Télémédecine, données personnelles : comment les médecins comptent passer à la santé connectée

Le Conseil national de l'ordre des médecins rend public, mardi 3 février, son Livre blanc sur la santé connectée. Voici ce qu'il préconise.

Un dispostif médical connecté présenté à Las Vegas (Etats-Unis), le 4 janvier 2011, par la société française Withings. 
Un dispostif médical connecté présenté à Las Vegas (Etats-Unis), le 4 janvier 2011, par la société française Withings.  (ROBYN BECK / AFP)

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La révolution numérique est en marche dans les cabinets médicaux. Le Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) dévoile, mardi 3 février, son Livre blanc sur la santé connectée.

Pour le docteur Jacques Lucas, auteur du Livre blanc et vice président du Cnom, il est grand temps que les médecins se mettent à l’heure du numérique. "Notre objectif est d’accompagner le développement des TIC dans le champ de la santé, en y imprimant l’éthique et la déontologie médicales. Nous faisons dans ce nouveau Livre blanc des propositions concrètes pour inciter les médecins à renforcer leur présence professionnelle et humaniste sur le web", indique-t-il dans une interview à Silberblog.

Francetv info fait le point sur la santé connectée, un nouvel eldorado qui n’est pas sans danger.

Faire entrer les objets connectés dans les cabinets

Ce qui existe. Le nombre d’applications mobiles de santé a explosé. Balances, podomètres, tensiomètres connectés, plus de 100 000 applications étaient disponibles en 2013, alors qu’il n’en existait que 6 000 en 2006 selon le Livre blanc sur la santé connectée. La promesse est belle : les concepteurs de ces produits proposent un suivi médical personnalisé et instantané pour rester en bonne santé.

Une vague technologique qui est bienvenue pour la ministre de la Santé Marisol Touraine. "Ces applications et objets ne répondent certes pas à l’ensemble des demandes mais pour certaines personnes, c’est une façon d’être plus attentif à leur mode de vie", a déclaré la ministre lors d’une visite des locaux de l’entreprise Withings le 19 décembre, rapporte le Quotidien du médecin.

Ce que préconise l’Ordre des médecins.  Le vice-président du Cnom souhaite, dans son Livre blanc, que les médecins s’emparent de ces applications mobiles. "Les applications et objets connectés de santé peuvent constituer des outils complémentaires utiles à la prise en charge des patients. Ils peuvent soutenir et renforcer la relation patient-médecin. Les patients se montrent d’ailleurs en attente de conseils en la matière de la part de leurs médecins."

Mais leur utilisation n’est pas sans risque. L’Ordre des médecins préconise un contrôle des applications mobiles de santé pour s’assurer de leur fiabilité. L'auteur donne l’exemple de la société Dmd santé, gérée par un interne en psychiatrie, qui a pour objectif "d’évaluer et de recommander les applications mobiles de santé sur le marché français". Au Royaume-Uni, le National Health Service a lancé, en mars 2013, le portail "Health Apps Library" qui fait le tri entre les bonnes et les mauvaises applications disponibles sur le marché.

Lutter contre les déserts médicaux avec la télémédecine

Ce qui existe. La télémédecine est porteuse d’espoir dans le domaine médical. Elle permettrait de lutter contre les déserts médicaux. Le manque de médecins concerne 2 à 3 millions de personnes. La consultation à distance est l’une des mesures prévues dans le cadre du plan anti-déserts médicaux lancé en décembre 2012 par le gouvernement. Fini le long trajet pour aller chez son généraliste, les patients peuvent directement échanger avec leur médecin traitant par écrans interposés. Les professionnels de santé peuvent aussi communiquer entre eux pour établir des diagnostics à distance grâce aux applications mobiles.

Une petite révolution dans la prise en charge du patient. "En un an, la télémédecine a progressé dans tous nos établissements et dans tous nos territoires. Je pense à l’AVC, qui exige le délai de prise en charge le plus court possible. En Franche-Comté, dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Bourgogne, les services d’urgence peuvent désormais prendre en charge leurs patients par télé-expertise et télé-assistance", se réjouissait la ministre de la Santé le 10 février 2014.

Ce que préconise l’Ordre des médecins. L’organisation estime que les expérimentations doivent se poursuivre et être amplifiées. L’utilisation d’applications mobiles dans le cadre de la télémédecine permet de suivre à distance les patients. "L’utilisation des technologies en médecine permet d’effectuer un acte médical à distance. Les objets connectés et applications mobiles peuvent être utilisés dans la télémédecine. Par exemple, on peut aujourd’hui envoyer le son des battements du coeur du stéthoscope à distance", explique le cardiologue Jacques Lucas, auteur du Livre blanc, contacté par francetv info.

L’utilisation des objets connectés permet ausssi une meilleure prise en charge des maladies chroniques selon le docteur Pierre Simon, président de la Société française de télémédecine (SFT-ANTEL) : "La tablette numérique, dans l’étude Domoplaies par exemple, permet aux infirmières à domicile de montrer à un médecin expert, en téléconsultation, l’état de la plaie chronique et de recevoir en temps réel les conseils de soins."

Protéger les données personnelles des patients

Ce qui existe. Les données médicales des patients peuvent désormais circuler à la vitesse du haut-débit. Mais la question de la protection de ces information sensibles se pose. Selon le Livre blanc sur la santé connectée, aucun pays ne s’est doté d’une législation spécifique aux applications mobiles de santé. Ce sont les lois relatives à la protection de la vie privée et les diverses autorités médicales qui encadrent l’utilisation des données médicales des patients. En France, la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) a même créé un label qui doit "faciliter l’identification des 'organismes qui garantissent un haut niveau de protection' des données personnelles". L’Union européenne doit aussi proposer une réglementation visant à protéger les données personnelles des individus.

Ce que préconise l’Ordre des médecins. Pour l’auteur du Livre blanc sur la santé connectée, une loi française ne serait pas suffisante pour encadrer l’utilisation des données personnelles. Le docteur Jacques Lucas soutient la création d’une législation européenne à ce sujet, "voire au-delà", pour contrôler des applications qui sont le plus souvent développées à l’étranger. Mais, "un contrôle de toutes les applications disponibles sur le marché paraît illusoire. Le Livre blanc propose que les entreprises déclarent que leur application répond aux normes européennes sur le plan technique et aussi médical."

La Cnil pourrait alors procéder à des contrôles de manière aléatoire avec de possibles sanctions économiques si les règles ne sont pas respectées.