Manque d'antibiotiques : Il faut créer "des laboratoires pharmaceutiques publics" pour les médicaments pas assez rentables

Selon le chef du département pharmacie à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, Alain Astier, "le problème du bon usage (des antibiotiques) est un problème majeur".

Photo d\'illustration de vente d\'un médicament dans une pharmacie. 
Photo d'illustration de vente d'un médicament dans une pharmacie.  (MAXPPP)
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franceinfoRadio France

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Dans un rapport publié mercredi 20 septembre, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte sur le manque d'antibiotiques en développement face à la menace croissante des bactéries qui résistent aux traitements. L'Organisation évoque "une urgence sanitaire mondiale". Le professeur Alain Astier, chef du département pharmacie à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, a affirmé mercredi sur franceinfo qu'il ne fallait pas "dramatiser la situation" et que la résistance des antibiotiques est surtout liée à un "mauvais usage".

Le professeur a dénoncé le peu d'intérêt des laboratoires pharmaceutiques pour les médicaments qui ne sont pas assez rentables et propose la création de "laboratoires pharmaceutiques publics qui pourraient fabriquer des médicaments dont nous aurions vraiment besoin" car on ne peut pas "obliger une multinationale à développer tel ou tel médicament".

franceinfo : Manquons-nous déjà d'antibiotiques ?

Alain Astier : Il ne faut pas trop dramatiser la situation. Le problème de la résistance, ce n'est pas le fait d'avoir de nouveaux antibiotiques, c'est surtout le fait de mieux et moins utiliser les antibiotiques dont nous disposons. La résistance des antibiotiques est induite par un mauvais usage des antibiotiques dont nous disposons, chez nous mais aussi en Afrique. Il a été souligné qu'en Afrique, il y a une augmentation considérable des résistances aux antibiotiques liée à un très mauvais usage. Dans toutes les ordonnances d'un médecin, on prescrit un antibiotique.

Pourtant, on avait réussi à diminuer la prescription dans les années 2000…

Entre 2000 et 2010, on a eu une diminution nette des prescriptions d'antibiotiques en France, de plus de 10%, et maintenant ça repart de près de 5%. C'est un combat de tous les instants. On repart sur des prescriptions inutiles, notamment en médecine de ville. 95% des antibiotiques en France sont prescrits en ville, seulement 5% sont prescrits à l'hôpital. Au moindre rhume, on prescrit des antibiotiques alors que cela ne sert strictement à rien. Le problème du bon usage est un problème majeur.

Y-a-t-il alors un manque d'antibiotiques pour certaines maladies infectieuses ?

C'est un problème majeur pour la tuberculose qui explose dans le monde avec des tuberculoses multi-résistantes, en raison notamment d'une baisse de la vaccination. Moins on vaccine, plus on a des risques de voir émerger des pathologies infectieuses. (...) Il faut avoir un antibiotique en réserve pour lutter contre ces fameuses bactéries résistantes mais en termes de fréquences du nombre de patients c'est très limité (...) Les industriels ne sont pas intéressés. Il faut bien dire les choses.

La balle est-elle dans le camp des laboratoires ?

Les pouvoirs publics peuvent inciter à développer de nouveaux médicaments. Mais l'industrie pharmaceutique a sa vision qui est de maximiser ses profits alors que les pouvoirs publics, ce qui les intéresse, c'est la santé publique en général. Parfois, c'est convergeant, parfois ce n'est pas convergeant. Les pouvoirs publics ne peuvent pas obliger une multinationale à développer tel ou tel médicament. (...) L'idéal serait d'avoir des laboratoires pharmaceutiques publics qui pourraient fabriquer des médicaments dont nous aurions vraiment besoin même s'ils ne sont pas rentables.