Comment les djihadistes se servent du web 2.0

YouTube, Twitter... De plus en plus, les groupes armés djihadistes court-circuitent les médias en publiant eux-mêmes des contenus sur Internet. Une stratégie de communication, fondamentale pour ces groupes à la vocation propagandiste. Décryptage de cette tendance qui se professionnalise et s'affine.

(Capture d'écran Youtube)
Radio France

Mis à jour le
publié le

La vidéo montre les sept
otages français enlevés la semaine dernière au Cameroun
, dont quatre enfants,
visage découvert, entourés par des hommes armés, masqués. Le groupe armé, qui affirme
faire partie de la secte Boko Haram, revendique le rapt. Ces trois minutes et demie
de film ont été directement postées sur le site YouTube, avant de faire le tour
d'Internet.

Il y a quelques semaines,
les somaliens d'Al-Shebab avaient eux aussi agité – et choqué – la sphère
Internet, en publiant sur leur compte Twitter des clichés du soldat français tué
lors de l'opération ratée de libération de l'otage Denis Allex. Ces
interventions des groupes djihadistes sur l'internet dit "social",
qui permet de commenter et de partager des publications, semblent devenir de
plus en plus fréquentes et maîtrisées.

Il s'agit aussi d'un moyen
efficace de contourner une censure qui peut être appliquée par les médias
"classiques " : en diffusant eux-mêmes leur contenu sur Internet, les groupes s'assurent que leur contenu ne sera ni tronqué, ni
flouté.

Eviter les
démonstrations de barbarie

La présence sur Internet
des djihadistes tend par ailleurs à se professionnaliser : aussi le compte
Twitter d'Al-Shebab, présenté comme une agence de presse, dispose-t-il d'un
logo et même d'un slogan : "The truth. The contextual truth ".
Ce même compte avait publié, il y a plusieurs semaines, une annonce de
recrutement pour une personne spécialisée dans la vidéo. Chez Al-Qaïda, des
guides très détaillés expliquent comment bien mener la communication.

Les stratégies de
communication des groupes armés semblent aussi plus maîtrisées. Les djihadistes
cherchent en permanence à se trouver une légitimité religieuse. Il leur faut
pour cela maintenir un équilibre sensible : leurs messages doivent être suffisamment forts
pour toucher leur cible, sans pour autant verser dans la barbarie pure. Les
vidéos extrêmement violentes des assassinats de Daniel Pearl en 2001, et de
Nicholas Berg en 2004, avaient porté préjudice à Al-Qaïda y compris au sein de
la communauté islamique, explique Abdelasiem El Difraoui, chercheur en sciences
politiques, auteur de Al-Qaïda par l'image :

Lutter avec les mêmes
outils ?

Internet présente, en
outre, un avantage considérable pour les djihadistes, en ce qu'il est un outil
extrêmement difficile à contrôler. Beaucoup de sites appelant au djihad peuvent
être hébergés sur des serveurs basés sur le sol américain : ils sont ainsi
protégés par le Premier amendement de la Constitution des Etats-Unis, relatif à
la liberté d'expression. Quant aux contenus publiés sur YouTube ou Twitter, même
s'ils sont supprimés rapidement par les équipes de modération, ils peuvent ne
jamais disparaître d'Internet. La vidéo des otages enlevés au Cameroun par
exemple, a, depuis sa publication, été reprise par des dizaines de comptes
YouTube.

Comment, alors, lutter
contre cette propagande sur les médias sociaux ? Selon Abdelasiem El Difraoui, cette
lutte peut passer par une décrédibilisation des messages portés par les
djihadistes, basée elle aussi sur les outils des médias sociaux (vidéos, etc.)
: