L'OMS soupçonne à son tour un lien entre téléphone portable et cancer

L'organisation mondiale de la santé a rejoint d'autres institutions en soupçonnant à son tour un lien possible entre l'usage du téléphone portable et certains cancers. Les experts internationaux réunis à Lyon depuis une semaine à l'initiative de l'OMS ont estimé que les portables étaient "peut-être cancérogènes". Un niveau de suspicion assez bas, mais qui justifie des précautions dans l'utilisation de ces appareils.

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La trentaine d'experts internationaux réunis à Lyon pendant huit jours par l'Organisation mondiale de la santé n'a pas fait éclater de “scoop” retentissant. En estimant que le téléphone portable était “peut-être cancérogène pour l'homme”, le groupe de travail ne fait que rejoindre de nombreuses institutions ou ONG, qui le disent depuis longtemps, comme l'Agence nationale de sécurité sanitaire française.

Mais le poids de l'OMS, émanation de l'ONU, officialise en quelque sorte les soupçons qui planent au dessus de cet objet devenu indispensable à des milliards d'utilisateurs. “Les preuves, qui continuent à s'accumuler, sont assez fortes pour justifier” une classification dans la catégorie des suspects, la catégorie 2B, souligne Jonathan Samet, président du groupe de travail.

Les experts ont épluché toutes les études sur les risques de cancer induits par les “champs électromagnétiques de radiofréquence”. Et ces études épidémiologiques font ressortir un risque accru de gliome, un cancer du cerveau rare mais grave, ou d'autres tumeurs, plus bénignes, mais néfastes à l'audition.

Cette classification comme “peut-être” cancérogène n'est pas très élevée. Nos portables y rejoignent les vapeurs d'essence, les légumes au vinaigre type condiments asiatiques et... le café. Mais jusqu'ici, ils étaient reconnus comme “inclassables” quant à leur dangerosité. Ce virage du vert à l'orange léger va sans doute déclencher de longues et lourdes études à long terme, d'autant plus nécessaires que les données sur les utilisateurs intensifs commencent à dater, et couvrent peu les nouvelles générations d'appareils : “Il y a une amélioration de la technologie mais il y a aussi une augmentation de l'usage, il est difficile de faire la balance entre les deux”, insiste le dr Robert Baan, du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) .

En attendant, l'OMS recommande à son tour de prendre des mesures de précaution pratiques pour réduire l'exposition : “Ce qui probablement entraîne le plus haut niveau d'exposition, c'est utiliser le portable pour des appels”, prévient Kurt Straif, du CIRC. Il recommande l'utilisation des kits mains libres, et de préférer les SMS : “vous abaissez l'exposition de 10 fois”, conclut-il.

Les associations convaincues de la dangerosité des portables estiment que ce petit pas va dans le bon sens : “A partir d'aujourd'hui, plus personne ne pourra dire “le risque n'existe pas” et chacun à son niveau - politiques, opérateurs, employeurs, utilisateurs, parents,...devra en tenir compte”, se félicite Janine Le Calvez, de l'association Priartem. Les opérateurs, via la Fédération française des Telecoms, soulignent pour leur part que en choisissant ce classement, l'OMS reconnaît que le lien n'est pas démontré.

Grégoire Lecalot, avec agences