appels anonymes. "Vous allez tous mourir", a lancé la personne au bout du fil, rapporte Le Parisien. Les jeunes gens ont alors été "mis à l'abri", selon l'académie de Paris. 

Mais cette fois-ci, les lycéens n'ont été informés qu'une fois le danger écarté. "On a appris par les médias que notre lycée était encore menacé", affirme Benjamin. Avec Rachel, ils semblent un peu abasourdis à l'heure de quitter leur lycée pour déjeuner. Devant Henri-IV comme à la sortie de Louis-le-Grand, les rires fusent, mais dans tous les groupes d'amis, le même sujet de conversation revient : la nouvelle alerte.

"Ils auraient pu nous prévenir, quand même !"

En cas de menace, le plan particulier de mise en sûreté (PPMS) du lycée doit être appliqué. D'ailleurs, chaque établissement scolaire a fait au moins un exercice de confinement avant les vacances de Noël. Ces PPMS avaient été réactualisés à la suite des attentats du 13 novembre. Selon le rectorat, les élèves demi-pensionnaires doivent se regrouper dans la cour tandis que les externes ont le droit de sortir. 

Pourtant, si certains professeurs disent avoir été "confinés dans [leur] classe avec [leurs] élèves jusqu'à 10h30", la plupart des élèves apprennent la nouvelle en sortant de cours. "Ils auraient pu nous prévenir, quand même !" s'insurge une élève à la sortie de Louis-le-Grand. Mais Josiane, une retraitée venue assister à une conférence à Henri-IV comme tous les lundis, pense que c'est une bonne chose. "Il vaut mieux qu’on ne dise pas tout de suite qu’il y a une menace. Cela évite la panique. Et puis, après tout, des alertes à la bombe, il y en a tous les jours dans le métro et le RER." 

"On est restés deux heures dans la rue"

Mais les 26 et 28 janvier, les choses ne se sont pas déroulées avec la même placidité. Les lycées Louis-le-Grand et Henri-IV, entre autres, ont dû faire face à des menaces directes pour la première fois. Cassandre, 16 ans, était à Henri-IV. "Le mardi [26 janvier], on a entendu l'alarme incendie et on s’est rassemblés dans la cour. Le jeudi [28 janvier] aussi, mais le proviseur a fait une annonce pour nous expliquer que c'était une alerte à la bombe et il nous a fait sortir dans la rue, raconte cette élève de première S. On y est restés deux heures sans pouvoir rentrer ni chez nous ni dans le lycée."

Un manque d'informations de la part du lycée que déplore Cassandre. "Je préférerais qu’ils nous expliquent ce qui se passe, qu’on sache si on est en sécurité ou non, parce que là, on est complètement dans l’ignorance." Elle a seulement pu constater la présence de quatre véhicules de police accompagnés "probablement" par des démineurs dont elle n'a fait qu'apercevoir le camion blanc. Benjamin, étudiant en prépa, n'a pas compris non plus ce qu'il se passait depuis la cour de Louis-le-Grand mardi dernier. "Mais c’est une mesure d’urgence donc ils n’avaient pas le temps de nous prévenir, c’est normal", relativise-t-il.

"C'est quand même bizarre comme appels"

Une opacité qui ajoute encore à l'inquiétude. "Au départ, je n’avais pas peur, mais je trouve quand même ça bizarre comme appels, reconnaît Cassandre. Et comme c’est arrivé plusieurs fois, on a l’impression qu’il va se passer quelque chose et que ça peut arriver à n’importe quel moment. Je ne suis pas très rassurée." Une récurrence qui inquiète aussi Rachel, élève de Louis-le-Grand. "La menace en soi, on n'y croit pas vraiment, mais le fait que cela revienne, ça commence à faire peur." Une enseignante de Louis-le-Grand raconte qu'elle a arrêté son cours pour discuter avec ses élèves. "Ils sont inquiets, comme moi. Mais que voulez-vous, je ne vois pas ce qu'on peut faire, à part se mettre en congé maladie…"

Deux policiers armés et équipés de gilets pare-balles surveillent la sortie de l'établissement depuis 11h30. "Ne restez pas devant l'entrée, éloignez-vous", ordonnent-ils régulièrement. Un dispositif exceptionnel mis en place ce lundi midi devant les trois lycées menacés. Et qui rassure Eliane, professeure de lettres à Louis-le-Grand. "Je trouve ça très bien qu’il y ait des policiers devant le lycée. Après tout, on y est habitués, il y en a toujours dans les gares, et moi qui vis à côté d'une synagogue, ça ne me change pas beaucoup." Le parquet a ouvert la semaine dernière une enquête pour menaces de destruction, confiée à la sûreté territoriale de Paris.