Antirhumes, pastilles pour la gorge, comprimés pour le ventre... Près de la moitié des 62 médicaments testés par "60 millions de consommateurs" est à proscrire

Le magazine a étudié les médicaments délivrés sans ordonnance les plus vendus. Seulement 21% d'entre eux présentent un rapport bénéfice/risque favorable.

Sur soixante-deux médicaments vendus sans ordonnance, un sur deux est à proscrire, selon une étude de \"60 millions de consommateurs\" parue mardi 14 novembre 2017.
Sur soixante-deux médicaments vendus sans ordonnance, un sur deux est à proscrire, selon une étude de "60 millions de consommateurs" parue mardi 14 novembre 2017. (MAXPPP)
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Carole BélingardFrance Télévisions

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Les températures fraîches apportent leur lot de microbes. Peu de monde échappe aux rhumes, troubles intestinaux, maux de gorge... Pour se soigner, les Français ont recours à l'achat de médicaments en libre-service. Le magazine 60 Millions de consommateurs tire la sonnette d'alarme dans une étude publiée mardi 14 novembre. Près d'un médicament sur deux est à proscrire de sa boîte à pharmacie, car la balance entre les bénéfices et les risques est mauvaise.

L'étude a été menée sous le contrôle du professeur Jean-Paul Giroud, pharmacologue clinicien, auteur de plusieurs ouvrages sur les médicaments et l'automédication, ainsi que Hélène Berthelot, pharmacienne. Franceinfo vous livre ce qu'il faut en retenir.

45% des médicaments à proscrire

Sur les 62 médicaments les plus vendus que 60 Millions de consommateurs a passés au crible, 45% sont à proscrire car leur rapport bénéfice/risque est défavorable. Parmi ces 28, on retrouve notamment l'Actifed Rhume, le Rhinadvil Rhume, le Toplexil, le Mucomyst toux grasse, le Drill, l'Hexaspray, le Dulcolax... 

Prenons l'exemple de Nurofen Rhume : les auteurs de l'étude estiment que "la présence d’un anti-inflammatoire non stéroïdien (ibuprofène) et d’un vasoconstricteur (pseudoéphédrine)" dans ce médicament "est un non-sens pour traiter un nez qui coule". Or, les auteurs soulignent aussi que les contre-indications sont très nombreuses avec ce médicament (incidences cardiovasculaires et neurologiques).

Par ailleurs, selon le magazine, un tiers des médicaments étudiés sont "passables" : leur efficacité n'est pas prouvée, mais ils sont généralement bien tolérés. C'est le cas du Spasfon-Lyoc. C'est un antispasmodique d’efficacité faible, selon la Haute Autorité de santé. Or, il peut entraîner des réactions allergiques, certes très rares, mais graves, comme l'œdème de Quincke ou une chute brutale de la tension artérielle.

Finalement, seulement 21% des 62 médicaments présentent un rapport bénéfice/risque favorable, comme le Gaviscon, indiqué dans le traitement du reflux gastro-œsophagien. "Il présente un bon rapport efficacité/tolérance", précise l'étude.

Les antirhumes épinglés

Parmi les médicaments en libre-service et dont la balance bénéfice/risque est défavorable, on retrouve une grande partie des antirhumes très connus, comme Actifed Rhume, Dolirhume ou Nurofen Rhume. Tous ces médicaments comportent une longue liste de contre-indications. Et pour cause : ils contiennent à chaque fois deux à trois composés actifs. Les effets secondaires sont nombreux : accidents cardio-vasculaires, neurologiques, psychiatriques, tachycardie...

En 2015, 60 Millions de consommateurs avait déjà mené une étude comparable sur les 61 médicaments sans ordonnance les plus vendus. Deux ans plus tard, le magazine observe que la liste noire des médicaments contre la toux s'allonge. L'explication ? Les auteurs pointent une décision du ministère de la Santé. En juillet 2017, Agnès Buzyn a décidé de rendre obligatoire une ordonnance pour tous les médicaments contenant de la codéine parce qu'ils sont de plus en plus utilisés comme une drogue par des adolescents et des jeunes adultes en France. 

Conséquence : de nombreux sirops qui étaient bien notés ne sont plus en vente libre. "Les sirops encore disponibles (comme Humex Toux sèche ou Toplexil) sont à base d’oxomémazine, une substance qui présente trop d’effets indésirables potentiels (somnolence, vertiges, hallucinations, sécheresse des muqueuses…)", précise le magazine.

Des médicaments en libre-service de plus en plus chers

Autre enseignement de l'étude : les prix des médicaments en libre-service ont explosé. La raison ? 60 Millions de consommateurs explique qu'en 2017, les laboratoires ont consenti des baisses de prix des médicaments vendus sur ordonnance pour un montant de 500 millions d'euros. Résultat : pour compenser les marges perdues, les médicaments en libre-service voient leur prix augmenter.

Par exemple, si vous avez une gastro-entérite et que vous allez chez votre médecin, il y a des chances qu'il vous prescrive du Smecta et de l'Imodium. Si vous n'allez pas chez votre médecin et que vous allez en pharmacie, on vous vendra alors du Smectalia et de l'Imodiumcaps. La différence entre les deux ? A part le prix, rien, explique le magazine. Ce sont exactement les mêmes produits. Mais ceux vendus en libre-service sont jusqu'à 2,5 fois plus chers. 

Des précautions à prendre

60 Millions de consommateurs conseille d'éviter les médicaments qui contiennent plus d’un composé actif. "Plus il y a de substances actives, plus les risques et les contre-indications sont importants. Mieux vaut prendre un médicament spécifique au problème. Par exemple, du paracétamol en cas de fièvre ou de mal de tête", détaille le magazine.

Il est également recommandé de bien se renseigner sur les caractéristiques du médicament. Si les notices ne sont pas toujours lisibles, il est possible d'avoir un résumé précis sur le site base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr, destiné normalement aux professionnels de santé. Enfin, l'alcool amplifie souvent les effets indésirables, donc il vaut mieux ne pas prendre de boissons alcoolisées avec les médicaments.