Déserts médicaux : "Les jeunes ne connaissent pas la gestion d'un cabinet et ça leur fait peur"

Philippe Vermesch, président du syndicat des médecins libéraux, a indiqué, jeudi sur franceinfo, que l'"on a détourné les jeunes de l'exercice libéral" en mettant en avant la médecine hospitalière.

Un médecin pendant une consultation à Coray (Finistère), le 11 mars 2016.
Un médecin pendant une consultation à Coray (Finistère), le 11 mars 2016. (MAXPPP)
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

"On a préféré, notamment sous le dernier quinquennat, mettre en avant la médecine hospitalière et on a détourné les jeunes de l'exercice libéral", a estimé, jeudi 12 octobre sur franceinfo, le docteur Philippe Vermesch, président du syndicat des médecins libéraux. Une étude, publiée jeudi et réalisée par le Conseil de l'ordre des médecins, démontre que la forte augmentation des médecins étrangers en France empêche une diminution du nombre de généralistes, malgré les mesures incitatives prises pour attirer les médecins français en région. Le gouvernement doit annoncer, vendredi, un plan de lutte contre les déserts médicaux.

franceinfo : Pourquoi, alors que l'État proposait des aides, les politique d'incitation pour aller s'installer en zone rurale n'ont pas fonctionné ?

Philippe Vermesch : On n'a jamais eu autant de médecins en France. Il y en a environ 214 000. Pourtant, les gens dans certaines régions peinent à trouver des médecins traitants, car ils sont surchargés de travail administratif. Ils demandent du temps médical. Ils estiment, à peu près, à 50% le temps administratif pendant lequel ils ne soignent pas les gens. Quand ça se passe dans des territoires ruraux en manque d'attractivité, ils ont besoin de temps médical pour soigner la population. Aujourd'hui, on a des zones où il est très difficile de trouver un médecin traitant, car ceux sur place sont tellement surchargés qu'ils refusent [les nouveaux patients]. En plus, la population française vieillissant, les cas à traiter sont de plus en plus complexes et demandent de plus en plus de temps et de compétence. Les jeunes qui s'installent aujourd'hui, contrairement à leurs aînés, aspirent à une qualité de vie et à moins travailler. C'est un changement de paradigme.

Qu'est-ce qui fait peur aux jeunes médecins, finalement ?

Le problème remonte à très loin. On a préféré, notamment sous le dernier quinquennat, mettre en avant la médecine hospitalière. On a détourné les jeunes de l'exercice libéral. Aujourd'hui, ce qui revient en permanence est le temps médical. Ils sont tous demandeurs de temps médical ! Il y aurait 15% de ces jeunes gens qui sortent qui s'installeraient dans un milieu rural. Dans les milieux ruraux, on a un rapport avec les patients beaucoup plus proche que dans les villes et c'est une médecine gratifiante. Le problème est que ces jeunes gens ne connaissent pas la gestion d'un cabinet et tout ça leur fait peur. Ils ont été à l'hôpital entre 9 et 12 ans pour leurs études et ils ont été au contact de médecins hospitaliers qui ne leur ont pas appris la médecine libérale. 

Faut-il revoir le numerus clausus ?

C'est un problème qu'il faut anticiper. On est au creux de la vague. On a 5 ou 6 ans difficiles devant nous. Ensuite la courbe démographique remonte progressivement jusqu'à 2030 et nous aurons beaucoup plus de médecins en activité. [Augmenter le numerus clausus n'est pas l'urgence], d'autant que nous avons 25% de médecins étrangers qui rentrent en France. Donc aujourd'hui, 10% des médecins qui travaillent en France sont étrangers.