Boues rouges dans les Calanques : Royal désapprouve l’autorisation du préfet

L’usine d’alumine Altéo a reçu mardi l’autorisation du préfet de Provence-Alpes-Côte d’Azur de poursuivre son activité pendant six ans à Gardanne dans les Bouches-du-Rhône et donc de rejeter des boues rouges polluantes dans la mer Méditerranée. La ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal désapprouve cette décision.

(Le parc national des Calanques. © MaxPPP)
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La ministre de l’Ecologie ne change pas d’avis sur le dossier des boues rouges dans le parc national des Calanques. Ségolène Royal a désapprouvé mardi le droit de polluer accordé à l’usine Altéo, producteur d’alumine, un composant indispensable à la fabrication de l’aluminium. Selon elle, "l’ordre est venu du Premier ministre au préfet, direct. Il s’agit d’une mauvaise décision qui est essentiellement suscitée par le chantage à l’emploi".   Altéo embauche 400 salariés à Gardanne, près d'Aix-en-Provence, et fait travailler 250 sous-traitants.

Dans son arrêté publié mardi, le préfet de Paca a autorisé la poursuite de l’activité d’Altéo jusqu’à fin 2021. Une décision fondée sur l’avis d’une commission indépendante et non sur intervention du Premier ministre a précisé Matignon après la prise de position de la ministre. L’usine d’alumine pourra donc continuer à rejeter en mer "des effluents aqueux dépassant les limites réglementaires"   selon le communiqué de la préfecture. Il s’agit des fameuses boues rouges, chargées de produits polluants comme l’alumine, l’arsenic ou le mercure. Depuis des mois, des associations de défense de l’environnement et des riverains se battent pour éviter qu'il y a ait une prolongation de ce droit à polluer.

"On ne met plus les filets dans cette zone. Les poissons sont rouges. C’est la catastrophe. Cela fait dix ans que le stock d’oursins est en baisse" (Un pêcheur professionnel habitué de la zone)

Des efforts en la matière

L’industriel affirme pourtant avoir fait des efforts en la matière. Il ne déverse plus de "rejets solides" mais uniquement des "effluents liquides" dans la mer Méditerranée. Cela fait près de 50 ans, que ce site de production d’alumine bénéficie d’un droit d’expédier en mer ses résidus, à sept kilomètres au large de Marseille et de Cassis.

Selon l'association Collectif environnement, Altéo n'a fait aucun progrès. Alain Matési, son président dénonce une manipulation.

"Ce que fait Altéo est comparable avec la phase de pré-traitement des eaux-usées dans une station d’épuration. Toute les boues rouges sont enlevées mais l'usine continue de rejeter des extraits toxiques. Le résultat est qu'il y a moins de quantité déversée dans la mer, certes, mais cela ne change rien à la nocivité des rejets. La pollution est contenue dans une eau devenue claire."

"Cette autorisation est basée sur une forme de complaisance entre les institutions et le monde industriel" Alain Matési, président de l'association Collectif environnement
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"Un bon compromis"

Un avis que ne partage évidemment pas Didier Réault, le vice-président Les Républicains du Conseil général des Bouches-du-Rhônes et président du conseil d'administration du Parc national des Calanques. Selon lui, cet arrêté un "un bon compromis" pour d'un côté préserver l'emploi et de l'autre protéger la biodiversité.

"Le délais de six ans n'est plus une étape mais il devient un délais impératif pour contraindre Altéo à faire des progrès pour limiter la pollution"
 

"Cette arrêté est un bon compromis" Didier Réault, vice-président LR du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et président du parc national des Calanques
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Altéo avait demandé la prolongation de son droit de polluer pour 30 années supplémentaires. Il en a obtenu six et devra tenir compte de "certaines prescriptions réclamées par le Parc naturel des Calanques " a précisé la préfecture. Une précaution qui ne suffit pas à convaincre la ministre de l’Ecologie.