Égalité des hommes et des femmes au travail : "Pas avant 2186", selon le Forum économique mondial

La parité économique entre les hommes et les femmes pourrait encore prendre 170 ans, selon un rapport du Forum économique social.

Une manifestation pour l\'égalité des salaires entre les hommes et les femmes, en 2011, à Paris.
Une manifestation pour l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes, en 2011, à Paris. (MIGUEL MEDINA / AFP)
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Autant dire qu'il faut attendre le déluge. Si les choses continuent d'évoluer au même rythme qu'actuellement, il faudra 170 ans, soit en 2186, pour connaître une véritable égalité des hommes et des femmes au travail, selon le Forum économique mondial. Celui-ci publie mercredi 26 octobre son rapport mondial 2016 sur la parité entre hommes et femmes.

Il s'agit d'une étude comparative qui mesure le progrès de la parité entre hommes et femmes dans quatre domaines : le niveau d'instruction, la santé, les opportunités économiques et l'émancipation politique. Le résultat est accablant : l'égalité entre les sexes connaît un recul sans précédent dans les secteurs clés de l'économie.

Depuis huit ans, les inégalités n'ont jamais été aussi importantes

"Le fossé entre les sexes, désormais de 59%, est plus élevé qu'il n'a jamais été depuis 2008", explique le rapport. L'an passé, les projections indiquaient que l'écart économique entre les hommes et les femmes pouvait être comblé en l'espace de 118 ans, soit d'ici 2133.

Mais "les progrès se sont inversés, après avoir atteint leur pic en 2013", s'inquiètent les auteurs. "Le monde risque de gâcher un nombre alarmant de talents s'il n'agit pas rapidement pour réduire les inégalités entre les sexes, qui peuvent compromettre la croissance et priver certaines économies de possibilités concrètes de développement", ajoutent-ils.

Les hommes et les femmes doivent être des partenaires égaux face aux enjeux du monde. Les deux sexes jouent un rôle absolument essentiel dans la garantie que la quatrième révolution industrielle tiendra ses promesses auprès de la société.

Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial.

Des femmes deux fois moins payées

Premier constat : les inégalités salariales sont toujours aussi importantes. "À l'échelle mondiale, les femmes gagnent, en moyenne, un peu plus de la moitié du salaire que perçoivent les hommes, malgré de plus longues heures de travail, rémunérées comme non rémunérées", décrit le rapport.

Par ailleurs, les femmes sont toujours moins nombreuses à travailler dans le monde : en moyenne, 54% des femmes sont actives, contre 81% d'hommes. 

Le nombre de femmes occupant des postes à haute responsabilité reste également très faible, ce qui peut paraître étonnant puisque la proportion de femmes diplômées d'une université est égale, voire supérieure à celle des hommes dans 95 pays.

Des inégalités partout dans le monde

Outre le travail, le rapport du Forum économique mondial prend en considération le niveau d'éducation, l'émancipation politique et la santé. En combinant tous ces critères, les pays les plus avancés en termes d'égalité entre les hommes et les femmes restent l'Islande (1ère sur 144), la Finlande (2e), la Norvège (3e) et la Suède (4e).

L'Islande, où pourtant, les femmes n'hésitent pas à exprimer leur colère. Lundi 24 octobre, elles ont symboliquement quitté leur travail à 14h38 pour dénoncer les inégalités salariales.

"Un certain nombre de pays sont désormais sur le point de détrôner les États nordiques", explique le rapport. Le Rwanda se place ainsi devant l'Irlande, en 5e position. Et le Nicaragua pointe désormais à la 10e place, devant la Suisse.

La France très en retard

La France n'arrive qu'à la 17e place, derrière l'Allemagne (13e), mais devant le Royaume-Uni (20e) et les Etats-Unis (45e). Cependant, si l'on ne tient compte que de l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes, la France fait partie des dix derniers du classement : 134e place sur 144 pays, et ce malgré la loi du 4 août 2014 sur l'égalité réelle. Elle pointe à la 61e place pour le partage des postes à responsabilités, alors qu'elle est en tête pour l'éducation et la santé.

Il faut tout de même noter les progrès de la France. Il y a dix ans, en 2006, elle était classée 70e sur 115 pays étudiés.