Levothyrox : quel est le problème avec les excipients ?

Le changement de formule de ce médicament contre les troubles thyroïdiens, responsable d'effets secondaires, porterait sur ces substances et non sur le principe actif. Explications. 

La nouvelle formule du Levothyrox a été mise en circulation fin mars 2017.
La nouvelle formule du Levothyrox a été mise en circulation fin mars 2017. (MAXPPP)
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La polémique sur le Levothyrox a attiré l'attention sur un composant incontournable des médicaments : les excipients. Ce sont ces substances, et non le principe actif du Levothyrox (la lévothyroxine, une hormone de substitution), qui ont été modifiées pour la nouvelle formule commercialisée par le laboratoire Merck Serono, en mars dernier. A quoi servent-elles ? Sont-elles en cause dans les effets secondaires décrits par des milliers de patients, qui doivent prendre ce médicament car ils sont atteints de troubles thyroïdiens ? Si oui, pourquoi ? Franceinfo fait le tour des questions qui se posent.

Qu'est-ce qu'un excipient ? 

Il s'agit d'une substance sans effet thérapeutique, contrairement au principe actif d'une molécule. Son rôle dans la composition d'un médicament est toutefois essentiel pour faciliter sa conservation ou son administration et pour lui donner un goût ou une couleur. Certains excipients sont inoffensifs, mais d'autres peuvent provoquer des effets secondaires. On les appelle les excipients "à effet notoire". Ils sont répertoriés depuis 2003 par la Commission européenne, dans une liste mise à jour en 2009 et disponible sur le site de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Elle compte 47 substances, qui vont du saccharose à l'huile de sésame en passant par le propylène glycol et l'amidon de blé. Cette liste mentionne le seuil à partir duquel l'excipient peut provoquer un effet secondaire (une réaction allergique, des troubles digestifs, des problèmes cutanés ou respiratoires...)

Quels excipients figurent dans la nouvelle formule du Levothyrox ?

Sur la notice, en plus de la lévothyroxine sodique, le principe actif, figurent les excipients suivants : acide citrique anhydre, amidon de maïs, croscarmellose sel de Na, gélatine, magnésium stéarate et Mannitol. Seuls l'acide citrique anhydre et le Mannitol ont été ajoutés dans la composition de la nouvelle formule.

Comme l'indique l'ANSM dans un formulaire de questions-réponses mis en ligne pour répondre aux inquiétudes, l'acide citrique anhydre est un excipient très répandu dans la composition des médicaments et dans le domaine alimentaire. Il est utilisé en tant que conservateur pour limiter la dégradation de la lévothyroxine au cours du temps et ne figure pas sur la liste des excipients à "effet notoire".  

Le mannitol, lui, a été introduit pour remplacer le lactose, connu pour être mal toléré par un certain nombre de personnes. Au-delà d'un certain seuil (égal ou supérieur à 10 grammes, selon les autorités européennes), le mannitol peut lui aussi provoquer des effets secondaires, à savoir des problèmes digestifs telles que des diarrhées. Mais l'ANSM assure qu'à la dose où il est présent dans les comprimés de Levothyrox, le mannitol est inoffensif. On le trouve par exemple dans des chewing-gums et des bonbons sans sucre.

Peuvent-ils être à l'origine des effets secondaires décrits par certains patients ?

Nous l'avons vu, l'acide citrique anhydre ne provoque pas d'effets secondaires connus. Et le mannitol est sans effet notoire en deçà d'un certain seuil, respecté dans la nouvelle formule. Qui plus est, les diarrhées ne figurent pas dans les principaux symptômes décrits par les patients qui affirment avoir connu des effets secondaires avec la nouvelle formule du Levothyrox. Eux parlent plutôt de crampes, de maux de tête, de fatigue et de troubles dépressifs. 

En réalité, c'est le changement d’excipient lui-même qui a pu modifier la façon dont le corps absorbe le principe actif, la lévothyroxine. "Si l’on change l’excipient, il est possible que le dosage soit modifié de quelques microgrammes", explique Beate Bartès, présidente de l'association Vivre sans la thyroïde, au Figaro.

L'ANSM le concède : "La lévothyroxine est une hormone thyroïdienne de synthèse à marge thérapeutique étroite. Aussi, l'équilibre thyroïdien du patient peut être sensible à de très faibles variations de dose." Quelques microgrammes de plus ou de moins pourraient ainsi suffire à provoquer des symptômes, les hormones thyroïdiennes influençant de nombreuses fonctions du corps humain : production d'énergie, de chaleur, action sur les muscles, le cœur, le tube digestif, les cheveux...

Que faire si cette nouvelle formule provoque des symptômes ? 

L'ANSM recommande de consulter son médecin et de réaliser un contrôle de TSH (hormone stimulant la thyroïde) via une prise de sang. "Si l’organisme ne s’adapte pas tout seul au changement au bout de quelques semaines, il peut être nécessaire d’ajuster les dosages", explique Beate Bartès dans Le Figaro

De son côté, Merck assure que "pour la très grande majorité des 3 millions de patients traités par Levothyrox, la transition entre l'ancienne et la nouvelle formule s'est bien effectuée". Mais l'agence du médicament a pris soin de mettre en place un numéro vert (0 800 97 16 53) pour informer les patients concernés par des difficultés. Jeudi 24 août, 83 000 d'entre avaient signé une pétition pour un retour à l'ancienne formule.