Université : "Un milliard d'euros sur cinq ans, c'est de la poudre aux yeux"

Lilâ Le Bas, présidente du syndicat étudiant Unef, s'est insurgée lundi sur franceinfo contre les propositions du gouvernement pour les étudiants. Elle demande des moyens supplémentaires pour l'université.

Lilâ Le Bas, présidente de l\'UNEF.
Lilâ Le Bas, présidente de l'UNEF. (RADIO FRANCE / FRANCEINFO)
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Le gouvernement a dévoilé lundi 30 octobre son plan sur l'entrée à l'université, avec près d'un milliard d'euros débloqués pour son financement. Le Premier ministre Édouard Philippe a confirmé la fin du tirage au sort pour l'entrée dans les filières universitaires les plus demandées, dès la rentrée prochaine.

Ces nouveautés ne convainquent pas Lilâ Le Bas, présidente du syndicat étudiant Unef, invitée de franceinfo : "Un milliard d'euros sur cinq ans, c'est de la poudre aux yeux", a-t-elle réagi.

franceinfo : votre principale demande était d'éviter la sélection à l'université. Le gouvernement y répond-t-il ?

Lilâ Le Bas : On est très inquiets par les annonces qui ont été faites aujourd'hui. On nous dit que s'il n'y a plus de place, on pourra dire non à un étudiant. (...) Si on permet aux universités de dire non, si on l'inscrit dans la loi quand des filières sont en tension, cela veut dire qu'on va pouvoir le généraliser. L'été dernier, plus de 100 filières ont procédé à des tirages au sort. On imagine que l'année prochaine, avec 40 000 bacheliers supplémentaires, avec des moyens largement insuffisants, ce sera plus largement 100, 150 filières qui pourront dire non aux étudiants, et du coup imposeront une autre orientation.

Le gouvernement prévoit qu'il y aura moins de filières en tension, avec l'ouverture prévue de davantage de places. Un milliard d'euros doivent être débloqués sur ce quinquennat. Est-ce suffisant ?

Un milliard sur cinq ans, c'est de la poudre aux yeux. Même la StraNES [stratégie nationale de l'enseignement supérieur] réclame un milliard d'euros d'investissement par an, pour justement permettre aux universités d'accueillir le mieux possible les bacheliers qui sont de plus en plus nombreux. J'ai du mal à voir comment, avec le budget proposé, on arrive à augmenter les places, à mettre des dispositifs pédagogiques en plus, et comment on répond aux ambitions qui sont affichées. 

Il y a un décalage entre ce que dit la ministre et le budget qui est présenté.

Lilâ Le Bas, présidente du syndicat étudiant Unef

à franceinfo

Que faudrait-il faire ?

Nous proposons évidemment de jouer sur l'orientation, pour permettre la mise en place d'un véritable service public de l'orientation, avec des conseillères et des conseillers qui guident les étudiants tout au long de leur lycée, dès la seconde, pour leur ouvrir le champ des possibles et non pas les décourager en permanence. Nous avons proposé aussi de réformer la licence, pour changer en profondeur les méthodes pédagogiques, pour pouvoir répondre aux différents profils d'étudiants en mettant en place des licences moins mono-disciplinaires, pour permettre une spécialisation progressive à l'université. Et enfin, du budget, de l'investissement. Quand on attend plus de trois millions de jeunes dans l'enseignement supérieur d'ici 2025, il faut leur donner les conditions de réussite à l'université.

Les remises à niveau proposées vont-elles dans le bon sens ?

L'étudiant n'aura pas le dernier mot. On lui imposera une remise à niveau qui pourra aller jusqu'à un an supplémentaire. Nous, on est pour des modules d'aide en première année, on pense que c'est nécessaire. Quand il y a 50 % d'échec en licence, ce n'est pas seulement une minorité qui échoue, parce que soi-disant les étudiants n'auraient pas les pré-requis, les compétences, comme cela a été dit. L'université ne leur donne pas les moyens de réussir. On pense qu'il faut mettre de l'accompagnement, sur la base du volontariat. Ce n'est pas ce qui est proposé. On le propose à des étudiants triés sur le volet, et on leur impose parfois jusqu'à une année supplémentaire, ce qui est énorme financièrement pour des jeunes.