Chômage, travail le dimanche, couple, l'Insee dresse le portrait de la France

L'Insee publie ce mercredi son portrait social de la France, une analyse de données sur les conditions de vie des Français. Il en ressort que la crise a eu des conséquences non négligeables sur le quotidien des Français.

(Depuis 2011, le nombre de SDF a augmenté de 44% © Radio France / Nathanaël Charbonnier)
Radio France

Mis à jour le
publié le

Tous les ans, l'Insee publie "France, portrait social", une analyse de la population française, de ses revenus, ses loisirs, sa composition, son habitat… Cette année, l’Insee met notamment en avant les effets de la crise avec une augmentation de 56% du nombre de chômeurs de longue durée entre 2008 et 2013. Le nombre de SDF a lui augmenté de 44% depuis 2001.

Le chômage de longue durée augmente

En 2013, 2,8 millions de personnes étaient au chômage en France métropolitaine, selon les normes du bureau international du travail (BIT), indique l'Insee dans son rapport. Parmi elles, 1,1 million étaient des chômeurs de longue durée. "La crise a aggravé le phénomène de persistance dans le chômage ", note l'Insee, qui précise que le nombre de chômeurs de longue durée s'est accru de 56% entre 2008 et 2013, le chômage global augmentant de 43% sur la même période.

 

Pour Jean Viard, sociologue, directeur de recherches au CNRS, "iI faut évidemment dire la marque de la crise sur les chômeurs de longue durée, la pauvreté, la situation des femmes seules. Ce n’est pas une surprise, mais c’est ce qui est le plus difficile à vivre. " Mais la crise n’est pas la seule responsable, insiste Jean Viard. "Il y a l’évolution des modes de vie, des individus qui travaillent moins, sont plus autonomes, changent plus souvent de lieu, de mode de vie. "

De plus en plus de SDF

Depuis 2001, le nombre de SDF a augmenté de 44%, pour s'établir à 81.000 adultes, accompagnés de 31.000 enfants. Mais ce chiffre est loin des réalités. Pour son rapport, l’Insee s’est en effet basée sur une enquête portant sur les personnes ayant fréquenté les services d'hébergement ou de restauration dans les agglomérations de plus de 20.000 habitants, au premier trimestre 2012. Or de nombreux sans-domicile fixe ne fréquentent aucun de ces services et cela ne prend pas en compte ceux vivant dans des communes rurales ou de moins de 20.000 habitants.

 

Une majorité de sans-domicile (55%, 45.000 personnes) sont nés à l'étranger. Plus de la moitié dans un pays d'Afrique (Maghreb et Afrique sub-saharienne) francophones. Parmi les 16.000 non-francophones, deux tiers viennent d’un pays d'Europe de l'Est ou en ex-URSS. "Vous avez les immigrants, " rappelle Jean Viad. Il faut s’intéresser à la façon dont "notre société fait rentrer ces immigrants, et au qu’il y ait de plus en plus d’enfants dans l’immigration pauvre. La pauvreté des enfants est de plus en plus importante. "

"La crise a marqué les chômeurs de longue durée", estime le sociologue Jean Viard
--'--
--'--

Les inégalités homme-femme

Le rapport de l’Insee révèle aussi qu’en 2011, trois femmes sur quatre gagnaient moins que leur conjoint, en tenant compte des revenus d’activité (salaires, revenus des indépendants) et de remplacement (chômage et retraites), dans les couples composés d’un homme et d’une femme âgés de 20 à 59 ans, non étudiants. En moyenne, les femmes contribuent à hauteur de 36 % aux revenus du couple.

 

Une inégalité qui persiste dans le quotidien du couple et la répartition des tâches. Jean Viard estime que "l’égalité homme-femme a progressé dans l’espace public, mais que dans la vie intime il y a un partage de l’autoproduction domestique : monsieur fait le jardin, la tondeuse, la voiture, madame fait la cuisine et le ménage. C’est une bataille culturelle essentielle, mais privée. Il faut développer des idées, mettre en scène des valeurs et après le choix des couples est privé. "

Le travail le dimanche en hausse

Afin de mieux connaître les loisirs des Français, l'emploi du temps des personnes de 15 ans et plus, le week-end par rapport au reste de la semaine, a été analysé ainsi que son évolution de 1986 à 2010.

 

En 2010, 24% des personnes ayant un emploi travaillaient au moins une heure le week-end. Un chiffre resté stable sur 25 ans, comme le temps de travail moyen de ces personnes (6h30 par jour). Mais "cette stabilité cache une baisse le samedi et une hausse le dimanche", explique l'étude. On constate que 30% des personnes ayant un emploi ont travaillé plus d'une heure le samedi en 2010, contre 36% en 1986.

Le dimanche, cette proportion est passée de 13% à 17% sur la même période. Le travail dominical "touche donc de plus en plus de personnes ". "C'est d'autant plus vrai si l'on prend en compte toutes les personnes travaillant de manière habituelle ou occasionnelle le dimanche ", soit "31% des personnes en emploi en 2010 ", conclut l’Insee.