Des médicaments aux risques mal connus : "Je préfère la souffrance aux effets secondaires, et ce n'est pas normal"

A l'occasion de la sortie du livre "Effets secondaires. Le scandale français", des lecteurs de francetv info témoignent des effets secondaires dont ils pensent avoir été vicitimes.

Un livre coécrit par la pneumologue Irène Frachon, le journaliste Jean-Christophe Brisard et l'avocat Antoine Béguin, paru le 10 mars 2016, dénonce le manque d'information sur les effets secondaires des médicaments.
Un livre coécrit par la pneumologue Irène Frachon, le journaliste Jean-Christophe Brisard et l'avocat Antoine Béguin, paru le 10 mars 2016, dénonce le manque d'information sur les effets secondaires des médicaments. (AFP)
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"Le scandale français." Après le scandale du Mediator, dont elle est à l'origine, la pneumologue Irène Frachon veut ouvrir un nouveau débat : celui de ces médicaments toujours vendus en France malgré les effets indésirables dont ils sont soupçonnés. Elle a publié un livre, jeudi 10 mars, Effets secondaires. Le scandale françaisPour trouver des patients victimes des conséquences inattendues de leurs traitements, francetv info a lancé un appel à ses lecteurs. Voici leurs témoignages.

Irène Frachon s'est notamment penchée sur le cas du Deroxat : vendu en France, il peut pourtant provoquer des idées suicidaires à une "fréquence inconnue", explique la notice mise en ligne par l'Agence nationale de sécurité du médicament. Denis, 50 ans, en a fait l'expérience il y a deux ans. Après un épisode dépressif, son médecin lui prescrit cet antidépresseur. "Je n'ai même pas cherché à comprendre, et j'ai pris mon traitement de façon disciplinée", raconte-t-il. Un mois plus tard, il tente de mettre fin à ses jours.

Des soupçons, mais peu de certitudes

A l'époque, ni son généraliste, ni les médecins qui le traitent à l'hôpital ne lui parlent de son traitement comme d'une cause possible de son geste. Hospitalisé, il ne touche plus au Deroxat avant le début de l'année 2016. Cette fois, ce ne sont pas des pensées suicidaires qu'il ressent, mais "un inconfort physique et des troubles du sommeil", qui le poussent à arrêter le médicament. Denis n'a jamais entendu un médecin émettre des doutes sur cet antidépresseur : c'est en lisant les propos d'Irène Frachon, lundi, qu'il s'est demandé si les effets secondaires avaient pu jouer un rôle dans sa tentative de suicide.

Peu de certitudes, mais des soupçons : c'est le constat que font nos lecteurs. Le plus étonnant est celui de Laurent. Suivi par des psychiatres depuis son adolescence, il se voit prescrire, il y a quelques années, un nouveau médicament. Très vite, sans qu'il ne fasse le lien, il commence à souffrir d'importants troubles du sommeil, au point qu'une neurologue lui diagnostique une narcolepsie. 

"J'avais de gros besoins de sommeil. Il m'arrivait de me coucher à 18 heures et de me réveiller à 13 heures, toujours fatigué", raconte-t-il. Au travail, il est obligé de faire des siestes régulières, et ses supérieurs contrôlent ses moindres gestes : "J'ai perdu une certaine crédibilité." Son calvaire ne cesse qu'un an plus tard, quand il change de médecin et décide d'abandonner son traitement. Soudainement, sa narcolepsie disparaît. Naturellement, Laurent attribue sa maladie aux effets secondaires de l'antidépresseur. Un constat partagé par sa neurologue : "Elle m'a dit que ce n'était pas un effet connu, et qu'elle le signalerait aux autorités compétentes."

Une pilule qui rend "complètement 'stone'"

Laurent a pu changer de traitement pour échapper aux effets secondaires, mais ce n'est pas le cas d'Olivier. Il est atteint d'une forme de leucodystrophie qui l'empêche de se tenir debout plus de quelques minutes, l'obligeant à vivre en fauteuil roulant, et qui s'aggrave au fil du temps. Pour vivre avec la douleur, il prend des antalgiques. En 2010, son médecin lui prescrit une nouvelle molécule. Pourtant, malgré la souffrance, il ne la prend que très rarement, "une fois tous les deux mois".

"Quand je la prends, je suis complètement incapable de faire quoi que ce soit pendant au moins une demi-journée. Comme si j'étais complètement 'stone'", décrit Olivier. Ce médicament n'est pourtant pas connu pour avoir des effets indésirables si forts. Mais, aucun des autres antalgiques prescrits par son médecin ne semblant soulager ses douleurs, Olivier explique être coincé. "Parfois, je préfère la souffrance aux effets secondaires, et ce n'est pas normal." Le seul remède qu'il ait trouvé, de lui-même, est le cannabis thérapeutique : s'il espère la commercialisation prochaine de traitements à base de cette substance, il craint d'être obligé de se tourner vers des moyens illégaux.