"L'Homo naledi" ? Un "coup de pub", selon le paléontologue Michel Brunet

Des chercheurs affirment avoir découvert une ancienne espèce du genre humain, jusque-là inconnue, dans une grotte d'Afrique du Sud. Problème : aucune datation n'a été précisée, leur annonce est donc à prendre avec prudence.

Phalanges, tibia, vertèbres, crâne ... Reconstitué le mieux possible, le squelette de ce qui est présenté comme une nouvelle espèce, l'Homo naledi, est montré le 10 septembre 2015 à Maropeng (Afrique du Sud).
Phalanges, tibia, vertèbres, crâne ... Reconstitué le mieux possible, le squelette de ce qui est présenté comme une nouvelle espèce, l'Homo naledi, est montré le 10 septembre 2015 à Maropeng (Afrique du Sud). (STEFAN HEUNIS / AFP)
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Un petit pas dans une caverne, un grand bond dans l'histoire de l'humanité ? Une ancienne espèce du genre humain, jusque-là inconnue, aurait été découverte dans une grotte en Afrique du Sud, selon des chercheurs sud-africains et américains. "L'Homo naledi" comme ils l'ont appelé, se classe selon eux dans le genre Homo, auquel appartient l'homme moderne. 

"Quand vous saurez l'âge, vous me rappellerez ! "

Que penser de cette trouvaille ? Interrogé par francetv info, le paléontologue Michel Brunet, découvreur de Toumaï – le plus ancien hominidé connu – est sceptique. "Cette découverte n'est pas datée ! Quand vous saurez l'âge, vous me rappellerez ! Est-ce qu'on peut publier Lucy [une Australopithèque datant de plus de 3 millions d'années découverte en Ethiopie] sans dire l'âge ? Est-ce qu'on peut publier Toumaï [fossile de 7 millions d'années, trouvé au Tchad en 2001] sans dire l'âge ?" s'interroge l'ex-titulaire de la chaire de paléontologie au Collège de France.

S'il reconnaît que les scientifiques à l'origine de la découverte "ont très bien travaillé, avec de l'imagerie 3D", Michel Brunet souligne un paradoxe. "Comment peuvent-ils publier la découverte d'une espèce très ancienne tout en disant qu'ils n'en savent pas l'âge ?", s'étonne-t-il. Avant d'ajouter : "Il faut être très prudent et ne pas confondre vitesse et précipitation ! C'est un immense coup de pub !"

"Il manque une partie du travail"

Pour lui, clairement, "il manque une partie du travail.  S'ils ne donnent pas l'âge, c'est que ça leur a posé des problèmes. Ce n'est pas facile, c'est parfois difficile, mais ils vont le donner. Attendons."

Il se dit d'ailleurs surpris que l'étude ait été publiée sans cette donnée. "Je ne crois pas que Nature [revue scientifique qui fait référence] l'aurait publiée sans âge. La revue [eLife] dans laquelle ils ont publié leur étude, je ne la connais pas".

"Une belle découverte par le nombre !"

Il reconnaît toutefois que "c'est une belle découverte par le nombre : 15 individus. Reste à savoir si c'est une population homogène"

Paléoanthropologue au CNRS, Sandrine Prat, qui connaît bien la région où ont été mis à jour les 1500 os, abonde dans son sens : "C'est le plus grand assemblage de fossiles découverts en Afrique."

Dans le très riche site archéologique du "Berceau de l'humanité", où l'Homo naledi aurait été découvert, les découvertes paléontologiques sont compliquées à dater, souligne-t-elle. "Dans ces grottes d'Afrique du Sud, les couches ont été remodelées avec l'eau. On n'est pas sûr de l'époque."