Pourquoi les 15-30 ans risquent de devenir durs d'oreille

Selon une étude Ipsos publiée à l'occasion de la Semaine du son, 10% des jeunes ne baissent jamais le volume de leur casque audio, et les trois quarts ont déjà subi des bourdonnements ou des sifflements dans les oreilles.

D\'après une enquête Ipsos, 89% des 15-30 ans sont de grands adeptes de la musique écoutée au casque audio, en particulier avant d\'aller se coucher.
D'après une enquête Ipsos, 89% des 15-30 ans sont de grands adeptes de la musique écoutée au casque audio, en particulier avant d'aller se coucher. (ONOKY / BROOKE AUCHINCLOSS / BRAND X / GETTY IMAGES)
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Violaine JaussentFrance Télévisions

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"Heeeinnn ?" "Qu'est-ce que tu diiiss ?" Ecouter de la musique fort et pendant longtemps peut entraîner des dommages irréversibles. C'est pourtant ce que font une majorité de jeunes âgés entre 15 et 30 ans, selon une étude Ipsos publiée à l'occasion de la Semaine du son, organisée du 19 janvier au 8 février. 

D'après cette enquête, 89% des 15-30 ans sont de grands adeptes de la musique écoutée avec un casque audio ou des écouteurs, en particulier avant d'aller se coucher (61%). Plus inquiétant, 10% d'entre eux ne baissent jamais le volume. Et les trois quarts ont déjà subi des bourdonnements ou des sifflements dans les oreilles. Mais au-delà du casque audio, la génération Y est exposée à d'autres bruits potentiellement dangereux pour la santé. Conséquence : "On prépare des générations de sourds", selon le Dr Alain Londero, ORL à l'hôpital Georges-Pompidou, à Paris, qui a participé à l'étude. Francetv info vous explique pourquoi.

Parce que les pouvoirs publics mettent du temps à prendre conscience du problème

Les seuils de dangerosité pour l'oreille dépendent du niveau sonore mesuré en décibels (dBA) et de la durée d'exposition. Ainsi, les risques auditifs apparaissent lorsqu'une exposition à 80 dBA dure plus de huit heures, ou quatre heures à plus de 88 dBA, ou deux heures à plus de 91 dBA, et ainsi de suite. Depuis un décret de 1998, on ne doit pas dépasser les 105 dBA de moyenne lors d'un spectacle ou dans une discothèque. "En dessous de 80 dBA, on ne risque rien", souligne Yves Cazals, directeur de recherches sur la surdité et les acouphènes à l'Inserm, contacté par francetv info.

80 dBA, c'est déjà le bruit ambiant à l'intérieur d'une brasserie, ou celui produit par une vieille voiture qui roule. Mais comment savoir si la musique que l'on écoute dépasse ce niveau sonore ? Sans avertissement, c'est difficile. Les pouvoirs publics en prennent peu à peu conscience, mais les mesures peinent à se mettre en place. Ainsi, le Haut conseil de la santé publique a chargé, entre 2010 et 2012, Yves Cazals et d'autres chercheurs d'établir un rapport sur les dangers des niveaux sonores excessifs et les mesures à prendre pour s'en protéger.

Ce rapport (en PDF), rendu en septembre 2013, préconise notamment l'affichage du niveau sonore et la distribution de bouchons de protection dans les cinémas ou lors de concerts. Cette dernière pratique s'est popularisée depuis deux ans, mais n'est pas encore systématique. "Une petite lumière sur son MP3 lorsqu'on dépasse le niveau sonore autorisé serait la bienvenue", suggère aussi Yves Cazals. Et selon Le Parisien, le ministère de la Santé commence tout juste à réfléchir à l'interdiction des concerts de musique amplifiée pour les enfants de moins de 6 ans.

Parce que les dommages sont définitifs

"Surdité et acouphènes apparaissent de manière insidieuse. Par exemple, on peut aller en discothèque, entendre des bourdonnements le soir, mais plus aucun bourdonnement le lendemain matin. Puis les acouphènes continuent à apparaître et tout doucement, s'accumulent des surdités imperceptibles", décrit Yves Cazals.

Et souvent, les dommages sont irréversibles. "Le système auditif est un système extrêmement fragile, qui s'abîme facilement à la suite d'un traumatisme sonore. On n'a pas aujourd'hui de technique médicamenteuse qui permet au système de retrouver son état initial", constate le Dr Alain Londero, interrogé par l'Agence France-Presse.

Distorsion de la perception sonore, hypersensibilité au bruit, sifflement ou bourdonnement dans l'une ou l'autre des oreilles, sensation de mal entendre lorsque quelqu'un parle, en particulier dans les ambiances bruyantes : ensuite, les symptômes se multiplient. Et quand l'oreille est traumatisée, peu importe l'âge. "Si on commence à abîmer son système auditif à 18 ans, quand on aura 80-85-90 ans, on aura – en plus – le vieillissement naturel !" explique le Dr Alain Londero.

Parce que nous sommes inégaux face au bruit

"Ecouter de la musique peut rendre sourd(e), c'est certain. Après, la question, c'est : combien de temps, à quel niveau, avec quel niveau maximum d'exposition, est-ce qu'il y a des temps de repos, est-ce qu'on a les gènes qui permettent de résister à ça ? Car on n'est pas tous égaux devant l'exposition sonore", poursuit le Dr Alain Londero.

En boîte de nuit, si la musique est forte, 10% des personnes présentes auront un problème, pas les autres, estime Yves Cazals. "Nous sommes très inégaux face au bruit. Mais on ne sait pas pourquoi. Ainsi, 10% de la population se met en danger sans le savoir", explique-t-il à francetv info.

Puisqu'il est quasi-impossible d'anticiper les problèmes de surdité et les acouphènes, autant faire de la prévention. C'est ce qui s'est produit pour les salariés exposés au bruit dans leur entreprise. Le Code du travail impose à l'employeur de prévenir les risques. Par exemple, des bouchons de protection doivent être mis à disposition, et les constructeurs doivent déclarer les émissions sonores des machines. Quand les normes imposées sont respectées, les problèmes de surdité et d'acouphènes diminuent. "Avertir la population des risques, c'est le minimum qu'on puisse faire", commente Yves Cazals. Ensuite, à chacun d'adapter son comportement.