Charente. Un prof suspendu après avoir donné une rédaction sur le suicide

Le prof de français sera entendu dans l'après-midi afin d'expliquer son "intention pédagogique ou éducative derrière la façon de poser la question".

Le collège Antoine-Delafont, à Montmoreau-Saint-Cybard (Charente).
Le collège Antoine-Delafont, à Montmoreau-Saint-Cybard (Charente). (GOOGLE MAPS / FRANCETV INFO )
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SOCIETE – Un professeur de français a été suspendu à "titre conservatoire", lundi 10 décembre, pour avoir donné une rédaction sur le suicide à ses élèves de 3e, au collège de Montmoreau-Saint-Cybard (Charente). Le sujet avait choqué certains parents d'élèves, qui avaient écrit au principal de l'établissement.

Que contient l'énoncé de la rédaction ?

Le devoir aurait été donné le 22 octobre dans deux classes du collège de Montmoreau, mais a mis quelques semaines à remonter jusqu'à l'académie de Poitiers.

Voici son sujet, révélé par Charente libre "Vous venez d'avoir 16 ans. Vous avez décidé d'en finir avec la vie. Votre décision semble irrévocable. Vous décidez dans un dernier élan de livrer les raisons de votre geste. En dressant votre autoportrait, vous décrivez tout le dégoût que vous avez de vous-même. Votre texte retracera quelques événements de votre vie à l'origine de ce sentiment."

Que lui reprochent les parents d'élèves ?

Après que le sujet a circulé, de nombreux parents d'élèves ont réagi. "Nous sommes révoltés que l'on puisse proposer ce genre de sujet à des enfants qui ont entre 13 et 14 ans", ont-ils écrit dans un courrier adressé à l'établissement ainsi qu'à l'inspection d'académie et cité par Charente libre. "De par notre éducation, nous n'avons pas l'habitude de remettre en question ce qui se passe à l'école, mais il y a des limites (…). Quel va être le prochain sujet ? 'Que ressentez-vous lorsque vous vous piquez ?' On aimerait comprendre."

"Ce qui me choque, c'est de lier l'autobiographie au suicide. C'est carrément gonflé", a réagi auprès de l'AFP Hélène Ferrari, mère d'un élève qui a planché sur le sujet. Mais elle estime que l'enseignant "est un très bon prof, quelqu'un qui paraît très équilibré, qui tire les élèves vers le haut". "En tant que parent, je suis inquiet" et "assez abasourdi", explique Georges Tritz, vice-président de la FCPE Charente. Il s'indigne dans les colonnes du quotidien : "Comment peut-on faire ça ? On est dans une période où les gamins ne vont pas bien. Ce qui m'effraie, c'est que personne n'a réagi."

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Anne Guille-Epée et Alain Darrigrand - France 2

D'autres ne voient pas où est la polémique. "Les enfants ont tout à fait compris, ça ne les a pas choqués", affirme la mère d'un élève. Les parents de Cindy ont, d'après l'adolescente, "trouvé ça bizarre. Mais ils ont pensé que c'était dans le programme".

Trois lycéens se sont suicidés dans les environs depuis début octobre, rappelle Charente libre. Une réunion a eu lieu il y a quelques jours entre les parents d'élèves et l'enseignant, qui a répondu à leurs questions mais ne s'est pas exprimé publiquement.

Qu'en pensent les élèves ?

Certains adolescents avouent eux-mêmes que le sujet les a surpris. "On n'a pas eu l'idée d'en parler à nos parents, avoue Louis à Charente libreQuand le prof nous a donné le sujet, ça nous a étonnés. On lui a posé des questions. Il n'a pas voulu répondre, et nous a dit : 'C'est comme ça'." D'après les élèves cités par le journal, la rédaction n'a pas été accompagnée d'une discussion sur le sujet. 

"J'ai fait comme si c'était une fille mal dans sa peau, très grosse, que tout le monde rejette, même ses parents", raconte Cindy, que le sujet n'a "pas dérangée", dit le journal.

Quelles sanctions pour le professeur ?

L'enseignant, âgé d'une trentaine d'années, a été suspendu "à titre conservatoire". Il sera entendu dans l'après-midi afin d'expliquer son "intention pédagogique ou éducative derrière la façon de poser la question", a indiqué Jean-Marie Renault, directeur académique de la Charente.

"Si les faits sont avérés, je verrai quelles suites il faut donner. Je ne peux pas laisser passer ça. Oui, ça peut relever d'une sanction", a-t-il confié à Charente libreEn fonction des explications du professeur, "nous verrons s'il y a matière à donner une suite disciplinaire ou pas", a-t-il déclaré.

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