Vaccination contre la grippe : les Français toujours aussi méfiants

La campagne contre la grippe saisonnière a débuté le mercredi 9 octobre, mais le sujet continue de diviser les Français. Résultat : seule une minorité d'entre eux a l'intention de se faire vacciner.

Un vaccin contre la grippe, à l'Institut Pasteur de Lille (Nord), le 11 octobre 2013.
Un vaccin contre la grippe, à l'Institut Pasteur de Lille (Nord), le 11 octobre 2013. (DENIS CHARLET / AFP)

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La vaccination contre la grippe, c'est parti. Mercredi 9 octobre a débuté la campagne nationale, qui se déroulera jusqu’au 31 janvier 2014. Chaque année, des millions de Français sont touchés par la grippe. Le plus souvent sans complications, mais l'épidémie a tout de même été la cause directe de 153 décès en 2012-2013, et a également atteint gravement, la même année, 818 patients qui ont dû être admis en service de réanimation, selon les chiffres de l’Institut national de veille sanitaire.  

Alors, faut-il se faire vacciner ? “Le vaccin grippal demeure un moyen sûr, et le moyen le plus efficace, pour prévenir la maladie et protéger les populations les plus vulnérables”, affirme le site du ministère de la Santé. De plus, la sécurité sociale prend en charge 100% du vaccin pour les populations dite “à risque” (les personnes âgées de plus de 65 ans, obèses ou atteintes de diverses maladies chroniques, les femmes enceintes). 

Plus de 7 Français sur 10 rétifs à la vaccination

Pourtant, les intentions de vaccination sont en baisse. Selon un sondage Ifop-PHR publié mercredi 9 octobre et réalisé en début de mois par questionnaire en ligne auprès de 1 000 adultes, seuls 28% des Français de 18 ans et plus comptent se faire vacciner cette année. Ils représentaient 34% de la population l’an dernier. Un autre sondage réalisé par l'institut BVA pour le compte de l'assurance-maladie détaille les raisons invoquées. Un Français sur deux pense que le vaccin peut donner la grippe, un sur trois que la grippe peut être soignée facilement grâce aux antibiotiques et un sur cinq qu'il est plus dangereux de se faire vacciner que d'avoir la grippe.

Les personnes “à risque” semblent, elles aussi, douter de plus en plus du vaccin. Leur taux de couverture vaccinale est passé de 60,2% en 2009 – juste avant la campagne de vaccination controversée contre la pandémie A(H1N1) – à 50,1% l'an dernier, selon des chiffres rendus publics mercredi 9 octobre. 

Des associations opposées au vaccin

“D’une façon générale, on constate une baisse des envies de se faire vacciner", témoigne Joël Lajus, président de l’association Liberté information santé (Alis), qui œuvre à la diffusion de l’information concernant les vaccins et réclame l’abrogation des textes rendant obligatoires certains d’entre eux. "Cela concerne particulièrement le vaccin contre la grippe. Peut-être parce que les patients prennent cette vaccination moins au sérieux en raison des maladies qui les ont atteints malgré l’injection."

Les associations opposées au vaccin émettent des doutes sur son efficacité et dénoncent la toxicité de certains composants : aluminium ("un neurotoxique bien connu"), squalène, traces de mercure et de formol, conservateurs etc. La liste est longue, tout comme celle des complications qui pourraient en être les conséquences : troubles neurologiques (syndrome de Guillain-Barré, encéphalomyélite, polyarthrite), problèmes pulmonaires (asthme, pneumonie, bronchite...), troubles gastro-intestinaux (nausées, diarrhées, douleurs abdominales, malaises), fausses couches pour certaines femmes enceintes, etc. 

La désastreuse campagne de 2009 

"Ces maladies sont de l’ordre du rarissime et de l’exceptionnel, répond le Dr Odile Gourichon, médecin généraliste dans le 19e arrondissement de Paris. Je ne dis pas que ça n’existe pas, mais il est très compliqué de faire le lien entre les maladies et les vaccinations." La médecin reconnaît que "toute substance active qui pénètre dans l’organisme peut donner des effets secondaires", mais elle assure n’avoir jamais constaté de pathologies sérieuses déclenchées par une vaccination en trente-cinq ans de pratiques médicales. 

A l’origine de cette baisse de confiance, la campagne de vaccination massive contre le virus H1N1 en 2009 : vaccinations impersonnelles – et donc pas toujours adaptées – dans de grands centres de soin, suspicion de dramatisation de la maladie au profit de laboratoires pharmaceutiques tout-puissants, dépense publique énorme, soixante cas de narcolepsie détectés chez des patients qui s’étaient fait vacciner etc…

"Le bénéfice est largement supérieur au risque"

Pour Odile Gourichon, une chose est certaine, "les vaccins sont faits pour sauver des vies et le bénéfice est largement supérieur au risque". Le président de l’Alis estime, quant à lui, que la vaccination n’est pas la seule solution. "C’est un sujet tabou en France. On ne peut pas y toucher, on ne peut pas non plus la critiquer." Selon lui, le corps humain possède déjà toutes les capacités pour faire face aux agressions extérieures. "Les bactéries sont présentes partout et elles nous sont même utiles. Le problème vient du terrain, c’est-à-dire de la santé de notre organisme dans son ensemble. On doit faire en sorte qu’il soit bien équilibré afin que notre corps puisse lutter contre les agents pathogènes et s'adapter. Pour atteindre et renforcer cet équilibre, une bonne hygiène de vie est nécessaire ; celle-ci va fortifier notre potentiel santé." Ses recommandations : soigner son alimentation, gérer ses émotions, éviter le stress, équilibrer son temps entre activité et repos. 

Afin d’enrayer la baisse d’intentions de vaccination, le ministère de la Santé lancera cette semaine à la radio, dans la presse et sur internet, une campagne de communication intitulée "La grippe ce n'est pas rien. Alors je fais le vaccin". Elle se prolongera jusqu'au 15 novembre et sera notamment axée sur des spots radios de 30 secondes qui seront diffusés six à huit fois par jour. Les professionnels de santé sont, comme les années précédentes, invités à se faire vacciner et à sensibiliser leurs patients sur les enjeux de la vaccination. En 2009, plus d'un médecin sur trois avait refusé la vaccination et seuls 5,7 millions de Français s'étaient fait vacciner.