Quatre questions sur l'épidémie du virus Zika, arrivé aux Antilles françaises

La Martinique, touchée par ce virus transmis par les moustiques, a été placée, jeudi, au niveau 3 du programme de surveillance, d'alerte et de gestion des épidémies.

Un moustique porteur des virus de la dengue, de la fièvre jaune et du chikungunya, qui peut aussi transmettre le virus Zika.
Un moustique porteur des virus de la dengue, de la fièvre jaune et du chikungunya, qui peut aussi transmettre le virus Zika. (ROGER ERITJA / BIOSPHOTO / AFP)
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Alerte en Martinique. Le département d'Outre-Mer est touché par l'épidémie de Zika, un virus transmis par les moustiques. Il a été placé, jeudi 21 janvier, au niveau 3 du programme de surveillance, d'alerte et de gestion des épidémies qui mesure, en 5 étapes, l'évolution de la maladie.

Ce passage au niveau 3, le stade pré-épidémique, a été décidé mercredi sur les recommandations d'un comité d'experts. Cela signifie qu'une "cellule de gestion", "sous la présidence du préfet" doit "se réunir toutes les semaines, et plus s'il en est besoin, pour coordonner les actions à mener". "Des actions de pulvérisations et de destructions de gîtes larvaires vont être organisées", explique la préfecture.

Après les épidémies de dengue et du chikungunya, doit-on s'inquiéter ? Francetv info vous en dit plus sur ce virus.

1Qu'est-ce que ce virus ?

Le virus Zika a été repéré pour la première fois en Ouganda, en 1947, chez un singe. Il tire son nom d'une forêt située au sud de Kampala, capitale du pays, comme le rappelle Allô docteurs. Le premier cas humain de virus Zika a été rapporté en 1968, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Ce virus est transmis par une piqûre de moustique de type Aedes, dit moustique tigre, également porteur des virus de la dengue, de la fièvre jaune et du chikungunya. Il n'existe pas de traitement curatif ni de vaccin contre cette maladie, seuls les symptômes peuvent être traités. Les insectes piquent une personne malade, se chargent en virus et infectent ensuite les personnes saines. Les malades doivent donc éviter de se faire piquer pour stopper le cycle de transmission de la maladie.

2Quels sont les risques pour la santé si on l'attrape ?

Pour l'heure, aucun cas de mort par virus Zika dans le monde n'a été répertorié par l'organisme américain de surveillance et prévention des maladies (CDC). La grande majorité des personnes ne savent pas qu'elles sont infectées : 80% des cas sont asymptomatiques. 

Car les symptômes sont souvent proches de ceux de la grippe (fièvre, maux de tête, courbatures) avec des éruptions cutanées, et se manifestent dans les trois à douze jours qui suivent la piqûre de moustique. Le virus peut aussi se manifester par une conjonctivite ou par une douleur derrière les yeux, ainsi que par un œdème des mains ou des pieds.

Toutefois, il peut entraîner des complications neurologiques de type syndrome de Guillain-Barré, maladie auto-immune qui se traduit par une faiblesse progressive des membres. Ces complications ont été repérées au Brésil et en Polynésie française. 

Chez les femmes enceintes, le virus peut être transmis au fœtus et entraîner des malformations congénitales ou la mort. Des microcéphalies, anomalie de croissance de la boîte crânienne, ont d'ores et déjà été observées chez des fœtus et des nouveau-nés de mères enceintes dans les pays où le virus sévit.

3Quels sont les pays touchés ?

En Amérique latine, l'épidémie actuelle a débuté au Brésil, avec la confirmation des premiers cas en mai 2015. Le nombre de naissances de bébés atteints de microcéphalie continue de croître au Brésil. Il est passé de 3 530 cas signalés le 6 janvier à 3 893 dix jours plus tard, selon le ministre de la Santé du pays. Le lien avec le virus est probable.

L'épidémie s'est depuis étendue. Huit pays supplémentaires, du Mexique au Paraguay, sont concernés. Les experts médicaux ne peuvent expliquer pourquoi le virus Zika, inconnu sur le continent américain jusqu'à l'année dernière, se propage si rapidement au Brésil et dans les pays voisins.

Après le Brésil, c'est la Colombie qui est le pays le plus affecté. Au 15 janvier, le pays avait répertorié 10 837 cas confirmés de virus du Zika et 1 918 cas suspects. A ce jour, 106 enfants sont nés en Colombie de mères contaminées, dont 30 souffrant d'altérations neurologiques. Au point que le gouvernement de Bogota conseille très sérieusement aux femmes d'éviter de tomber enceinte dans les six à huit mois à venir. "Nous nous attendons à une évolution similaire au virus du chikungunya l'an dernier, avec entre 600 000 et 700 000 cas dans l'année", évalue le ministre de la Santé de Colombie.

Les Etats-Unis ont annoncé, mercredi, avoir enregistré trois cas en Floride chez des personnes qui ont récemment voyagé en Amérique latine. Le pays appelle les femmes enceintes à éviter de se rendre dans dans 14 pays et territoires d'Amérique latine et des Caraïbes touchés par le virus Zika.

4Le virus peut-il arriver en France métropolitaine ?

Après la Martinique, deux premiers cas d'infection par le virus Zika ont été enregistrés en Guadeloupe et à Saint-Martin, a annoncé, samedi, de l'Agence régionale de santé. Ces cas sont "qualifiés d'autochtones (contractés sur place) puisqu'aucune de ces personnes n'a voyagé dans les quinze jours précédant le début des signes", a-t-elle précisé. Pour l'instant, aucun cas de virus Zika n'a été signalé en métropole.

Néanmoins, le risque de le voir débarquer existe. "L'été prochain, avec la multiplication de voyages vers la métropole en période de vacances, imaginons qu’une personne porteuse du virus arrive dans le sud de la France. Elle peut être piquée par un moustique tigre. Mais en piquant sa victime, le moustique serait lui-même contaminé et pourrait transmettre le virus aux personnes qu'il piquera par la suite", explique Anna-Bella Failloux, entomologiste et chercheuse à l’Institut Pasteur, interrogée par 20 Minutes.

Car le moustique tigre est bien implanté en métropole : il est actif dans une vingtaine de départements du sud de la France. La période concernée, de mai à novembre, correspond aux plus fortes chaleurs de l’année, quand les larves peuvent se développer. Pour les autorités, il sera donc essentiel de contrôler les flux de passagers en provenance des zones contaminées, suivant un protocole déjà rodé.