Trois questions sur la suspension du laboratoire antidopage français

Le laboratoire de l'Agence française de lutte contre le dopage, situé à Châtenay-Malabry, a été suspendu par l'Agence mondiale antidopage, en raison d'échantillons contaminés.

Les échantillons prélevés par l\'Agence française de lutte contre le dopage devront être analysés à l\'étranger jusqu\'à nouvel ordre.
Les échantillons prélevés par l'Agence française de lutte contre le dopage devront être analysés à l'étranger jusqu'à nouvel ordre. (FRANCK FIFE / AFP)
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C'est un coup dur pour la lutte antidopage française. Le laboratoire de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), unique lieu de contrôle de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), a été suspendu dimanche par l'Agence mondiale antidopage, qui l'a annoncé mardi 26 septembre. Le matériel du laboratoire a en effet été contaminé par des échantillons prélevés sur des bodybuilders (très) chargés en stéroïdes. Franceinfo revient sur cette suspension en trois questions.

1Pourquoi le laboratoire est-il suspendu ?

Au printemps 2017, des échantillons sont déclarés positifs aux stéroïdes sur deux sportifs qui n'ont pourtant pas pris d'anabolisants. L'un d'eux demande une contre-expertise. C'est là que le laboratoire comprend, le 25 août, que les échantillons en question ont été contaminés, raconte Le Monde.

Selon l'AFLD, la contamination provient d'autres échantillons, prélevés sur des bodybuilders, qui ont laissé des traces sur le bras robotique d'une machine, malgré un rinçage. Cette traces ont ensuite pollué les échantillons suivants. "C'est un robot qui traite les échantillons à la chaîne, et entre chaque intervention, l'instrument est rincé, explique l'agence. Des milliers d'échantillons passent par ce robot, il n'y a jamais eu de problème, simplement cette fois-ci, le rinçage n'a pas réussi à débarrasser l'instrument du produit, tellement il était concentré."

Mathieu Teoran, secrétaire général de l'AFLD, explique que la concentration en stéroïdes dans les échantillons des culturistes devait être jusqu'à 200 fois supérieure à un contrôle positif classique.

L'AFLD notifie alors le problème auprès de l'Agence mondiale antidopage (AMA) le 28 août, et attend d'être fixée sur son sort. Le couperet tombe dimanche 24 septembre. Jusqu'à nouvel ordre, l'AFLD, qui a traité environ 13 500 échantillons en 2016, ne peut plus pratiquer de contrôles urinaires ou sanguins. 

Une "sanction extrêmement lourde pour un incident tout à fait circonscrit, tout à fait conjoncturel", déplore Dominique Laurent, la nouvelle présidente de l'AFLD, qui se dit "extrêmement peinée, choquée, attristée et préoccupée pour l'avenir du laboratoire".

2Quelles sont les conséquences pour le labo ?

D'abord, l'AFLD va devoir s'organiser pour maintenir ses activités. Elle peut poursuivre les prélèvements mais les échantillons seront analysés à l'étranger, dans l'un des autres labos accrédités par l'AMA.

Mais c'est surtout un coup dur porté à sa réputation. En pointe dans la lutte contre le dopage dans les années 1990 et 2000, le laboratoire de Châtenay-Malabry avait acquis ses lettres de noblesse en participant aux grandes batailles de l'antidopage contre les cyclistes Lance Armstrong ou Floyd Landis. Il est aussi reconnu pour avoir mis au point le premier test contre l'EPO.

Une telle mesure de suspension n'est pas rarissime, mais elle intervient dans un mauvais timing, deux semaines après la désignation de Paris comme ville hôte des Jeux olympiques 2024. Alors que les JO de Pékin 2008, Londres 2012, Sotchi 2014 et Rio 2016 ont été émaillés de cas positifs, l'avenir de la lutte antidopage doit être une priorité pour le comité d'organisation.

3Le manque de moyens est-il en cause ?

Dans ce cas précis, pas forcément. Mais cet incident remet en lumière la question des ressources allouées à l’AFLD. Fin 2016, l'agence avait annoncé qu'elle devrait réduire ses contrôles de 20% pour 2017, faute de moyens. L'ex-ministre des Sports, Valérie Fourneyron, avait démenti une baisse de budget et recommandé de diversifier les ressources, en augmentant la participation des droits télé. Actuellement, "90% des subventions de l'Agence française de lutte contre le dopage proviennent du budget de l'Etat", avait rappelé l'ancienne ministre. Dans son rapport d'activité 2016, l'agence souligne qu'elle "a dû faire face à une forte tâche dans un contexte budgétaire très contraint".

A cela s'ajoute l'instabilité à la tête du laboratoire, depuis la mort de Jacques de Ceaurriz en 2010. Après le départ en retraite de sa successeure, Françoise Lasne, fin 2014, deux autres scientifiques se sont succédé à la tête du labo, avant l'arrivée fin 2016 du professeur Michel Audran, l'un des meilleurs experts du dopage sanguin. Ces turbulences n'ont pas empêché Châtenay d'être à l'origine de la première détection mondiale d'un stimulant de l'EPO en 2015, le FG-4592, puis d'un cas d'hormone de croissance sur une course cycliste en Guadeloupe en 2016.

Au niveau mondial, l'AMA chercherait aussi à réduire ses dépenses. Au cours des deux dernières années, 10 des 32 laboratoires accrédités ont été suspendus à un moment ou à un autre, recense Le Monde. En 2016, l'institution mondiale était dotée d'un budget de 28,3 millions de dollars, soit 24 millions d'euros... l'équivalent du budget d'un club de Top 14.