La Guyane : le plus grand désert médical de France

Le collectif syndical guyanais, qui a appelé à un mouvement de "grève générale illimitée" à partir du 27 mars, exige des réponses concrètes du gouvernement en matière d'éducation, de développement économique mais également de santé.

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Le département de la Guyane française entre dans une période de crise. Une inter-syndicale a appelé à la grève illimitée le 27 mars pour revendiquer la nécessité de changements profonds dans les politiques économiques et sociales mais aussi en santé. La situation sanitaire est catastrophique en Guyane : manque de professionnels de santé, maladies infectieuses, problème d'eau courante, les Guyanais réclament des mesures sérieuses.

Une offre de soins insuffisante

Selon une enquête Statiss (Statistiques et indicateurs de la santé et du social), les chiffres des professionnels de santé libéraux ou mixtes, en exercice au 1er janvier 2016, sont de 55 médecins généralistes pour 100.000 habitants en Guyane contre 104 en métropole, 27 médecins spécialistes contre 94 en métropole, 28 chirurgiens dentistes contre 57 en France métropolitaine, 134 infirmiers en Guyane contre 174 dans l'Hexagone et 47 kinésithérapeutes contre 104. Au total, la Guyane française compte 244.118 habitants (source Insee au 1er janvier 2013).

D'après une étude de l'Insee parue en 2014 "le temps théorique moyen d’accès aux structures hospitalières en Guyane n'est que de 16 minutes pour les communes du littoral. Ce temps place la Guyane juste derrière le temps de France métropolitaine qui est de 15 minutes. Plus de la moitié de la population guyanaise réside dans les lieux d'implantation des différents centres hospitaliers : Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni". Ainsi, de fortes disparités existent entre les communes. Les habitants de Saint-Georges-de-l’Oyapock par exemple se trouvent à plus de deux heures de route du premier centre hospitalier.


Extrait du In Vivo "Urgences à Cayenne" diffusé du 23 au 27 janvier 2017

Au total, le département de Guyane comporte deux centres hospitaliers publics, trois établissements de soins de courte durée secteur privé ou ESPIC, trois établissements de soins de suite et réadaptation, six autres établissements privés et quatre maternités.

La mortalité est plus précoce en Guyane

D'après le rapport d’activité 2015 de l’Agence régionale de santé de Guyane, "la population guyanaise est peu diplômée et vit dans une grande précarité : un Guyanais sur cinq parmi les 16-65 ans est en situation d'illettrisme, plus d'un Guyanais actif sur cinq est au chômage, et 26% de la population est couverte par le revenu de solidarité active. Enfin, un logement sur dix n'a pas accès à l'eau courante".

L’ARS de Guyane ajoute que "la mortalité est plus précoce en Guyane que dans l'Hexagone et" ils notent "une surreprésentation de certaines causes de décès par rapport à la France métropolitaine (mortalité pour causes externes, mortalité infantile (dont près de la moitié s'explique par une mortalité néonatale précoce, mortalité liée au VIH/SIDA)".


Extrait du In Vivo "Urgences à Cayenne" diffusé du 23 au 27 janvier 2017

Les auteurs du rapport indiquent également que "le diabète, l'hypertension, l'insuffisance rénale chronique (IRC) et l'obésité touchent une part croissante de la population, fait d'autant plus inquiétant que les patients touchés par ces pathologies sont jeunes". En outre, "le taux d’incidence du VIH y est le plus élevé de France et les épidémies liées aux vecteurs (dengue, chikungunya, zika) touchent à chacun de leur passage plusieurs milliers de personnes", précise l'agence.

"Le développement de l’offre de soins en Guyane est réel" selon l'institution mais "cela ne suffit pas à rattraper les niveaux de l'Hexagone dans le contexte de forte croissance démographique que connaît la Guyane". Les écarts sont saillants en médecine, en chirurgie et en psychiatrie. Notons que seulement dix-huit établissements hospitaliers sont présents en Guyane. Par conséquent, les Guyanais représentent la population française avec le plus fort taux d'hospitalisations à domicile. "Enfin, les densités médicale et paramédicale sont très faibles comparativement à celles de la métropole, phénomène risquant encore de s’aggraver dans la mesure où un tiers des médecins ont plus de 60 ans", conclut le rapport de l'ARS.