Le dosage de la testostérone chez les sportives est-il justifié ?

En 2014, la sprinteuse Dutee Chand a été disqualifiée car considéré "trop masculine". Du moins d'après son taux de testostérone sanguin. Un critère humiliant et discriminatoire pour beaucoup d'athlètes, qui sont soumises depuis des années à des tests de féminité. 

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Dutee Chand est interdite de compétition sportive en 2014, car la fédération d'athlétisme la jugeait "trop masculine", "pas assez femme". Des conclusions établies sur l'unique base d'un dosage du taux de testostérone dans le sang de la sprinteuse. Pourtant, la testostérone à elle seule ne peut être considérée comme un marqueur de féminité ou de virilité. A l'annonce de la sanction, la championne indienne des moins de 18 ans au 100 mètres, s'est dite "humiliée". D'autant plus qu'elle soutient n'avoir pris aucun traitement…

A 18 ans, Dutee Chand décide donc de se battre contre les discriminations subies par les athlètes féminines. Un combat gagné le 28 juillet 2015. Le tribunal arbitral du sport (TAS) décide de réhabiliter la sportive, jugeant que son taux de testostérone n'était pas un motif suffisant. Le tribunal demande d'ailleurs à la Fédération internationale d'athlétisme d'apporter les preuves scientifiques démontrant l'impact de la testostérone naturellement présente chez les femmes sur les performances sportives.

La testostérone, une hormone masculine ?

Le dosage de la testostérone est un test fréquent chez les sportives de haut niveau. Il a été introduit en 2009, suite à l'affaire Caster Semenya. Cette athlète sud-africaine avait à l'époque été accusée par la fédération d'être un homme, au vu de sa carrure masculine. Privée de son titre mondial sur 800 mètres, elle a elle aussi été réhabilitée, faute de preuve tangibles.

Cette technique part du principe que la testostérone, hormone masculine par excellence, favoriserait les sportives féminines, en leur permettant par exemple d'augmenter plus facilement leur masse musculaire (voir encadré). Ainsi, une femme avec un taux élevé de testostérone aurait plus de chance de gagner. 

Or, hommes et femmes produisent naturellement de la testostérone, mais en quantité différente. Sécrétée par les testicules, elle peut aussi être libérée par les glandes surrénales et les ovaires chez les femmes. A cause d'un défaut de fonctionnement de l'une de ces structures, les femmes peuvent naturellement sécréter "trop" de testostérone. Elles sont alors hyperandrogènes, comme Dutee Chand.

Pourquoi une femme peut-elle avoir un taux élevé de testostérone ?

L'hyperandrogénie serait-elle alors une sorte de triche naturelle pour les sportives ? Pas vraiment, car aucun lien n'a pour l'instant été clairement démontré entre taux élevé de testostérone et performances sportives. Les athlètes féminines jugent ce test totalement arbitraire et discriminatoire, puisqu'elles ne choisissent pas leur taux naturel de testostérone. Exclure une sportive car elle n'a pas les mêmes constantes biologiques que d'autres résulte donc d'une forme de discrimination.

Sans compter qu'un taux élevé de testostérone peut être le révélateur de maladies sous-jacentes, comme le syndrome des ovaires polykystiques. Cet maladie peut entraîner un dérèglement des règles, une prise de poids, de l'acné, une pilosité excessive, l'infertilité, une perte de cheveux et même une hypertrophie du clitoris. D'autres pathologies, qui affectent notamment les ovaires et les glandes surrénales (cancer par exemple), peuvent être à l'origine d'un taux élevé de testostérone.

Les tests de féminité, un passage obligatoire depuis longtemps pour les sportives

Dans le sport, la police de la féminité n'en est malheureusement pas à son coup d'essai… De tout temps, les femmes aux performances physiques impressionnantes ont suscité interrogations et doutes. Les premiers tests de féminité auraient une origine antique, quand pendant des jeux olympiques grecs, la mère d'un des athlètes se serait déguisée en homme pour assister à la compétition. A l'époque, les femmes étaient interdites de jeux : les hommes concouraient nus.

A partir de 1946, les candidates à des compétitions sportives sont priées de présenter un certificat médical attestant de leur féminité. Un papier valable à vie… Puis vingt ans plus tard, les sportives doivent défiler nues devant des gynécologues invités à inspecter et "vérifier" leurs parties génitales. En 1968, un examen de féminité moins intrusif fait sont apparition sur les terrains : le test génétique. Introduit par le comité olympique, il perdurera pendant plus de 30 ans.

Humiliation, discrimination et mutilation

Dans les années 1990, médecins, sportifs, spécialistes de l'éthique génétique commencent à protester contre ces tests, qu'ils considèrent encore une fois discriminatoires. Dans les années 2000, ils seront finalement abandonnés, sauf "en cas de doute" précise la Fédération internationale d'athlétisme.

Nombreuses sont les sportives qui évoquent le traumatisme psychologique de ce genre de tests, qui remettent en cause à la fois leur identité et leurs capacités sportives. Pour éviter tout soupçon, quelques athlètes souffrant d'hypertrophie clitoridienne sont même allées jusqu'à se faire retirer une partie du clitoris, selon un article de Libération, daté de 2014.

Dutee Chand s'est quant à elle fait proposer un traitement hormonal pour faire baisser son taux de testostérone. Proposition qu'elle a refusée, ne se sentant "pas malade" et expliquant qu'elle était "née comme ça". A l'annonce de sa réhabilitation, la championne indienne s'est dite "ressuscitée". Désormais, elle ne se fixe qu'un objectif : se qualifier pour les jeux olympiques de 2016.