Bertrand Cantat à la une des Inrocks : Laurence Rossignol y voit "un manque de respect pour les victimes" de violences

L'ancienne ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol, a vertement critiqué le choix du magazine "Les Inrocks" de placer Bertrand Cantat, chanteur condamné pour le meurtre de sa compagne, en une de son édition de mercredi. 

Laurence Rossignol, le 25 mars 2017 sur franceinfo. 
Laurence Rossignol, le 25 mars 2017 sur franceinfo.  (FRANCEINFO)
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Le magazine Les Inrocks a choisi de mettre Bertrand Cantat à la une pour faire la promotion de son nouvel album, cette semaine. Le chanteur a tué à mains nues sa compagne, Marie Trintignant, en 2003. Ce choix éditorial a été vivement critiqué, notamment sur les réseaux sociaux. Laurence Rossignol, ancienne ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, invitée sur franceinfo jeudi 12 octobre, "voit dans tout cela un manque de respect pour les victimes et en particulier pour Marie Trintignant".

franceinfo : pourquoi cette couverture des Inrocks vous a-t-elle mise en colère ?

Laurence Rossignol : D’abord parce que cette une réunit sur une même couverture Bertrand Cantat et le chanteur Orelsan dont je rappelle qu’il avait sorti une chanson dans laquelle il disait : "Tu vas fermer ta gueule je vais te Marie Trintigner". Il avait fait de Marie Trintignant, victime, un nom commun pour désigner comment on pouvait faire taire une femme. J’ai été effectivement très choquée par cette indulgence, cette complaisance à l’égard des violences faites aux femmes qui s’exerce souvent quand les auteurs sont des gens de pouvoir, qu’il s’agisse des artistes (…), des producteurs (…). Je m’étais ainsi déjà émue du fait que Roman Polanski puisse présider la cérémonie des Césars. À ce moment-là, on nous dit tout le temps : "Oui mais ce sont de tellement grands artistes". Comme si être un génie créatif était une excuse valable et durable pour toute la vie des auteurs de violences faites aux femmes qu’ils soient harceleur, violeur ou meurtrier.

Est-ce le fait qu'on accorde autant de place à Bertrand Cantat ou qu'on lui accorde de la place tout court qui vous gêne ?

Mon sujet ce n’est pas Bertrand Cantat. Mon sujet c’est de mobiliser la société française pour qu’elle s’insurge contre la banalité des violences faites aux femmes, contre la culture du viol, de la violence, pour que toute notre société se mobilise. Cette culture du viol fait qu'il a si souvent été considéré comme un petit accident du libertinage, cette culture de la violence fait que les meurtriers des femmes ont souvent des excuses parce qu’elles les ont provoquées. Pour cela, il faut effectivement que les auteurs, une fois qu’ils ont été condamnés, qu’ils ont purgé leur peine, puissent se réinsérer. Mais il y a quelque chose d’indécent à voir qu’en fin de compte on passe très vite l’éponge. Je crois que Les Inrocks, qui sont aux abonnés absents depuis hier [mercredi 12 octobre], seraient bien inspirés de présenter leurs excuses à la famille Trintignant et à toutes les victimes de violences faites aux femmes.

Certains répondent que Bertrand Cantat a purgé sa peine et qu'il a le droit de faire son métier ?

C’est vrai, il a le droit de faire son métier, mais il a aussi un devoir de discrétion. Il a tué une femme. Ce n’est pas n’importe quel accident de parcours de la vie. Aujourd’hui on peut, nous aussi, nous insurger contre l’indulgence, la tolérance à l’égard de cette très particulière violence qui est exercée contre les femmes (...). Je vois dans tout cela, un manque de respect pour les victimes et en particulier pour Marie Trintignant.

On en est encore là, à une indulgence, à la méconnaissance des violences faites aux femmes ?

Ce que j'observe aujourd'hui, c'est que nous avançons. Les femmes parlent. La tolérance à l'égard de la violence faite aux femmes diminue et nous nous organisons pour les faire réduire. Nous avançons sur l'évolution de notre société, d'une société respectueuse, égalitaire et juste à l'égard des femmes.