Vaccin contre la grippe : ce que nous apprennent les décès dans une maison de retraite lyonnaise

Entre le 23 décembre et le 7 janvier, treize résidents d’une maison de retraite lyonnaise dans laquelle la couverture vaccinale était faible sont décédés de la grippe, parmi lesquels six vaccinés. L’efficacité du vaccin étant inférieure chez les personnes âgées, la vaccination de l’ensemble des résidents, des proches et du personnel apparaît indispensable pour éviter la propagation du virus.

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Une lecture trop rapide de l’information peut étonner : treize résidents d’une maison de retraite, dont six vaccinés, sont décédés de la grippe. Cela signifie-t-il que le vaccin est inefficace ? Non, et paradoxalement, ce triste évènement démontre l’inverse.

Comme la précisé le ministère de la Santé ce 7 janvier, l’établissement concerné présentait un taux de vaccination de 46% – un niveau extrêmement bas comparé à la moyenne nationale, à 80%. Or, pour limiter la propagation d’une épidémie, il suffit en théorie que suffisamment de monde soit vacciné : quand bien même l’efficacité du vaccin ne serait pas de 100% (un tel taux est extrêmement rare), les vaccinés ont une probabilité moindre de contaminer une personne saine. Dans un communiqué diffusé le 8 décembre, la Direction générale de la santé rappelle qu’un objectif de vaccination "d’au moins 75% des résidents" est fortement recommandé.

Un défaut de couverture vaccinale, mais pas seulement

L’efficacité d’un vaccin dépend de nombreux facteurs, propres au virus (voir encadré), propres au vaccin (adéquation de la formulation avec les souches de virus en circulation), mais aussi propres aux patients. Les études épidémiologiques démontrent que, chez les personnes très âgées [1], la probabilité de contracter le virus est bel et bien inférieure chez les vaccinés, comparés aux non vaccinés. Toutefois, cette diminution du risque est faible [2]. C’est donc sur les épaules d’individus plus jeunes, susceptibles d’entrer en contact avec les personnes âgées, que repose la responsabilité d’une couverture vaccinale efficace.

Les chiffres dramatiques annoncés ce début janvier concernant l’établissement de Lyon sont à mettre en perspective avec la rareté des décès dans les EHPAD [3] où la couverture vaccinale est bien meilleure. Pour analyser correctement cette information, il serait important de connaître le taux de vaccination du personnel et le taux de vaccination des proches, dans cet établissement et différents autres sites comparables.

Des victimes particulièrement âgées

L’EHPAD de Lyon justifie sa faible couverture vaccinale par une épidémie grippale trop précoce, ainsi que par la fragilité des résidents – puisqu’il est déconseillé de réaliser l’injection vaccinale chez des personnes trop faibles. "Pour pouvoir être vacciné, il ne faut pas présenter de syndromes infectieux et accepter la vaccination, ce qui n'est pas le cas de tous les résidents", a expliqué le Dr Émilie Arabian, le médecin coordonnateur de l’établissement, cité par l’Agence France Presse.

Selon la même source, les résidents grippés ont été rapidement confinés dans leurs chambres, et le personnel a observé un protocole de port de masque et de lavage des mains avec une solution hydroalcoolique. Une quarantaine de personnes considérées comme malades seraient encore en isolement, cette mesure devant être levée "sept jours après la fin des symptômes des personnes grippées"

Allodocteurs.fr


[1] Dans l’établissement  lyonnais, l’âge moyen des personnes décédées était de 91 ans, a précisé l’établissement ce 8 janvier.

[2] Le Dr Levy-Bruhl, responsable de l'unité infections respiratoires et vaccination à Santé Publique France, a déclaré à l’AFP que l’estimation de l'efficacité de la vaccination des sujets âgés, en terme de prévention des décès, est de 35%.

[3] Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes.